Le Palais de Tokyo s'ouvre de nuit pour découvrir l'œuvre chorégraphique de Sorour Darabi, entre catharsis et peurs

Sorour Darabi « From the Moon to the Throat » au Palais de Tokyo ©Antoine APHESBERO

From the throat to the dawn est le dernier volet de trois performances pluridisciplinaires signées Sorour Darabi. Le.a chorégraphe est en résidence au Palais de Tokyo ce mois de novembre dans le cadre du programme "La Manutention", qui offre des résidences d'un mois à des artiste en charge de proposer trois à quatre performances. « Un véritable challenge », résume Caterina Zevola, programmatrice culturelle au musée. La venue de Sorour Darabi s'insère dans le cadre plus large de l'exposition Shéhérazade la nuit. Jeudi 17 novembre, il.elle signera sa dernière performance du mois au Palais de Tokyo. 

Lancée en automne 2017, "La Manutention" est un programme de résidences qui se démarque dans le paysage culturel mondial. En effet, il est le seul à être entièrement dédié aux artistes performateurs. En ce mois de novembre, "La Manutention" et le Palais de Tokyo ont invité le.a danseur.se iranien·ne Sorour Darabi. À noter que nous utiliserons l'écriture inclusive dans ce papier tout simplement pour ne pas mégenrer Sorour qui se désigne comme non-binaire. Comme il l'expliquait au Monde en 2018 : « Assignée femme à ma naissance, je suis en transition et en transformation permanente. Je cherche une fluidité dans le genre ». 


Attendre la nuit pour s'exprimer

Après ses deux performances From the moon to the throat (le 3 novembre) et 7 rêves de Dykes et Faggots loin de chez eux (le 11 novembre), nous nous sommes entretenus avec Sorour pour en apprendre plus sur sa dernière performance, From the throat to the dawn, en parallèle de l'exposition fil rouge Shéhérazade la nuit du Palais de Tokyo. Le crépuscule, l'aube, l'obsucurité, la nuit, autant de notions et termes qui parlent à Sorour. « Avec ce titre, From the throat to the dawn, j'ai voulu évoquer ce moment de transition : l'aube ("dawn" en anglais, ndlr) est ce qui lie la nuit au jour, la gorge ("throat" en anglais, ndlr) lie la bouche à notre fort intérieur. » L'aube et la gorge seraient ces moments et lieux d'entre-deux. Pour la communauté LGBTQIA+, la nuit est « le seul lieu où on peut exister pleinement comme on est, c’est la nuit qu’on résiste car la vie sociale de jour d’une certaine manière n’est pas safe […] La nuit on raconte des histoires et on se raconte d'une manière qui ne ressemble pas à celle de jour, c'est un moment où on peut de déployer pleinement », détaille-t-il.elle.

La nuit est cathartique et un espace de lutte. Comme celle qu'a menée Shéhérazade pour survivre. Cette fille de grand vizir (haut fonctionnaire dans l'empire persan) qui racontait des histoires la nuit venue à Chahriar, roi de Perse, pour que celui-ci ne la tue pas comme ses autres prétendantes. Après s'être fait tromper par sa femme, Chahriar la tua et n'eut plus jamais confiance en ses compagnes, c'est pourquoi chaque soir il se mariait et tuait sa nouvelle compagne dans la nuit. Pour garder la vie, Shéhérazade finissait l'histoire de la veille et en commençait une nouvelle en les reliant les unes aux autres pour tenir le roi en haleine jusqu'à la nuit d'après. La légende raconte qu'elle réussit à lui conter mille et une histoires avant qu'il ne la tue. Avec la nuit comme ambivalence, Sorour fait le lien avec cette exposition. « De nuit, on a ce rapport à l’angoisse, à l'horreur. C'est un moment où on peut avoir peur qui fait écho à nos souvenirs d’enfant. Petit, la nuit est le moment où on ne se sent pas safe. Tous nos démons montent et sortent pendant la nuit. »

La nuit comme espace de lutte où on se dévoile, raconte son et des histoires, voilà ce qui liera From the throat to the dawn à l'histoire de Shéhérazade. Rendez-vous le jeudi 17 novembre la nuit tombée – évidemment – de 20h à 2h au Palais de Tokyo pour assister à cette performance qui s'étendra dans le temps comme pour savourer encore plus l'obscurité...

Le lien de la billetterie juste ici. Et la programmation est par ici.

Où ça ? 
Au Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson – 16e

Pour qui ? 
Pour tous.tes, très sensibles, moins sensibles, insensibles de base à l'art, c'est le moment de s'émerveiller. 

Avec qui ?
Avec Sorour Darabi à la baguette et les artistes Antonija Livingstone, Tiran Willemse, Calixto Neto, Li-Yun Hu, Ange Halliwell et Bella Baguena pour l'épauler.

Ok, c'est quand ? 
Ce jeudi 17 novembre, de 20h à 2h. 

Et combien ça coûte ?
L'entrée est à 12 € en plein tarif et à 9 € en tarif réduit. 

Encore des questions ? C'est par ici.

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