Vice, portrait tragi-comique du crétin le plus puissant de l'Histoire récente

  • Louis
  • Ciné-Séries
  • 13/02/2019

Avec 8 nominations aux Oscars, on peut dire que Vice, a priori portrait au vitriol de l'ancien vice-président Dick Cheney, générait pas mal d'attente chez les professionnels comme chez les amateurs du 7e art. Eh bien en tant qu'amateur, je peux vous dire qu'on a bien fait d'attendre ! 


Ce n'est certainement pas un hasard si Adam McKay est, avant The Big Short et aujourd'hui Vice, le réalisateur du mythique Anchorman (Présentateur vedette : La légende de Ron Burgundy en français). Dans cette excellente comédie repoussant sans cesse les limites de l'absurde, Will Ferrel incarne donc Ron Burgundy, un présentateur de télévision ringard et très poilu ayant, c'est le moins qu'on puisse dire, une très haute idée de lui-même. Pas un hasard nous disions, car le personnage principal de Vice lui est quelque peu similaire, du moins dans l'approche que McKay en fait ; le seul problème, c'est qu'il s'agit de Dick Cheney, vice-président sous George W. Bush et probablement l'idiot le plus puissant que la Terre ait jamais porté. 

Vice film critique

Vice nous raconte l'histoire d'un mec plutôt normal, un type corpulent et alcoolique à l'intelligence moyenne devenu un temps l'homme le plus puissant du monde. La trame est linéaire, on suit l'évolution du gros bonhomme chauve, de sa ferme du Wyoming à la Maison Blanche en passant par les bancs du Sénat, comme dans un bon biopic classique. Et comme dans un bon biopic classique, il est question de galère, d'amour, de luttes intérieures, d'ambition et de gloire, et pour finir, de chute. Mais Cheney ne tombe pas seul, il entraine avec lui le monde libre et partiellement en paix tel qu'il était avant le 11 Septembre.

Vice film critique

On ressent pourtant, dans toute la première partie du film, un sentiment de sympathie à l'égard du héros, qu'on a même tendance à prendre pour un mec bien. Dick Cheney est présenté comme un homme droit, aimant, un family man passionné de pêche. Mais une fois en contact avec tout ce qui peut s'assimiler à un quelconque exercice du pouvoir, il se transforme, devient un politicien implacable et froid, un être assoiffé de pouvoir et calculateur, soutenu en cela par ses collaborateurs. Christian Bale est évidemment formidable, bien au-delà de son impressionnante prise de poids, mais il faut aussi insister sur les "seconds rôles", tous extraordinaires : Amy Adams dans le rôle de sa femme, premier soutien et "muse" aux yeux brillants de convoitise, Steve Carell, d'un cynisme hilarant dans le rôle de Donald Rumsfeld, et enfin Sam Rockwell, dont la ressemblance avec un jeune W Bush est tout simplement bluffante. 

Vice film critique

La force de McKay et du film réside en cela qu'il aura réussi à maintenir tout au long du métrage un regard amusé sur le véritable drame mondial qui s'y joue : comment un seul homme, un type plus ou moins comme vous et moi, a pu façonner un nouvel ordre mondial, mettre en place un système qui favorise les riches, qui méprise l'écologie, qui en glorifiant le pouvoir, justifie toutes les guerres. Comment le vice d'un homme a pu se répandre sur le monde sans même qu'on s'en aperçoive. Glaçant. 

Vice film critique


Maître de la comédie américaine potache, Adam McKay réussit une petite merveille d'humour noir avec ce Vice qui conjugue les genres à la perfection : entre biopic, docu alarmiste et film historique, il livre un portrait humain mais sans concession de l'homme qui plongea le monde dans l'atmosphère suffocante qui nous entoure aujourd'hui, et offre certainement un Oscar du meilleur acteur bien mérité à Christian Bale.

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