[PORTRAIT] Chilla, rappeuse féministe mais pas que.

© Naïs Bessaih

Un matin pluvieux de mars, nous sommes allés à la rencontre de Chilla au sein de son antre, son repère : le studio, cocon où elle prépare actuellement son prochain album. Souvent dépeinte comme une rappeuse féministe, avec nous Chilla met ses propres mots sur qui elle est. Paire de Ray Ban sur le nez et café froid signé Starbucks en main, elle fait le lien entre Chilla, et Mareva, de son vrai prénom.


Est-ce que tu peux te présenter ?

Chilla, 24 ans, rappeuse. (Rires) Simple et efficace.


Tu es souvent présentée comme une rappeuse féministe ou comparée à Diam’s. Pourrais-tu expliciter, toi, ce qui fait réellement ta singularité ?

Si on dit que je suis une rappeuse féministe, c’est forcément parce que j’ai fait quelques titres qui touchent à cette thématique. Mais c’est vrai que c’est loin d’être ma particularité, ce n’est pas ce que je mettrais en avant. Le fait qu’on me compare à Diam’s, c’est un raccourci parce qu’on est deux femmes dans le même milieu. Après, pour moi elle a été une grande inspiration, elle a bercé mon adolescence ; mais je ne pense pas avoir son niveau lyrique. En soi, mon but n’est pas de faire du Diam’s et c’est pas non plus d’être le porte-drapeau d’un mouvement féministe. Ma singularité c’est que je rappe et je chante en essayant de relier les deux de la manière la plus fluide possible.


Quelles sont tes principales influences ? Si tu en as.

Du coup, Diam’s en fait partie, dans mon adolescence. Au même titre que Youssoupha ou Kery James, qui est l’un des premiers rappeurs français que j’ai entendus parce que mon frère l’écoutait. Après j’ai énormément d’influences. Pour moi, Beyoncé est autant une référence que Amy Winehouse, ou que Lauryn Hill. J’ai écouté beaucoup de styles de musique différents : du r’n’b, de la soul… Et je n’ai pas été qu’inspirée par des femmes, j’ai beaucoup écouté d’hommes pouvant aller de Snoop Dogg à Jeremih.

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Dès que des opinions politiques sont insufflées dans les punchlines, on a le réflexe de parler de rap conscient. Ta musique, notamment à travers des titres comme Lettre au Président, Balance ton porc ou Sale chienne, pourrait-elle être qualifiée ainsi ?

C’est vrai qu’on aime bien mettre des étiquettes. Le rap conscient, on donne ce nom à tout ce qui est texte engagé. Donc, pour le coup, Lettre au Président ou Sale Chienne sont des titres engagés. Est-ce que c’est du rap conscient ? Oui, dans le sens où je le "conscientise". Après, c’est noyé au milieu de l’ego trip, de l’introspection. Ces textes-là, oui, pourraient être rattachés au rap conscient. Après, je ne pense pas, moi, faire du rap conscient.


Je me permets de souligner la grande qualité de réalisation de tes clips. Es-tu amatrice de ciné ?

Oui et non, dans le sens où j’ai toujours été sensible au 7e art et aux séries. Par exemple, dans le clip de Mira, on sent bien qu’il y a une influence très Netflix, un peu à la Riverdale ou Les nouvelles aventures de Sabrina. Mais ça serait mentir de dire que j’ai de grandes connaissances cinématographiques, parce que j’ai toujours été très éparpillée dans mon esprit. Mais c’est vrai que, pendant longtemps, je me suis cherchée. Et depuis qu’on a attaqué le nouveau projet, j’ai su dire ce que je voulais et mettre ce côté plus artistique dans mes clips. Maintenant ça ressort comme je l’imagine.


Quel est ton dernier film ou série coup de cœur ?

Vu que j’étais une grosse addict des séries et que ça me portait pas mal préjudice pour mon rap (rires), je me suis complétement désabonnée de Netflix. Donc j’ai vraiment mis de côté les séries pour être focus sur mon art. Mais franchement, dans la période où j’en regardais pas mal, j’ai autant été touchée par Peaky Blinders, comme par toutes les saisons de Oz ou The Wire. Après j’en ai tellement regardés… Game of Thrones, classique par exemple.


Tu as récemment atteint les 100k abonnés sur Instagram, bravo. La gestion de ton image a-t-elle une part importante dans la diffusion de ta musique ?

Oui, elle l’est devenue. C’est vrai qu’à une époque, j’étais vraiment dans un entre-deux. Je suis quelqu’un de lambda, quelqu’un de très simple. J’allais chez H&M, j’achetais mes basiques et puis voilà. Et je l’ai bien senti à la sorti de Karma, mon EP, il y a un an. Quand on commençait à faire des clips, je me rendais compte que je n’étais pas si à l’aise que ça avec mon image. Ça a pris un peu de temps pour que je fasse un travail sur moi et que je prenne un peu plus confiance. Et puis que j’ai une vision de ce que je voulais montrer de moi. Maintenant que j’ai réussi à le savoir, l’image prend une place essentielle dans la communication de ma musique. Parce qu’on est dans une ère où l’un ne va pas sans l’autre. Et je trouve ça important, puisque la sphère clip, Instagram… ça fait office de vitrine pour que les gens puissent rentrer dans mon univers.

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Avec quel(s) artiste(s) rêverais-tu de faire un feat ?

Franchement, plein. Rosalía par exemple, j’aimerais bien faire une collaboration avec elle. J’aimerais bien un feat avec les Daft Punk, ça serait chan-mé. Là c’est vraiment des fantasmes, après, je pourrais citer Damso ou Orelsan au même titre.


La palette des rappeuses américaines est assez hétéroclite : elle va de Nicki Minaj, Cardi B, voire Lil Kim avant elle, à Lauryn Hill en passant par Missy Elliott. Te reconnais-tu en certaines d’entre elles ?

Carrément. Lauryn Hill, par exemple, est pour moi la définition de la rappeuse-chanteuse qui a réussi à allier les deux et qui excelle dans les deux. Pour moi, ça serait vraiment un objectif de réussir à avoir ce niveau musical. Maintenant, on est plus à la même époque : la musique n’est plus la même. Ce que je fais est beaucoup moins teinté boom bap. Mais oui, j’ai aussi grandi avec Missy Elliott et Eve. Ce sont des femmes fortes, de caractère, qui se sont imposées dans un milieu pas forcément accueillant pour les femmes. Finalement, elles ont réussi à faire leur place. Elles sont des exemples à travers le monde entier et je pense que, oui, ça a bien rythmé ma jeunesse. Avoir des talents comme ça qui ont autant d’impact, ça a créé une détermination qui m’a permis de me dire que c’était possible.


C’est quoi ton prochain projet ? En quoi sera-t-il différent de Karma (son premier EP, sorti en 2017) ?

Le prochain projet, ça va être un album qui sortira avant l’été. En soi, il est complètement différent. Karma, je le considérais comme un premier jet, une première carte d’identité, dans lequel j’ai voulu mettre tout ce que je savais faire. J’avais un peu moins confiance en moi, donc je partais dans tous les sens. Au fond de moi, j’avais envie de prouver ce dont j’étais capable. Et une fois que j’ai sorti Karma et qu’il a été accueilli de manière positive, avec tous les retours que j’ai eus même en concerts, ça m’a donné confiance. Avec ce nouveau projet, je suis beaucoup plus à l’aise avec l’exercice, j’aborde des thématiques que je n'ai pas abordées avant parce que j’étais très pudique. Je parle beaucoup d’amour dans le prochain album. J’ai des titres beaucoup plus chantés dans un délire trap et r’n’b. Il va y avoir plus de titres, et je suis vraiment en accord avec ce projet en fait. J’ai une liberté artistique que peu d’artistes signés ont la chance d’avoir. Mon producteur m’a fait confiance, il m’a laissé tout l’espace dont j’avais besoin. Et j’ai coproduit aussi. J’ai trop hâte de le dévoiler et de vous le faire découvrir.


À la fin de la journée, qui de Mareva ou Chilla est la plus chill ?

C’est vrai que ça m’arrive d’être chill, mais je ne suis pas si chill que ça. En vrai, je crois que Chilla est plus chill. Mareva elle est plus sur les nerfs, beaucoup plus (rires). C’est d’ailleurs pour ça que j’ai inventé ce personnage, Chilla, pour prendre du recul sur mes névroses.

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Tu es perpétuellement lookée et toujours on fleek. C’est un attrait propre à Mareva ou à Chilla du coup ?

À Chilla. Parce que, comme je disais plus tôt, moi, Mareva, je n'ai jamais eu aucun swagg. C’est exagéré, mais pendant des années j’ai juste porté un legging avec un tee-shirt long et des petites cavalières. C’était ma tenue sûre. Plus je passais inaperçue, mieux je me portais. Le moment où j’ai commencé à être exposée, je me suis rendu compte que c’était pas si frais que ça (rires). Et depuis, tout ce qui se passe autour de Chilla a déclenché cette envie d’être bien apprêtée et d’essayer d’avoir un style qui me ressemble : confort, stylé et tendance, en même temps féminin. Mais j’aime bien me sentir bien dans mes tenues.


On te souhaite quoi pour la suite ?

Des dates de concert, un échange avec le public… Et j’espère que l’album sera écouté et que les gens comprennent surtout. Qu’ils apprennent à se dire qu’il ne faut pas m’attendre quelque part, qu’il ne faut pas exiger de ma part que je ne fasse que du rap, que je ne parle que de féminisme, que je n'ai que des textes conscients… Qu’ils comprennent que je suis quelqu’un d’entier avec plein de facettes différentes, et que c’est comme ça qu’il faut voir mon prochain projet et mon univers en général.


Questions Paname


Ton adresse incontournable ?

Ici. Le studio.


Là où tu vas pour te poser ?

J’aime bien aller à Pigalle, les quartiers populaires.


En soirée, t’es plutôt dernier métro ou premier ?

Plutôt dernier métro, je ne suis pas une meuf de la night comme ça (rires). Puis, je ne sors pas tant que ça. Donc dernier métro, ou Uber au milieu de la nuit si y’avait vraiment du bon son quoi.

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Tu rentres avec quoi dans ton casque, dans les rues de Paname, à 18h en ce moment ?

En ce moment, j’ai retéléchargé des sons que je kiffais. Du coup, ces temps-ci je me lève avec Runnin’ de The Pharcyde. J’ai redécouvert un son de Busy Signal qui s’appelle Come Over, carrément un titre que j’ai poncé tout le collège. Je l’avais oublié et je suis bien contente de redécouvrir des souvenirs d’il y a dix ans.

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