a-manoeuvre-press1-by-andred-167

Le Paris rock de Philippe Manœuvre

undefined undefined undefined 20h00

Sarah Leris

Là où tout a commencé

Je suis arrivé à Paris en 1972, je n’avais même pas 20 ans. À l’époque on trainait dans le Quartier Latin et les Halles, il y avait des disquaires et des boutiques pratiquement partout, c’était une toute autre ville. Il y a 50 ans donc, j’étais étudiant et j’allais souvent à l’Open Market rue du Roule, qui était comme le premier concept store en quelque sorte. On trouvait de tout, des disques rares, des disques américains, des journaux rock de tous les pays, des bandes dessinées... C’était un peu un Colette de la contre-culture de l’époque. Au début, le rock à Paris, ça concernait 100 personnes. On était une toute petite bande de jeunes chevelus. Dès qu’il y avait un concert quelque part, tout le monde était là.


Le disquaire de sa vie

Il y avait un magasin de disques où j’allais, et où je vais toujours, c’est Gibert. Le magasin Gibert est indéracinable, c’est vraiment un temple de la musique. Il est là depuis les années 60, il est très bien placé à côté de la Sorbonne. Il y a beaucoup de jeunes qui circulent et qui viennent voir les nouveautés ou les rééditions. L’autre disquaire où j’adore m’arrêter, c’est chez Record Station, un super magasin tenu par Quentin. Il a de très jolis disques anciens. Quentin est un véritable érudit, il connaît tout. C’est quelqu’un de jeune, mais qui s’est instantanément investi dans cette mission de transmettre la bonne musique du passé. On est dans un quartier pas évident, coincé entre deux gares, avec beaucoup de passage... Et il y a cette petite boutique dans cette rue magnifique, un vrai havre de paix avec une vitrine impeccable.

Gibert Disc Musique, Vidéo & Papeterie
  • 34, boulevard Saint-Michel – 6e
  • Lundi - samedi : 10:00 - 19:30
  • Dimanche : Fermé
  • +33 1 44 41 88 88
  • Site web
  • 4.4 / 5

  • ©Andred

    Le club des nuits sans fin

    Dans les années 70, le gros événement à Paris, ça a été l’ouverture du Palace. Là, il s’est véritablement passé quelque chose. C’était un club que l’Europe nous enviait, on allait au Palace passer les soirées les plus incroyables de notre vie. On dansait énormément, c’était les débuts de la disco, et il y avait un très grand mélange. On y croisait de grands créateurs, Lagerfeld et Saint Laurent, des mannequins et artistes, Grace Jones, Amanda Lear, mais aussi des chauffeurs-livreurs  et le « petit peuple » de Paris. Tout le monde était réuni dans l’amour de la danse.

    Théâtre le Palace
  • 8, rue du Faubourg Montmartre – 9e
  • Site web
  • 4.1 / 5

  • La salle qui l’a électrisé

    Quand je suis arrivé à Paris, il y avait très peu de grandes salles, alors on improvisait. Les Who ont joué Porte de Versailles, là où se tient le Salon de l’Agriculture. Led Zeppelin a joué sur l’île de Saint-Ouen, Deep Purple à la patinoire de Saint- Ouen... Nous, on allait plutôt au Bataclan. C’était une des nouvelles salles rock, si je ne compte pas les clubs comme le Bus Palladium. Il y avait une émission de télé à l’époque, hebdomadaire, qui s’appelait Pop 2, présentée par Patrice Blanc-Francard. La place coûtait 5 francs et j’y ai vu absolument tout le monde, Jeff Beck, Genesis, Roxy Music... Il y a eu le Velvet Underground qui s’est reformé avec Lou Reed, Nico et John Cale, et ils ont fait un concert au Bataclan. C’était merveilleux d’aller voir ça toutes les semaines, il y avait vraiment les groupes qu’on avait envie de voir.

    Bataclan
  • 50, boulevard Voltaire – 11e
  • +33 1 43 14 00 30
  • Site web
  • 4.5 / 5

  • Le Pigalle de l’époque Rock & Folk

    La rédaction de Rock & Folk était rue Chaptal, à Pigalle. On était dans les anciens locaux de Jazz Hot, Boris Vian avait travaillé là, on était impressionnés. Dans les années 80, Pigalle, c’était plein de bars louches et de voyous et ce n’était pas du tout un quartier sûr la nuit. C’était bon enfant en journée, mais à 4 heures du matin, vous ne repartiez pas seul. La SACEM était aussi rue Chaptal, à quelques numéros, alors on voyait passer les musiciens qui, une fois par an, venaient voir s’ils avaient de l’argent à encaisser. S’ils n’en avaient pas, ils venaient pleurer à Rock & Folk pour qu’on leur paie une bière.


    L’endroit disparu qui lui manque le plus

    Le Gibus me manque, j’aimais beaucoup ce club. On a organisé un festival, « Passe ton bac d’abord » avec Yarol Poupaud, à l’époque du mouvement des baby rockers en 2005. Il y avait 24 groupes à Paris, on les avait recensés dans Rock & Folk : Naast, Second Sex, les Brats, Plasticines, BB Brunes... Le premier soir, la jauge est montée à 1800 spectateurs en quatre heures, alors on nous a demandé de refaire ça chaque semaine. On a fait des concerts pendant trois ans, tous les vendredis, au Gibus ou au Triptyque. C’était mémorable.


    Ses concerts les plus marquants

    Il y a eu le concert des Specials au Palace, pour beaucoup, c’était un des meilleurs concerts de leur vie. Ensuite je dirais Nirvana au Zénith. On est entré dans la salle, c’était un soir de décembre, et il s’est passé une communion absolument incroyable. Quand on est ressortis, il avait neigé, la ville était toute blanche, c’était très poétique. Enfin, comment ne pas citer le festival au Parc des Princes en 1997 qui a réuni Wu-Tang Clan, Rage Against the Machine, David Bowie et Prodigy. Il y a eu des moments exceptionnels.


    L’esprit rock aujourd’hui

    On a perdu beaucoup d’endroits rock à Paris, mais il faut réinventer de nouveaux endroits. Il faut avoir 25 ans et se dire : cette ville, elle est à nous. C’est à la nouvelle génération d’imaginer autour de leur musique. Aujourd’hui, mon repère ce sont les Puces de Saint-Ouen. Autour du marché Dauphine, il y a une dizaine de disquaires, des vendeurs de haute-fidélité ancienne, des jukebox, des néons. La nation rock s’est beaucoup réfugiée là-bas. Pour moi, l’âme de Paris aujourd’hui est aux Puces.

    Marché aux puces de Saint-Ouen
  • 124, rue des Rosiers Saint-Ouen-sur-Seine
  • Lundi : 11:00 - 17:00
  • Vendredi : 8:00 - 12:00
  • Samedi - dimanche : 10:00 - 18:00
  • Mardi - jeudi : Fermé
  • 4.2 / 5
  • Un enfant du rock raconte
    Théâtre de l’Œuvre
    55, rue de Clichy — 9e
    Les 1er, 8, 15 et 22 avril 2026
    Plus d'infos