Belleville : 1 quartier, 4 portraits

© Naïs Bessaih

Les 10e, 11e, 19e et 20e arrondissements se partagent ses pavés. Initialement village, Belleville s’est rattaché à la capitale en 1860. Bohème, convivial et cosmopolite par les différentes périodes de migration qu’il a connues, ce quartier plein de cachet ne demande qu’à être visité, et aimé. Comment en avoir une vision complète autrement qu’en interrogeant ceux qui en font ce qu’il est ?


« Vivre au cœur de Belleville, c’est avoir Belleville au cœur »


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Belleville au cœur, c’est le titre que Christian Page a donné à son livre. Comme il le laisse entendre, les rues de Belleville n’ont aucun secret pour lui, et pour cause, il y a dormi durant près de quatre ans. Auto-défini comme un « SDF 2.0 », Christian a été médiatisé grâce à Twitter en dénonçant les conditions de vie des sans-abris parisiens. Sur son compte Twitter comme dans son livre, nous découvrons qu’un endroit a su lui prêter réconfort, et cet endroit, c’est Belleville. Plus précisément, la place Sainte-Marthe, située dans le 10e arrondissement. Calme et colorée, elle est vite devenue son QG. Comment l’expliquer ? « La mission évangélique des sans logis se situe place Sainte-Marthe. C’est un accueil de jour, où on peut prendre une douche, un petit-déjeuner, et un repas le soir. C’est pour ça que je revenais constamment ici au départ, mais très vite, une certaine affection est née (…) On m’a beaucoup aidé, à commencer par la voisine du 34 qui un beau jour m’offre, à moi, clochard aux godasses pourries, les chaussures de son fils décédé un an plus tôt. » « Vous voyez derrière-moi ? » surenchérit-il : « il y a le bar la Sardine. Alors qu’un matin, le passage aux toilettes s’imposait, j’ai été demander à la patronne, qui m’a autorisé sans hésiter. Les commerçants place Sainte-Marthe sont compréhensifs. L’esprit de village perdure (…) Vous savez, dans la rue il y a un effet de lieu, on se fixe quelque part comme on s’accroche à un rocher. C’est ce qui m’est arrivé. ».

Belleville en trois mots ? « Je t’aime »


« Chinatown 2 »

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À deux pas des marches sur lesquelles Edith Piaf est née s’installe Guo Min, le deuxième restaurant chinois du quartier. La famille de monsieur Whu en est propriétaire, et n’a, depuis son arrivée en 1982, jamais quitté Belleville. « Nous sommes de la période des boatpeople. Ma famille a d’abord quitté la Chine pour l’lndochine, avant de migrer vers la France. Nous avons beaucoup voyagé, c’est d’ailleurs pour ça que notre restaurant propose de la cuisine thaïlandaise, comme chinoise, ou vietnamienne », nous confie monsieur Whu. Il poursuit sur les atouts de son quartier, et pourquoi il s’y sent chez lui : « Belleville, c’est Chinatown 2, je ne m’imagine pas m’installer dans le 13e pour y ouvrir un restaurant. Ici je connais tout le monde : boulangers, bouchers et commerçants, on s’y sent comme dans un petit village. ». Quand il ne travaille pas, monsieur Whu aime flâner aux Buttes-Chaumont, ou aller manger chez Tunis Tunis : « on y mange régulièrement, car c’est comme ça à Belleville, toutes les nationalités se fréquentent. ».

Belleville en trois mots ? « Chinatown, multi, culturel. »


« C’est United Colors of Benetton ici »

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Jeremy a 27 ans, il travaille comme barman aux Triplettes de Belleville depuis bientôt deux ans. Un bar, un café, un restaurant, bref, un haut lieu de rencontre. « Notre clientèle est très variée, des gamins qui viennent boire une bière le soir aux papys habitués qui prennent leur café matinal quotidien. C’est sûrement ce que Belleville a en plus des autres quartiers : la mixité. C’est assez rare. »

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Pour avoir travaillé à Pigalle, Jeremy y voit des similitudes, non sans crainte. « C’est un quartier qui fleurit, et qui mine de rien se "bobo-ise" pas mal. Le risque, c’est que les bobos le prennent d’assaut, comme Pigalle à l’époque, enlevant un peu de son âme au quartier. » Mais heureusement, ce n’est pas encore le cas, « Tout le monde se côtoie et sympathise : les bobos, les SDF et les habitués… ». Lorsqu’il n’est pas derrière le comptoir, Jeremy aime bien manger un bout au Grand Bain rue Dénoyez, aller à la Commune pour boire une bière, et bien sûr… finir sa soirée aux Triplettes.

Belleville en trois mots ? « Coloré, festif, et inattendu. »


« Un joyeux petit bordel »

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Carole B a 38 ans, se définit comme une artiste engagée, féministe, et ça, on peut vous confirmer qu’elle est drôlement badass. « Ça fait tout juste un an que je fais du street-art, majoritairement du pochoir. Mon œuvre phare, c’est Wonder Woman accompagnée du lettrage "Liberté, Égalité, Fémenité" ». Motivée par #MeToo, elle dit de la rue qu’elle est son « porte-voix absolu » pour exprimer ses idéaux. « Belleville c’est la liberté ! »

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« La rue Dénoyez est un incontournable du street-art. Ultra foisonnante, elle ne ressemble à aucun autre endroit. » Carole nous confie avoir été initiée par des pointures du street art comme Spray Yarbs, très ancré dans le paysage artistique du quartier. « Il m’a présenté Belleville comme le quartier idéal pour exposer mes œuvres, et pouvoir prendre le temps de les créer sans craindre d’être interrompue par la police. Ici c’est la norme les graphs’, on peut même dire que ça fait partie du patrimoine. » Où Carole aime-t-elle grapher et balader son œil d’artiste ? « Je ne me lasse jamais de la rue Dénoyez, j’adore aller aux expos qu’organise Pedró dans sa galerie, puis j’adore aller dans les hauteurs de Belleville : la rue des Envierges avec sa boutique Les Temps Donnés… Un petit musée à ciel ouvert. »

Belleville en trois mots ? « Cosmopolite, libre, et coloré. »

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