J'ai regardé tous les épisodes d’Euphoria en une nuit

© Euphoria - HBO

Ceci est une expérience humaine, et non un simple visionnage.

Parfois, replonger dans les heures les plus sombres de l’histoire de l’audiovisuel permet de goûter les actuels jours heureux avec un meilleur palais. Car, il fut un temps où derrière nos ordinateurs de bureau massifs, nous devions patienter quarante tristes minutes pour streamer le prochain épisode sur Megaupload. Désormais, on ne parle plus que binge-watching et de Netflix and chill sans chérir ces possibilités nouvelles que le monde moderne nous offre.

Ne voulant tremper ne serait-ce qu’un vilain orteil de pied dans cette marre de nonchalance, nous avons pris cette affaire très au sérieux. Le binge-watching est une question de vie ou de mort, d’échec ou de réussite scolaire, de sommeil ou de perte progressive de son âme. Et au-delà de cette exagération purement gratuite, le message est clair : cette manœuvre ne peut être prise à la légère.

Soyez cruels et banalisez ceci en parlant d’un vulgaire visionnage de série, mais c’est une expérience humaine qui a humblement été initiée ici. Pour immerger dans les méandres de cette pratique, il a été naturel d’apprivoiser un show baignant en eaux troubles : Euphoria, la teen-serie HBO avec Zendaya et produite par Drake. Du coup "Hotline Bling" oui, why not?, mais une bonne série ?


Détail d'une expérience humaine (SPOILERS)

23h00 : Le lecteur vidéo à peine lancé, un premier panneau sonne l’alarme, annonçant violence, nudité et sexe à la manière d’un warning de site porno. La démarche est pleine de bienveillance, mais naïve : je valide vivement cette hit list.

23h20 : Rue, jeune junkie tout juste sortie de rehab revit son overdose en flashback sur la cuvette de ses WC. Jusqu’ici le premier épisode n’est pas dégueu, mais mon cerveau est parasité par des inserts de Zendaya dans les plus belles heures de Shake It Up. Disney, POURQUOI ?

23h34 : Je menais mon train-train de visionnage accompagnée du meilleur des Coca – à la vanille même si très mal vu – et voilà qu’un premier malaise s’installe. Dans le cocon bien glauque d’un motel, Cal, interprété par Eric Dane a.k.a. Docteur Glamour pour les disciples de Grey’s Anatomy, pénètre avec violence et domination Jules, adolescente trans. Je réalise qu’il me faudra plus que du Coca pour la suite.

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00h49 : Ces bons vieux auteurs de chez HBO aiment décidemment donner dans le réalisme brut, mais ma foi, je suis armée. Je crois. J’espère bien. Ainsi, suite à bon nombre de séquences bien dérangeantes de l’épisode 2, voilà que Nate part en cacahuète. Jaloux, il s’introduit chez un brave bonhomme ayant fricoté avec sa copine/ex (le statut n’est pas clair). Au cours de cette promenade de santé, il le tabasse et le défigure. Et là tu te dis que le beau gosse de The Kissing Both est bien dark finalement…

01h18 : Dans une séquence bien dosée en second degré, Rue donne des leçons sur la manière dont une bonne dick pic doit être prise. La succession des pénis face cam se poursuit donc dans cet épisode 3. Outre ma perplexité face à ces phallus à répétition, je dois reconnaître qu’il est bon de voir davantage d’hommes que de femmes nus à l’écran. Game of Thrones, prends note.

01h34 : Un homme masturbe son micro-pénis dans une session cam rémunérée face à Kat, lycéenne mineure. Amérique puritaine, who? Sinon, c’était quoi vos activités extra-scolaires à vous au lycée ? Théâtre perso.

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02h14 : J’assimile tout juste que chaque épisode s’ouvre sur le portrait d’un personnage différent. J’en suis déjà à l’épisode 4. Alors je me demande si ce ralentissement de mon esprit est dû à la fatigue mêlée à trop de Coca vanille, ou si je suis simplement limitée.

02h46 : Planant à la MDMA - ou Molly comme dirait Miley -, Cassie se met à jouir sur le poney d’un manège de fête foraine. À ce stade, je ne suis plus impressionnée. Quelques minutes plus tôt, Nate étranglait Maddy, sa copine/ex (le statut n’est toujours pas clair) sur le même lieu. Ma décision est prise : la foire du trône, c’est fini.

03h27 : Nate se fait arrêter et bizarrement, malgré la faible portée de cette fiction à l’échelle de la réalité, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a une putain de justice dans ce bas monde. Comme quoi, le sommeil peut apparemment donner une bonne dose de stéroïdes aux émotions.

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04h38 : Jusqu’ici, j’ai rarement autant sorti mon téléphone pour ouvrir l’appli Shazam. Au-delà de sa trame, Euphoria me tient en laisse grâce à sa soundtrack. Et voilà que "Smalltown Boy" est joué. Je suis touchée au cœur.

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04h48 : Finalement, Nate est innocenté à tort et acclamé par ses camarades. Mes réflexions font marche arrière dans un moonwalk des plus souples : le monde est bel et bien injuste.

05h34 : Plongée dans une phase de dépression, la voix-off de Rue délivre un monologue assez intense sur cet état. Dans ce show qui joue souvent entre réalité trash et un surréalisme hallucinatoire, ses propos sont assez justement ancrés dans le concret.

06h01 : L’épisode final ne fait pas le portrait du personnage de Fez comme je l’avais espéré. Il demeure à mes yeux l’un des protagonistes les plus intéressants, mais conservera apparemment ses zones d’ombre.

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07h02 : La première saison s’achève sur une performance jouée, chorégraphiée et chantée par Rue/Zendaya avec un chœur, alors que le personnage replonge dans la drogue : prestation osée dont l’audace est à l’image du show. Après des heures de visionnage intensif, le verdict tombe ainsi. Malgré quelques blâmes qui planent au sein de mes réflexions brouillées de sommeil, un constat se dissocie clairement : je n’ai jusqu’ici jamais regardé de teen-drama qui ressemblait à Euphoria. Tout n’est pas parfait, ni purement inédit ; toutefois, ceci est une proposition et il est toujours bon de saluer de nouvelles ouvertures.

Sur ce, bonne nuit ou bonne journée au gré des points de vue. 

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