Les apérues : la nouvelle tendance du déconfinement

Les apéros dans la rue faisaient déjà fureur en 2019 comme le montre cette photo... ©GoodLifeStudio

Les raisons de boire un coup en cette période ne manquent pas. Alors que les bars sont toujours fermés, certains Parisiens regorgent d’ingéniosité et organisent des "apérues" sur les trottoirs, les bancs ou directement sur le bitume. Impatients de retrouver leur liberté après deux mois de confinement, ils se sont empressés de se regrouper dans la rue pour festoyer – au détriment, souvent, des consignes sanitaires.

Ce week-end de l’Ascension marque le grand retour des Parisiens dans les rues de la capitale. Avec des températures estivales, un grand soleil et des quais bondés, Paris parviendrait presque à nous faire oublier que l’épidémie de Covid-19 continue de se propager. En dépit de la fermeture des bars, restaurants et cafés, l’apéro (sport le plus populaire chez les Français) est toujours aussi pratiqué.

Un manque d’espace 

Dès début juin, nos bars et leurs terrasses pourraient faire leur retour. C’est du moins ce que souhaite Anne Hidalgo, la maire de Paris. Estimant que les Parisiens « ont été très raisonnables » pendant le confinement malgré « des conditions de vie pas toujours faciles pour les familles », elle souhaite faire rouvrir les terrasses, parcs et jardins dès le mois de juin. Anne Hidalgo rappelle également qu’il s’agira d’un moyen d’éviter ce qui s’est déroulé le lundi 11 mai au soir (premier jour de déconfinement), en réhabilitant des espaces de rencontre. Les Parisiens seront ainsi moins tentés de s’entasser sur les bords du canal. « C’est une question de santé publique », affirme-t-elle avant de continuer : « les Parisiens seront renvoyés à des trottoirs ou à des espaces comme les berges, le canal Saint-Martin. Il faut gagner de l’espace ! ».

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par TOPIT ® (@topit.paris) le


La rue : nouveau lieu de l’apéro
 

À l’heure où nous sommes tous déconfinés, plus besoin de se déplacer pour retrouver ses potes, l’apéro est dans la rue. Résultat, il est facile de s’ouvrir une bière ou de se servir un verre de vin directement sur le trottoir ou le long des quais. Une alternative pour oublier que les bars, sont eux toujours fermés. « Le gouvernement n’a toujours pas accepté l’ouverture des terrasses alors on boit quelques bières le long du canal. Ça permet de revoir les copains et de profiter du soleil […] même si j’avoue qu’il y a beaucoup de monde ce midi », m’explique Élodie, une Parisienne de 26 ans. Que ce soit pour des retrouvailles entre amis, pour souffler après une journée de boulot ou simplement pour profiter des beaux jours, tout prétexte est bon pour un petit godet. « On ne s’est pas vus depuis très longtemps alors c’est l’occasion de se retrouver autour d’un verre et de faire un peu la fête. On a facilement trouvé de l’alcool à emporter », ajoute Max, 25 ans, un ami d’Élodie.

Des Parisiens font l'apéro sur un scooter ©Instagram - Chloeamb 

Avant le confinement, 40 % des Français prenaient l'apéro au moins une fois par semaine, pour une consommation moyenne de 2,7 verres par jour et par personne, selon Statista. S’il n’existe pas encore de chiffres sur la consommation d’alcool en période de déconfinement, nul besoin d’être Einstein pour le remarquer : on boit toujours autant. Si certains Parisiens préfèrent se cacher chez eux ou dans des bars clandestins pour boire un coup, d’autres s’affichent clairement dans la rue, un verre d’alcool à la main

La vente d’alcool à emporter

Pour tromper l’interdiction de rouvrir leurs établissements, les restaurateurs se lancent désormais dans la vente d’alcool à emporter. « Je vends uniquement des bouteilles de vin ou des bières fermées à la vente à emporter. Les gens consomment sur le trottoir devant mon établissement ou un peu plus loin sur les quais. Ça renfloue un peu les caisses et ça fait du bien au moral », témoigne Gabriel, le propriétaire d’un bar parisien, sans ressources depuis plus de deux mois. Pour autant, la vente d’alcool sur le trottoir n’est pas au goût de tout le monde. Ces initiatives propices aux rassemblements de rue sont notamment pointées du doigt sur les réseaux sociaux.


« Je surveille un peu les clients pour ne pas qu’il y ait de débordement. Pour le moment ça se passe très bien et ça me permet de gagner un peu d’argent », ajoute Vincent, responsable d’un établissement au bord du canal de l’Ourcq. Pour l’instant les autorités n’ont pas interdit les apérues, mais la consommation d’alcool est limitée dans certaines zones comme sur les berges de Seine et du canal Saint-Martin. « La réussite du déconfinement passe par la prudence et le civisme de chacun. Face à l’irresponsabilité de certains comportements, j’ai demandé au préfet de police d’interdire la consommation d’alcool le long du canal Saint-Martin et des voies sur berges », affirmait Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, dans un tweet publié le 12 mai. À chacun donc de voir dans quelle zone est autorisée la consommation d’alcool sur la voie publique. Côté bars, en période de crise sanitaire, ces derniers ont bel et bien l’autorisation de vendre des boissons à emporter à condition que cela corresponde à leur licence.
 

Des rues bondées mais pas de masque

Le problème c’est que les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits sur la voie publique, alcool ou pas. Une question s’invite donc au milieu de la fête : les apérues ne risquent-t-ils pas d’entraîner une deuxième vague ? Selon nos confrères du Parisien, ce jeudi 21 mai, sur 2 200 promeneurs, seuls 10 % seulement étaient équipés d’un masque. Pour trinquer à cette liberté retrouvée, il faudrait donc respecter les gestes barrières et distances de sécurité, au risque de la perdre à nouveau. Quoi qu’il en soit, l’ivresse sur la voie publique reste punie d’une amende de 150 €.



L'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. 
 

Fin des articles