Le premier chatbot à destination des femmes victimes de violence

© Elle Caetera

Saviez-vous qu’une agression sexuelle sur trois concernait les jeunes femmes âgées de 18 à 25 ans ? Que 20% des violences conjugales concernaient les 20-24 ans ? On oublie souvent que les violences et harcèlements que subissent les femmes arrivent de plus en plus tôt, et qu’il est encore plus difficile pour de jeunes filles de mettre des mots sur ce qu’il leur est arrivé. La plupart ne sont d’ailleurs même pas conscientes d’avoir été victimes d’une agression. C’est pourquoi l’association Elle Caetera, créée en février 2018 pour faciliter l'accompagnement des jeunes femmes victimes de violences, a décidé de créer un chatbot sur l’application Messenger à destination de ces femmes en question afin de les pousser à agir. 

Alexia Lerond, présidente de l’association Elle Caetera, a souhaité monter ce projet pour aider les jeunes filles ayant rencontré des violences sexuelles et psychologiques à parler au grand jour. C’est après avoir répondu à un appel à projet de la Fondation des Femmes, qui visait à faciliter l’accès à la justice via une communication numérique, que le chatbot a été créé.

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Elle a souhaité utiliser la force de frappe de Facebook et des nouvelles technologies pour améliorer la prise en charge des jeunes ayant déjà vécu une agression sexuelle, physique ou morale. La cyberviolence et le cybersexisme sur Internet touchent également de plus en plus les jeunes. La grande majorité des victimes, âgées de 18 à 25 ans, n’entame pas de procédure judiciaire par manque de confiance dans les institutions, complexité de la procédure, méconnaissance de leurs droits ou encore honte ou sentiment d’illégitimité. La plupart des jeunes femmes ayant été victimes d’une quelconque agression ne connaissent pas de noms d’associations, ne savent pas vers qui se tourner ni même comment demander de l’aide. Certaines ne savent même pas qu’elles ont subi des violences, comme par exemple les insultes reçues dès leur plus jeune âge dans les cours de récréation. Le bot viendra justement apporter des réponses à toutes ces interrogations en échangeant avec la victime afin d’identifier l’infraction, lui faire se rendre compte qu’elle a été victime d’une agression, lui expliquer ses droits à l’aide de mots simples et enfin l’orienter vers l'organisme le plus adaptée à sa situation. La victime pourra alors décider d’agir et de se faire accompagner juridiquement, socialement et psychologiquement.

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Pourquoi un chatbot ? Tout d’abord car c’est la forme de messagerie la plus utilisée à cet âge, mais aussi car tout le monde (ou presque) a déjà l’application Messenger sur son smartphone et surtout parce que c’est gratuit. De plus, le chatbot a la particularité d’être "disponible" 24h sur 24 et 7 jours sur 7, contrairement à d’autres services et associations qui ont des horaires spécifiques. Il est d’ailleurs important de préciser qu’il n’est pas obligatoire d’avoir un compte Facebook pour avoir Messenger. Accessible directement via la page Facebook de Elle Caetera ou sur l’application Messenger, le robot vous invite à démarrer la conversation et commence par se présenter. Il vous propose de choisir des mots-clés afin de faciliter l’interaction. Les questions restent larges et cela évite ainsi de se retrouver face à un « Comment puis-je vous aider ? » souvent complexe dans ce genre de situations. À l’aide de simples clics sur ces mots-clés, vous pourrez ainsi renseigner votre âge, le contexte, le type de violence subie et répondre ensuite à une succession de questions afin de définir au mieux l’infraction. Le robot continue ensuite par vous rassurer, et emploie des mots réconfortants. Après avoir renseigné votre code postal, le chatbot vous donnera une liste de toutes les structures proches de chez vous adaptées à votre situation afin de recevoir l’accompagnement le plus spécifique. Le chatbot vous donnera les coordonnées exactes pour chaque contact et il suffira de cliquer directement dessus pour les joindre et rechercher l’itinéraire.

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Toutes les informations restent confidentielles, et sachez que même si les administrateurs ont accès aux données, les conversations seront automatiquement supprimées au bout d’une semaine. Les données serviront uniquement pour établir des statistiques concernant les victimes.

N’étant effectif qu’à Paris et en banlieue pour l’instant, le chatbot prévoit d’être fonctionnel à échelle nationale d’ici six mois à un an. Il ne couvre pour le moment que certaines formes de violence, comme le harcèlement sexuel, moral et de rue, ou les violences sexuelles, le viol, et l’exhibition sexuelle, qui semblaient être les plus appropriés. Si le chatbot ne peut pas répondre aux formes de violence que la victime exprime, il la dirigera quand même vers des associations généralistes qui pourront l’aider.

N’hésitez pas à vous rendre à la soirée de lancement du chatbot le 21 mars de 18h à 21h à la Mairie du 10e, dans la salle des mariages, pour échanger à ce sujet. Et surtout parlez et agissez !

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