La Joconde sur le point de quitter Paris définitivement ?

undefined 27 avril 2024 undefined 18h00

Clémence Varène

Héritage colonial, droit des familles, crimes et vols de guerre… Depuis quelques années maintenant, les restitutions d'œuvres d’art sont de plus en plus fréquentes, et de plus en plus légitimes. Cette fois-ci, pourtant, de nombreux spécialistes et conservateurs lèvent les yeux au ciel. La raison ? Une demande de restitution de La Joconde de Léonard de Vinci, soi-disant au nom de lointains héritiers de l’artiste, étudiée par le Conseil d'État ce jeudi 25 avril. Alors, pourrait-elle vraiment disparaître du jour au lendemain ?


La Joconde, encore et toujours

Décidément, il semblerait que cette toile aussi connue que mystérieuse ne cesse jamais de faire parler d’elle. Entartée, copiée, décriée, et déjà réclamée à plusieurs reprises par l’Italie, un débat sans fin existe autour de l’œuvre la plus connue de Léonard de Vinci.

Pourtant, cette fois-ci, le verdict est clair : cette demande de la part de l’association International Restitutions n’a absolument pas lieu d’être, et ce pour plusieurs raisons. Pour qu’une œuvre soit décrochée et rendue à ses propriétaires légitimes, il faut répondre à certains critères très précis, dont aucun ne semble concerner La Joconde. Pour commencer, la demande n’a pas été déposée par des héritiers légitimes. En effet, depuis que le tableau a été offert au roi François 1er en 1516 par l’artiste lui-même, la toile est devenue une propriété française.

De la même manière, elle ne coche aucune des trois cases qui font qu’une œuvre est restituable : avoir été spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale à une famille juive, être des restes humains, ou avoir été acquise de manière illicite par l’État français. Chou blanc pour l’association, donc, a priori La Joconde est bel et bien destinée à rester au Louvre, pour continuer de décevoir cars de touristes après cars de touristes.


Une part de l’histoire

Et en même temps, il faut bien reconnaître que le Louvre sans La Joconde, ce serait un peu comme du beurre sans son sel, comme Chandler sans Monica, ou comme un vélo parisien sans sonnette : quelque chose d’absolument triste et inutile. Il faut dire que le tableau occupe tout de même une place de choix au sein du musée depuis près de 230 ans maintenant, puisqu’il y est arrivé en 1797.

La Joconde n’a ainsi quitté les murs de l’institution qu’une seule fois, en août 1911, alors qu’un certain Vincenzo Peruggia, déguisé en ouvrier, avait réussi à dérober la célèbre toile. Un fait divers qui avait agité la capitale, puisque parmi les suspects figuraient notamment Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso. Elle sera finalement retrouvée plus de deux ans plus tard, en décembre 1913, en Italie, et restituée au musée. Où elle devrait donc séjourner encore un peu !