Comment survivre à Paris

Par Arnaud Pagès

Persuadés qu'une catastrophe majeure va faire voler en éclat notre société, les "survivalistes" ont en commun une même vision apocalyptique du monde. Forums, réunions, stages de survie, ils se préparent au pire, à Paris et ailleurs.


Même si le péril d'un effondrement de notre société ne rentre pas dans les préoccupations de la plupart des gens, que se passerait-il si la Ville Lumière était réellement menacée par une catastrophe de très grande ampleur ? Quels seraient les bons réflexes à adopter pour pouvoir survivre ? Faudrait-il se cacher ou plutôt fuir ? Et comment se préparer à un tel événement ? Pour répondre à toutes ces questions, nous sommes allés à la rencontre de Denis Tribaudeau, spécialiste des situations extrêmes et auteur du livre Survie, mode d'emploi.


Denis Tribaudeau, spécialiste des situations extrêmes et auteur du livre Survie, mode d'emploi


Demain, l'apocalypse
 

Pour les survivalistes, le scénario d'une destruction de Paris n'a rien d'improbable. Anciens militaires, chômeurs désœuvrés, étudiants en manque de repères, pères de famille paranoïaques, leurs profils sont très variés. Ils se réunissent régulièrement à Paris et en province pour élaborer des scénarios de survie, se refiler des tuyaux et se remonter collectivement le moral. Pour eux, la destruction de notre société est imminente. Réseau organisé à la limite du sectarisme dont les membres sont obnubilés par la fin prochaine de l'Humanité, ils ont créé des forums et des blogs pour pouvoir communiquer entre eux. Et sont devenus par la force des choses experts en survie.

Imaginons Paris presque entièrement détruite par un tremblement de terre de magnitude 10 sur l'échelle de Richter. Ou dévastée par un ouragan géant comme ce fut le cas pour la Nouvelle Orléans en 2005. Pire encore, ravagée par une attaque nucléaire où par une offensive terroriste à grande échelle de type bactériologique. Très vite, passé le choc initial, ce serait le chaos total. Chaque individu serait en danger de mort.

Denis Tribaudeau nous explique : « Une situation dégradée après une catastrophe matérialise de très nombreux périls. Il y a un effet domino, panne d'électricité, pénurie d'eau, apparition de maladies, manque de nourriture et de chauffage, pillages. Tous ces problèmes surviennent très rapidement et ne vont faire qu'empirer d'heure en heure. Dans une ville de la taille de Paris, la situation serait vite totalement incontrôlable. Personne ne serait en sécurité. »

Et il est clair que ce n'est pas l'Etat qui est en mesure d'apaiser les inquiétudes liées à une telle situation. En effet, si demain une catastrophe majeure frappait Paris, il n'existe tout simplement aucun plan d'évacuation de la ville.

La préfecture n'a dans ses dossiers qu'un seul scénario, celui d'une crue exceptionnelle de la Seine, comme celle de 1910, qui nécessiterait tout au plus l'évacuation de quelques dizaines de milliers d'habitants. Pour les 10 millions de personnes qui vivent à Paris et en région parisienne, rien n'est prévu. Pourtant, la meilleure solution pour se protéger résiderait dans la fuite et certainement pas dans une stratégie de bunkerisation. Transformer son appartement en forteresse imprenable n'est pas une bonne idée.

« Le geste ultime de survie en milieu urbain consiste à partir, car on ne peut pas prévoir les évolutions d'une situation de crise. Il est possible que les dispositifs qu'on a mis en place pour se protéger soient très vite dépassés, ce qui veut dire qu'on va être pris au piège. En restant, on se met en danger. Et de plus, si on reste trop longtemps dans cette situation, on risque ensuite de ne plus pouvoir s'enfuir. » 

Mauvaise nouvelle cependant, les infrastructures parisiennes ne sont pas du tout adaptées à un départ aussi massif. Les routes seraient immédiatement saturées par l'afflux de trop nombreuses voitures, provoquant des embouteillages monstres qui bloqueraient les gens dans leurs véhicules pendant plusieurs jours. Les trains sont quant à eux en nombre insuffisant pour répondre à la demande et risqueraient d'être pris d'assaut dans la plus grande confusion, chacun cherchant à sauver sa peau. Pourtant, à peine quelques centaines de milliers de Parisiens pourraient partir de la sorte.


Avant tout, être prêt
 

Pas la peine non plus de compter sur la police ou l'armée qui ne seront pas en mesure de gérer dans sa globalité une crise d'une telle ampleur. Ce ne sont pas eux qui vous sauveront. Le seul outil que le gouvernement a en sa possession, c'est la cellule interministérielle de gestion des crises majeures qui a toute autorité pour mettre en place un plan d'action incluant forces de l'ordre, pompiers et sécurité civile et pour prendre toutes les mesures nécessaires pour aider la population. Mais les personnels ne sont pas assez nombreux et les moyens largement insuffisants pour pouvoir sécuriser l'ensemble du périmètre parisien. 

Il faut donc d'abord et avant tout compter sur soi. Mais pour mettre toutes les chances de son côté, il faut avoir dans son jeu un certain nombre d'atouts et connaître les bons réflexes à adopter. Il faut être organisé. Il faut avoir mis au point son propre plan d'évacuation et privilégier la marche, même si cela prend plus de temps que les transports mécanisés. Il faut également avoir déterminé un point de chute suffisamment éloigné pour sortir de la zone de danger. Rallier un point isolé à la campagne, à quelques dizaines de kilomètres tout au plus de la capitale, est la bonne option. Le self control est primordial. Pour pouvoir mettre en œuvre efficacement le plan qu'on a conçu, il ne faut surtout pas paniquer.

« Il est vital de savoir gérer ses émotions pour pouvoir réfléchir calmement et trouver la bonne solution. Si on se laisse submerger, on prend inévitablement les mauvaises décisions. Dans ces moments-là, il faut que le cerveau puisse fonctionner correctement. Il faut conserver toute sa lucidité et le contrôle de soi. »

Le second atout à posséder dans son jeu, c'est d'avoir réuni un kit de survie : vêtements de pluie, lampe torche, briquet, trousse de secours, vivres, pastilles pour purifier l'eau, un peu d'argent, couteau, et même éventuellement des armes. Il faut avoir de quoi se nourrir et boire pendant plusieurs jours, le temps de s'éloigner pour se mettre en sécurité. Il faut de quoi s'éclairer car la plupart du temps, quand une catastrophe survient, le réseau électrique, qui est relativement fragile, est facilement endommagé, voire entièrement coupé. Et dans une situation de crise, il ne pourra pas être réparé rapidement. Il faut également avoir de quoi se défendre car il est possible que la situation vire à l'anarchie, le manque de nourriture pouvant entrainer des pillages.  La police aura d'autres chats à fouetter que de vous venir en aide si vous vous faites braquer.

Etre bien entrainé, bien équipé, savoir comment réagir vous permet d'augmenter considérablement vos chances de vous en sortir. En suivant tous ces conseils, et si vous vous débrouillez bien, vous pourrez alors être en quelques heures hors de danger. Mais heureusement il y a peu de chances que les Parisiens aient un jour à suivre les conseils des survivalistes.

Denis Tribaudeau : Survie, mode d'emploi - Editions Courrier du Livre

A paraître du même auteur chez le même éditeur : Survivre en ville