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À Paris, le Crousty pourrait-il détrôner le kebab ?

undefined undefined 3 mars 2026 undefined 12h00

Jérémy Pennors

Le roi est-il menacé ? Introduit en France dans les années 1970, popularisé dans les années 1980 puis massivement diffusé dans les années 1990, le kebab a longtemps régné sans partage sur la restauration rapide hexagonale. À Paris, il est devenu un repère urbain autant qu’un réflexe gourmand.

Mais le contexte a changé. Selon une étude publiée en mars 2025 par Strateg’eat pour le salon Snack Show, le snacking se porte bien : en 2024, il représente 22,3 milliards d’euros, soit 38 % du secteur de la restauration. En tête des ventes : la pizza, devant le burger et le sandwich. Le kebab n’est plus seul au sommet.

Dans certaines villes, la concentration de fast-foods est jugée outrancière, nourrissant une impression de saturation. Sushis, tacos, pokés, poulet frit… L’offre s’est démultipliée. À cela s’ajoute la hausse du prix des matières premières : le mythique kebab-boisson à 5 euros appartient désormais au passé. À Paris, la formule dépasse souvent les 8 ou 9 euros, brouillant son image de repas imbattable sur le plan économique. Alors le kebab serait-il devenu trop banal, voire trop cher, pour une génération en quête de nouveauté ? 


Le Crousty,
moteur d’une nouvelle ère fast-food

Dans ce paysage concurrentiel, le Crousty avance ses pions. Le principe : du poulet frit nappé de sauce sur une généreuse portion de riz, le tout servi en barquette. Un plat simple, roboratif, calibré pour les vidéos courtes.

Certaines enseignes ont connu une croissance fulgurante. C’est le cas de Tasty Crousty, passée en un an de deux restaurants en région parisienne à plus d’une vingtaine à travers la France. À chaque ouverture : opérations promotionnelles, barquettes offertes aux cent premiers clients, communication massive sur TikTok et Instagram.


Un casse-dalle viral à l’ère de TikTok

La force du concept ? Son potentiel visuel. Coulures de sauce, croustillant du poulet, portions XXL : le Crousty est pensé pour l’algorithme. Là où de nombreux kebabs ont tardé à investir le virage vidéo, les nouvelles enseignes misent tout sur la viralité et les influenceurs.

Certains créateurs de contenu participent même directement à l’aventure entrepreneuriale, brouillant les frontières entre divertissement et restauration. Dans une économie de l’attention, le Crousty ne vend pas seulement un repas, mais un moment à poster.


Une jeunesse en quête de nouveauté

L’étude Strateg’eat souligne que, malgré l’inflation, la génération Z consacre en moyenne plus de 40 euros par semaine à la consommation hors domicile, davantage que la génération Y. Mais leurs critères ont évolué : originalité, flexibilité, curiosité.  Depuis le Covid, la routine cède la place à la spontanéité. Les envies du moment et les innovations dictent les choix. Dans ce contexte, le kebab souffre peut-être de son statut d’évidence. Trop installé, trop familier.

À Paris, où les tendances circulent vite et où la concurrence est permanente, le Crousty incarne donc cette promesse de renouveau. Il ne remplace pas encore le kebab, mais il en fragilise la centralité symbolique. Comme le tacos avant lui, il capte une partie du flux. Reste à savoir si le Crousty s’inscrira durablement dans le paysage parisien ou s’il rejoindra la liste des modes éphémères. Une chose est sûre : dans la capitale, la street food est devenue un terrain d’expérimentation permanent. Et le kebab n’y est plus intouchable.