« À côté d’un immense réalisme, vive l’abstraction. Je crois qu’il faut savoir faire les deux, avec le plus grand amour et le plus grand excès possible », affirmait Adya van Rees-Dutilh. Adya et Otto van Rees ont nourri leur vie comme leur œuvre de cet amour et cet excès. Très méconnus encore aujourd'hui du public, ces deux artistes néerlandais ont pourtant contribué de manière significative aux avant-gardes européennes du XXe siècle. C’est à ce couple singulier que le musée de Montmartre rend hommage dans sa nouvelle exposition, du 20 mars au 13 septembre 2026. Une rétrospective particulièrement marquante, puisqu’il s’agit de la toute première consacrée à ces deux artistes en France.
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Des artistes libres de vivre, libres de peindre
S’il fallait les définir en un mot, ce serait incontestablement « libres ». Issus de la haute bourgeoisie, Adya et Otto cherchent très tôt à s’affranchir des conventions sociales. Adya rejette les apparences et le prestige de son rang, tout comme son destin de femme mariée, et n’aspire qu’à devenir artiste — un choix mal perçu par sa famille. Otto aspire, quant à lui, à la même indépendance que celle de son père qui se qualifiait de « Christ anarchiste ». Ensemble, ils font le choix d’un mariage libre, fondé sur l’amour et le respect.

Otto van Rees, Nu sous un parasol, 1909-1910, huile sur toile, coll. part. © Adagp, Paris, 2026
Cette quête de liberté rejaillit dans leur pratique artistique avec force. Ils ne se cantonnent jamais à un style, ou à un mouvement, mais explorent — néo-impressionnisme, cloisonnisme, cubisme, figuration, etc. Ils se libèrent des contraintes académiques et expérimentent dans l’art comme dans la vie. Souvent incompris, parfois même controversé, leur travail attire la critique. Adya et Otto van Rees ne cherchent pourtant pas à plaire : seule l’expression de leur créativité importe.
La famille au centre du processus créatif
Le parcours, pensé selon la chronologie de leur vie, propose de découvrir 103 œuvres au total. Chaque salle illustre une étape de la vie du couple, autant qu’une nouvelle recherche artistique. Chez les Van Rees, l’art — la peinture, mais aussi les collages pour Otto ou la broderie pour Adya — est omniprésent au sein de la famille. De Paris à Zurich, en passant par l'Italie et les Pays-Bas, le quotidien très simple des deux artistes se dévoile au fil des peintures. « Ah, comme nous pouvions poétiser la vie avec si peu ! », affirmait d’ailleurs Adya van Rees-Dutilh dans une lettre adressée à sa fille Magda en 1943.

Otto van Rees, Agave, 1906, huile sur toile, Coll. part © Adagp, Paris, 2026
Réécrire l’histoire de l’art au féminin
Sur la centaine d'œuvres présentées, 73 ont été réalisées par Otto et seulement 30 par Adya. Une différence significative qui traduit le silence et l’absence de reconnaissance dont les femmes artistes ont souffert entre le XIXe et le XXe siècle. Mais aux yeux d'Otto, Adya est son égale : il rend hommage à son art en la représentant — non pas comme muse ou modèle — mais bien comme artiste à part entière puisqu'elle apparaît « à l'œuvre », en train de peindre ou de broder.

Adya van Rees-Dutilh, Autoportrait, 1904, crayon sur papier, Coll. part © Adagp, Paris, 2026
Pour rééquilibrer ce regard et donner une dimension plus grande au féminin, le musée de Montmartre consacre la dernière salle de l’exposition à Adya van Rees-Dutilh et lui donne enfin la place qu’elle mérite. Une rétrospective qui, bien au-delà de la découverte, met en lumière un duo audacieux dont le récit et l'œuvre invitent à une relecture de l'histoire de l'art.
Adya & Otto van Rees, Au cœur des avant-gardes
Musée de Montmartre
12, rue Cortot — 18e
Du 20 mars au 13 septembre 2026
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