Visite dans les 1 000 m2 d’ateliers dédiés aux artistes en exil

© Medhat Soody

« Bip, premier étage. » Nous voilà propulsés dans le monde arty de l’Atelier des Artistes en Exil, dans le quartier de l’Olive. De la musique résonne derrière l’une des nombreuses portes du grand atelier. En cherchant Judith, metteur en scène et bénévole de l’association, je croise le chemin et le regard de quelques artistes. Dans un sourire ils m’indiquent le bureau de mon guide du jour, et c’est parti pour arpenter ces 1 000 m2 de création unique.

Neuf ateliers (dont deux salles de musique, une de montage), un peu plus du double de portes, trois à quatre artistes derrière chacune d’elles et autant d’ambiances différentes. Plus qu’un "simple" lieu de création, l’Atelier des Artistes en Exil se veut intercommunautaire et socia(b)le. « L’atelier est aussi l’occasion de rencontrer des gens que les artistes n’auraient jamais rencontrés dans un autre contexte. Quand on attribue les places, on fait attention de mettre en cohabitation des artistes qui se complètent, ou au moins qui ne se dérangent pas ».

© Studio des formes

Résultat, chacun vaque à son œuvre, les artistes défilent tous les jours jusqu’à 21h avec interdiction de dormir ici puisque l’étage est prêté par un généreux propriétaire qui préfère rester discret. Soit.

Mais pas question de se transformer en agent artistique. « Notre idée, en plus de leur offrir un lieu de travail et un espace de création, c’est d’être une interface entre ici et le monde du travail. On les accompagne pour créer un portfolio ou rédiger des contrats par exemple. Et contrairement à un agent, on ne ponctionne pas leurs revenus lorsqu’ils vendent des œuvres : l’association touche 20% de la vente qui atterrit dans une sorte de pot commun et qu’on utilise pour racheter du matériel. L’atelier, c’est un peu comme une maison qui appartient à tout le monde en fait. »

Tout un chacun peu donc pousser la porte de cette maison arty. Lors de ma visite, par exemple, une dame s’est greffée à notre tour du propriétaire parce qu’elle souhaite léguer le matériel de son père, peintre défunt. « En ce moment, il y a presque une personne par jour qui vient nous proposer du matériel, c’est génial. » Si ça vous donne des idées, allez-y, Dieu vous le rendra comme on dit.

 © Medhat Soody

Pour adhérer à cette aventure associative, les artistes en exil payent une cotisation annuelle d’au moins 1 euro. Chacun donne ce qu’il a. Seules conditions : être un artiste et en exil, c’est-à-dire contraint de ne pas retourner dans son pays. Des situations souvent extrêmement difficiles « avec lesquelles il faut composer. On s’adapte à la fragilité de chacun », explique Ariel, un autre bénévole.

 © Medhat Soody

Sculpteurs, poètes, peintres, cinéastes, musiciens, écrivains, Libanais, Soudanais, Syrien, Congolais… Tous (150 aux dernières nouvelles) (re)viennent de loin. Alors pour les aider au-delà de leur art, l’association projette de faire intervenir un prof de français pour leur apprendre non seulement la langue mais aussi à reprendre confiance en eux : « quand on a surmonté des épreuves comme les leurs, il faut réapprendre à s’affirmer et tout ça passe aussi par le corps, notamment lors des démarches administratives », explique le bénévole.

L'Atelier des Artistes en Exil, un petit sas de décompression et d'expression pour toutes ces âmes meurtries... 


L’Atelier des Artistes en Exil
102, rue des Poissonniers – 18e