La Famille, une communauté secrète de 5000 personnes en plein Paris

© Shutterstock

Dans son dernier rapport d’activité publié jeudi dernier, la Miviludes s’intéresse à La Famille, une organisation secrète vieille de deux siècles établie dans l'est de Paris.

Dans son dernier rapport d’activité datant de 2021 et publié le jeudi 3 novembre 2022, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) révèle avoir fait l’objet de 23 saisines concernant La Famille depuis 2015. Parmi ces saisines, 2 sont des témoignages de membres ayant quitté le groupe, 6 des particuliers interpellés par le sujet et 4 constituent des échanges institutionnels.


Le cadre dogmatique de La Famille

Cette communauté, née officiellement fin 1819, compte entre 3 000 et 5 000 personnes vivant secrètement rue de Montreuil dans le 11e et suivant de nombreuses règles. Sa caractéristique principale est la tradition de mariages consanguins, notamment entre cousins afin de créer « une identité forte et un espace de solidarité et de protection vis-à-vis du monde extérieur », indique le rapport.

La Famille n’a jamais cherché à obtenir le statut d’association cultuelle, puisqu’elle cherche à tout prix à rester cachée de la "gentilité". Les membres, considérés comme des élus de Dieu, vivent en huis clos et limitent considérablement les contacts avec le monde extérieur, considéré comme dangereux : « la pratique de certains métiers peut demeurer incompatible avec la doctrine de la communauté. Les métiers juridiques ou de santé seraient strictement interdits et les professions commerciales seraient mal vues ».


Les femmes au sein de La Famille

Dans ce groupe, qui semble s’organiser autour de cellules familiales déconcentrées et dirigées par le père de famille, les femmes de la communauté sont soumises à des obligations supplémentaires. La Miviludes explique qu’elles ne doivent pas « arborer de "coquetteries", porter de chapeaux ou pantalons, se couper les cheveux ou avoir un emploi en atelier. Les rôles principaux des femmes dans La Famille seraient de procréer et d’assurer leurs fonction d’épouse et de mère ». Et si elles souhaitent travailler, l’emploi ne doit pas entraver leurs principales fonctions.


Les enfants en danger ?

L'une des problématiques majeures serait liée à la pratique des mariages consanguins, qui favorisent le développement de certaines pathologies et de handicaps chez l’enfant. 30 à 40 membres de La Famille seraient en effet atteints du syndrome de Bloom, une maladie génétique qui se caractérise chez l’enfant par « un retard de croissance pré et postnatale, un érythème télangiectasique photosensible du visage, une sensibilité accrue aux infections et une prédisposition à tous les types de cancer ».

Autre point sensible, la consommation d’alcool régulière serait fortement encouragée dès l’adolescence, notamment lors des réunions de la communauté. Un problème sanitaire qui inquiète, d’autant plus que pour les membres de La Famille, recourir à la médecine reviendrait également à contrevenir à la volonté divine. Un risque sur la santé psychologique des enfants est également à noter, du fait qu’ils vivent constamment « dans l’attente de la fin des temps et de l’avènement du prophète Élie qui sauvera uniquement les membres de La Famille se conformant aux règles ».

Enfin, l’éducation faisant partie des droits protégés au niveau national et international, le fait qu'une minorité d'entre eux reçoivent une instruction à domicile interroge la Miviludes. Même si cette pratique est légale, elle nécessite « des contrôles opérés conjointement par le maire territorialement compétent et la Direction académique des services de l’Éducation nationale (DASEN) afin de prévenir les insuffisances compromettant l’acquisition du socle obligatoire et tous risques d’exclusion des enfants suivant une instruction à domicile ».

Fin des articles