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3 raisons d’aller voir Le dernier cèdre du Liban (nommé aux Molières) au Théâtre de l’Œuvre

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Lucie Guerra

Certaines pièces nous bouleversent plus que d’autres. Lorsqu’elles parlent d’amour, de famille, d’Histoire, en résonance directe avec l’actualité… elles s’impriment immédiatement dans nos cœurs et dans nos mémoires, comme un souvenir indélébile. Il semblerait que le Théâtre de l’Œuvre ait ce talent rare : celui de programmer des spectacles qui marquent En attendant Bojangles nous avait déjà profondément touchés en début d'année. 

Avec Le dernier cèdre du Liban, mis en scène par Nikola Carton, le théâtre du 9e frappe une nouvelle fois très fort. Dans un contexte international troublé comme dans le paysage du spectacle vivant, la pièce s’impose — preuve en est, il a été nommé à trois reprises aux Molières 2026. Et si cette reconnaissance suffit déjà à éveiller la curiosité, voici trois autres raisons de ne pas manquer cette pièce.

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1. Des thématiques brûlantes d’actualité, traitées avec justesse et honnêteté

Eva a été abandonnée à la naissance. Elle ne connaît rien de ses parents, mais elle vit avec une rage, un feu ardent qui brûle en elle sans qu’elle n’en comprenne la raison ni l’origine. Alors qu’elle est pensionnaire au Centre d’éducation fermé pour mineurs de Mont-de-Marsan, un notaire l’informe qu’à sa mort, sa mère, Anna Duval, lui a laissé un héritage : une boîte contenant un dictaphone et des cassettes où elle raconte son quotidien de femme, mais surtout de photographe reporter de guerre


©Ruben Hazon

Au fil des bandes, Anna se dévoile. Le spectateur découvre en même temps qu’Eva, une femme passionnée, une professionnelle dévouée, une amante ébranlée, qui refuse de s’attacher à ceux qui croiseraient son chemin. Une femme qui doute de sa capacité à être mère, mais ne cessera jamais de penser à sa fille. Une femme libre et lumineuse qui gravite dans un monde oppressant et sombre. Parce que cette histoire est aussi celle, avec un grand H, d’une époque où le mur de Berlin chute, où Arafat prononce ses discours à l’ONU, où la guerre fait rage au Liban. Des pans du passé qui font plus que jamais écho à la situation mondiale actuelle


2. Une pièce qui ose 

La famille, la séparation, la guerre, la violence… À travers les thématiques abordées, aussi complexes que contemporaines, la pièce fait preuve d’une audace rare et ose laisser dans la tête du spectateur, des questions en suspens. Était-ce le bon choix de préférer la liberté au détriment de la maternité ? Eva pourra-t-elle mieux avancer en connaissant la vérité sur ses parents ? Aucune réponse n’est clairement donnée, seules des pistes de réflexions sont ouvertes et c'est précisément ce qui accentue le côté percutant de la pièce.

La mise en scène, elle aussi, se démarque. Scènes intimes d’une finesse et d’une subtilité remarquables, ou de violence dans une prison libanaise aux mains de bourreaux sans pitié, déflagrations d’armes, cris de terreur… Les joies ultimes se confrontent aux actes les plus brutaux de l’humanité, avec un contraste et un réalisme déroutants parfois, mais surtout captivants.


3. Trois comédiens, une multitude de personnages 

Sur scène, il n’y a que trois comédiens. Pourtant, les personnages interprétés sont bien plus nombreux. Maëlis Adalle (Eva) et Magali Genoud (Anna) — en alternance avec Pauline Bression —, impressionnent par la puissance et la vérité de leur jeu.

À leurs côtés, Azeddine Benamara — en alternance avec Fayçal Safi — livre une performance époustouflante, qui relève presque de la virtuosité. Notaire, adolescent amoureux et un peu perdu, fixeur en zone de conflit, encadrant dans le centre pour mineurs, Berlinois célébrant la chute du mur… Il passe d’un rôle à l’autre avec fluidité, en changeant simplement le tombé d’une chemise, ou en ajoutant un accessoire. Une performance globale fascinante qui, associée à la force du récit, achève de nous convaincre : Le cèdre du Liban fait partie de ces pièces dont on se souvient éternellement.


©Ruben Hazon

Le dernier cèdre du Liban
Théâtre de l’Œuvre
55, rue de Clichy — 9e
Jusqu’au 25 juillet 2026
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