Secret d'Histoire #1 : le passage Pommeraye

  • Auriane
  • Déco & Design
  • 08/03/2018
© François de Dijon/Commons wikimedia

Classé Monument historique depuis 1976, le passage Pommeraye est l'un des symboles de Nantes. Incontournable, cette galerie commerçante luxueuse a pourtant ruiné son promoteur, Louis Pommeraye. Le Bonbon Nantes vous dit tout sur cette merveille de l'architecture nantaise. 

Au XIXe siècle, les rues de Nantes sont parfois boueuses, sans trottoirs et difficilement pratiquables pour les badauds. Le quartier où se tient le passage Pommeraye est même mal famé et insalubre. Un jeune notaire, Louis Pommeraye, formule le désir de transformer ce quartier en passage de commerces luxueux, à l'image des passages parisiens très en vogue. Si ceux-ci sont monnaie courante dans la capitale depuis le XVIIIe, le premier passage nantais, le passage d'Orléans, ne voit le jour qu'en 1827. 

Louis Pommeraye investit la fortune de son épouse dans les travaux du passage Pommeraye. Ceux-ci commencent en 1840 et ne s'achèveront qu'en 1843. Ils sont rendus difficiles par l'hostilité des riverains, des procès et une difficulté technique sans précédent : un dénivelé de 9,40 mètres sur un flanc de coteau de sable et de rocher. La construction est supervisée par Charles Guilloux, un restaurateur qui investit aussi dans le passage, et les architectes Jean-Baptiste Buron et Hippolyte Durand-Gasselin.

Le passage Pommeraye, une nouvelle manière de faire des emplettes

À son inauguration en 1843, le passage rencontre le succès espéré. Il devient très vite un lieu de flânerie, de mode, de rencontres et compte pas moins de 66 boutiques. Aménagé sur trois niveaux autour d'un escalier monumental, le passage offre aux Nantais une nouvelle conception du commerce. Ils découvrent le lèche-vitrines, eux qui ne connaissaient que des boutiques sombres sans vitrines ou étalages de marchandise. On s'y rencontre pour faire des emplettes, mais aussi pour flirter. 

Pourtant, la crise financière de 1846-1847 plonge le passage dans une situation terrible. Pour son promoteur, Louis Pommeraye, le passage devient un vrai fiasco financier, il part se réfugier au Cellier, puis à Saint-Père-en-Retz, où il décède en 1850, complètement ruiné. Son associé Charles Guilloux doit abandonner son prestigieux restaurant du passage pour s'installer rue de Gigant. Le passage Pommeraye, lui, leur survit plutôt (très) bien. Il se relève de toutes les crises, échappe aux bombardements de 1943 et voit son dynamisme rebondir avec la reconquête de la ville par les piétons.

L'un des plus beaux passages couverts en Europe

D'un point de vue architectural, le passage Pommeraye est une véritable merveille. C'est d'ailleurs sans doute l'un des plus beaux passages couverts d'Europe. Organisé autour de son majestueux escalier monumental, le passage Pommeraye regorge de détails architecturaux et d'ornements luxueux : ses verrières, ses torchères, ses oeil-de-boeuf, ses colonnettes. Inauguré sous le règne du dernier roi, Louis-Philippe, le passage mélange néo-classicisme et éclectisme avec un style très chargé. 

Les statuaires et les nombreux ornements du passage symbolisent alors la richesse de Nantes au XIXe siècle, alors que la ville est en plein essor industriel, que son commerce maritime se porte bien et que la ville fait des progrès techniques. Les médaillons du passage représentent des célébrités locales, intellectuelles, artistiques ou militaires (le général bonapartiste Pierre Dumoustier, les philosophes Pierre Abélard, Éon Le Roger, les marins Jacques Cassard, Charles-Louis du Couëdic, le préfet Louis Rousseau de Saint-Aignan, le capitaine Delaville et le connétable Olivier de Clisson). 

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Quant aux statues d'adolescents « songeurs » de l'escalier, ils représentent les allégories du Commerce, de l'Industrie, de l'Agriculture, des Beaux-Arts, du Spectacle, des Sciences et du Commerce maritime. 

Après des transformations quelque peu malheureuses dans les années 60-70, une restauration effectuée entre 2013 et 2015 a permis de retrouver des détails disparus, comme des angelots ensevelis sous de (trop) nombreuses couches de peintures. Depuis 2016, un nouveau passage a été ouvert rue de Santeuil, le passage Coeur de Nantes, qui respecte l'esprit du passage Pommeraye. Aujourd'hui, on compte une trentaine de boutiques dans le passage Pommeraye, qui fait partie des destinations touristiques les plus prisées à Nantes. Il s'agit d'une copropriété privée qui associe des commerçants et des résidents.

Le passage Pommeraye inspire les artistes

Inspirant, le passage Pommeraye est très présent dans les arts, la littérature et le cinéma. Il inspira notamment les Surréalistes. On le retrouve aussi dans les films de Jacques Demy, Lola et Une chambre en ville. Dans le film Jacquot de Nantes d'Agnès Varda, la femme de Jacques Demy, qui retrace sa jeunesse nantaise, le passage Pommeraye tient un rôle important : c'est là que le jeune Jacques Demy échange son Meccano contre une petite caméra. 

Le passage apparait aussi dans la BD de Jacques Tardi La véritable histoire du soldat inconnu. Mais ce n'est pas tout. En 1847, Gustave Flaubert se rend à Nantes, dont il ne garde pas un souvenir flamboyant. Dans Par les champs et les grèves, il mentionne néanmoins le passage Pommeraye, où il déniche des « futilités splendides en couleur qui font rêver à d'autres mondes... ».

André Pieyre de Mandiargues, dans Le musée noir, consacre une nouvelle éponyme au passage Pommeraye. Il y décrit une galerie plongée dans la semi-obscurité et laissée en décrépitude. Ses verrières et leur luminosité abondante ne trouvent pas non plus grâce aux yeux de Julien Gracq qui reconnaît pourtant, dans La forme d'une ville en 1985 : « il n'est pas d'image de la ville qui s'imprime dans la mémoire avec une netteté aussi photographique, aussi tranchante », que le passage Pommeraye.

Le poète Yves Cosson, quant à lui, se montre inspiré par les lieux, auxquels il consacre deux poèmes, Chez Hidalgo (du nom d'une des célèbres boutiques du passage, Hidalgo de Paris qui vendait des farces et attrapes) en 1965 et Pommeraye en 1982. Enfin, le journaliste et écrivain Gilbert Mercier en parle comme d'un symbole dans P'tit Lu, en 1989, où il évoque le pays nantais après la Seconde Guerre mondiale : « j'avais surtout éprouvé un immense bonheur à découvrir les trois hauts lieux qui avaient valeur de passeport nantais aux yeux de toute la paysannerie de la contrée, à savoir les Grands magasins Decré, le passage Pommeraye et le Pont transbordeur. »

Vos plus belles photos du passage Pommeraye

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