Témoignages : Ils nous racontent leur manière de contourner le confinement

  • Sarah Leris
  • Société
  • Publié le 23 Mars 2021 à 17h35
« J'ai diné dans un resto clandestin à Paris avec 5 potes et 6 inconnus » Grégory, 37 ans

Après trois confinements, plusieurs couvre-feu et tout un tas de mesures incompréhensibles, difficile pour un grand nombre de Français d’avoir toujours confiance en leur gouvernement. La solution ? Ne pas respecter le confinement. Cinq Parisiens nous racontent les solutions qu’ils ont trouvées pour contourner les règles. 

« Aller visiter un appart, l’excuse parfaite pour voyager partout en France » Alma, 26 ans

Depuis plusieurs mois, mon plus grand plaisir se trouve dans le fait de contourner les règles absurdes et illogiques qu’essaie de nous imposer le gouvernement. Faut pas croire, le jour où ils prendront des mesures cohérentes je les respecterai, en attendant il est hors de question que je m’arrête de vivre pour des gens qui ne savent pas du tout ce qu’ils font. Bref, jusqu’ici mon excuse passe-partout favorite restait l’ingénieuse « raison professionnelle », et, à chaque fin de soirée, alors que je grimpais dans un taxi à une heure tardive de la nuit et alcoolisée au possible, je dégainais mon attestation et préparais consciencieusement mon alibi longuement étudié, en sachant bien qu’en cas de contrôle, mon haleine, ma diction et mes yeux vitreux risqueraient de me trahir avant que je n’ai le temps de dire ACAB. « Qu’ils me mettent une amende, ma liberté et ma santé mentale valent plus que 135€ ! » Bon je faisais la maligne mais par chance je n’ai jamais eu de contrôle. Il y a aussi ce bon vieux Momo, l’épicier du coin qui, même s’il a fermé son volet, reste joignable par texto et te fait rentrer par l’arrière boutique pour te permettre de refaire ton stock de bières jusqu’à 2h du mat malgré tout.

Sur un tout autre sujet, j’ai récemment découvert une nouvelle excuse pour voyager partout en France malgré le confinement : il suffit d’appeler une agence immobilière pour prétexter visiter un appart, ils te donnent un justificatif, et tu peux aller dans n’importe quelle région avec ça. Testé et approuvé. Et cerise sur le gâteau, s’il y a bien un couvre-feu et un confinement, les soirées d’entreprise, elles, restent légales et les lieux qui les accueillent peuvent ouvrir malgré tout. On a de quoi faire pour continuer à vivre.

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« J'ai diné dans un resto clandestin à Paris avec 5 potes et 6 inconnus » Grégory, 37 ans

Les restos et la culture font partie des rares intérêts à rester dans une ville où l'on paye un loyer ultra cher pour vivre un trou à rat. Oui les restos me manquent ÉNORMÉMENT, et j'ai sauté sur l'occasion quand une copine m'a proposé de diner dans un petit resto à la cuisine orientale dans le Nord de Paris. Pas tout le monde ne peut être au courant, mais le bouche à oreille s'est fait de manière assez hasardeuse : le cousin de cette pote a simplement eu l'info en les appelant pour savoir si son resto préféré livrait leurs plats, ils l'ont rappelé en disant qu'ils proposaient aussi de faire resto. En arrivant devant la porte à 19h30, tout discrets, on envoie un sms à la gérante, une serveuse vient nous chercher et nous dit de nous taire pour éviter d'éveiller les soupçons du voisinage, puis nous emmène dans la cour de l'immeuble. On accède au restaurant par les toilettes et on arrive à notre table dans une ambiance tamisée (on est littéralement derrière le rideau de fer). Pour le reste, tout se passe comme d'habitude avec les gestes barrière en plus, une autre table de six arrive 1h après nous et se place à 2-3 mètres de nous (le resto n'accepte pas plus de deux tables de six personnes) . Après tous ces mois d'abstinence, on se dit que c'est un pur plaisir que de se retrouver attablé avec ses potes, à rire, boire et manger de la pure bouffe. Que finalement, c'est comme si on dinait chez nous avec les 6 personnes autorisés mais en mille fois mieux. On apprécie encore plus ce moment qui nous paraissait banal il y a 1 an. Pour info, le resto nous a demandé un test négatif en amont pour éviter au max la propagation du virus. Résultat : un super moment et pas de covid en vue !

Barbeuc’ entre potes au bois de Vincennes - Nico, 28 ans

Je crois qu’on était 7 ou 8 potes ce week-end dans les bois de Vincennes, je ne sais plus, c’était assez flou. Avec toute la joie de se retrouver ensemble au soleil sous les arbres qui fleurissent au printemps, la première bière m’a rendue pompette et m’a fait ignorer le besoin de masque. La troisième m’a fait penser à remplir mon attestation sur le téléphone, qui disait que j’étais partie prendre l’air pour un temps illimité. On n’avait pas spécialement peur de se faire verbaliser parce qu’on était peu, entourés de loin par très peu de gens, en petits groupes comme nous, tranquilles. On avait prévu tous ensemble d’aller dans ces bois parce qu’ils sont plein d’espaces libres pour être tranquilles. C’était le premier weekend de reconfinement mais on avait déjà tous du mal à tenir chez nous, seuls ou avec quelques personnes qu’on connait par cœur, ça fait du bien de contourner les règles qui nous paraissent absurdes pour se faire plaisir au moins les jours où on ne travaille pas. Je crois que je respecte les règles du mieux que je peux mais que ça devient de plus en plus dur. 

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« L’attestation de travail me permet d’aller en week-end chez mes parents » Sélim, 24 ans

Lors du premier confinement je me suis retrouvée coincée dans mon 20m2 donc je me suis déplacée à plusieurs reprises en taxi pour vivre quelques jours à droite à gauche chez des potes. A l'époque, on était au tout début de la pandémie donc il y avait une ambiance très anxiogène, les gens sortaient pas dans les rues, portaient des gants+masques+ visières, il y avait pas mal de contrôle de police et beaucoup de restrictions donc c'était vu comme quelque chose de vraiment illégal, mais c'était pour le bien de ma santé mentale donc je n'ai aucun regret. Tout au long de la pandémie, j'ai continué de me rendre au bureau pour travailler. Et avec mes horaires je termine tous les soirs après le couvre-feu de 18h/19h. Du coup je profite souvent de mon attestation de travail pour sortir voir des potes ou me déplacer pour faire quelques soirées. J'ai aussi prévu de rentrer voir ma famille ce week-end malgré le confinement et les restrictions sanitaires. Et je compte bien utiliser mon attestation de travail pour me déplacer.

Parmi les autres excuses, on retrouve celle de la consultation médicale chez un spécialiste dans une autre région "qui me suit depuis que je suis petit", celle de prendre le tramway qui n'est jamais contrôlé, la bonne vieille garde d'enfants des familles (d'un aide-soignant c'est encore mieux), ou le mariage de ta cousine. On te laisse là-dessus, et fais preuve d'inventivité ! 

Vacances à Zanzibar VS couvre-feu à Paris - Anonyme, 30 ans

On était en plein mois de janvier. Un mois glaçant tant au niveau de la température que de la vie que l’on menait. Pour survivre à cette ambiance confinée déconfinée, il me fallait un plan. L’idée ? Partir loin pour retrouver un semblant de vie d’avant. Oui mais où ? Les rumeurs parisiennes parlaient d’endroits à l’autre bout de la planète où l’on pouvait voir le sourire des habitants car ils vivaient sans masques et se disaient bonjour en se serrant. Où des fêtes sur la plage s’organisaient avec du gros son et des gens. Où il était possible de manger du poisson grillé au restaurant. Où les concerts lives rythmaient les soirées chaudes dans une ambiance bon enfant. Où l’on vivait comme avant tout simplement.

J’ai entendu parler de Zanzibar, cette île aux mille couleurs où la chaleur du sable et de ses habitants te donnent un shoot de bonheur pour au moins 10 ans. Il nous aura fallu une journée avec un pote pour décider de la date. Nous partirons en février. Malheureusement, à la veille du départ nous apprenons que les frontières de la France seraient fermées jusqu’à nouvel ordre. La douche froide. Mon pote, loin d’abandonner, m’appelle avec une brillante idée : « Nous partirons pour projet pro ». C’est déguisés en business couple que nous passerons finalement la police des frontières à CDG avec la furieuse envie de se taper dans la main, mais avec un petit fond d’anxiété, il faut l’avouer. On le sait : s’il se passe quoi que ce soit la bas, si on tombe malade à plus de 7000 km de chez nous, personne ne pourra nous aider et nous devons accepter le risque de rester coincer… Au final tout s’est très bien passé, on a kiffé nos deux semaines à Zanzibar et on est rentrés à Paris requinqués pour les semaines à venir. De quoi tenir jusqu’au retour des beaux jours. 

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