Les Misérables replace avec brio les banlieues dans l'actu

Presque un quart de siècle après La Haine et Ma 6-T va crack-er, Ladj Ly balance Les Misérables comme un cocktail Molotov sur nos écrans pour, encore une fois, évoquer la banlieue et ses habitants. Si les images et les protagonistes diffèrent, le constat reste le même : c'est la merde dans ce coin de France. 


Si la portée politique d'un tel film n'est évidemment pas négligeable – le président Macron lui-même, après l'avoir visionné, aurait immédiatement notifié l'urgence de mesures pour l'amélioration des conditions de vie dans ces quartiers déshérités à son gouvernement –, il convient avant tout d'en évoquer la force cinématographique.

Les Misérables film critique

C'est donc à la première personne que se déroule toute la première partie du film, sorte de mise en condition et de bilan des forces en présence précédant la tempête. On accompagne Stéphane (Damien Bonnard, qui ne cesse de rendre sa dégaine maladroite incontournable) lors de sa première journée en tant que brigadier de la BAC de Montfermeil, dans le 93, caméra à l'épaule. Au programme, blagues douteuses du collègue Chris alias "cochon rose" (Alexis Manenti, excellent en bakeu bas du front mais pourtant attachant, et co-scénariste), tour du quartier et de ses personnalités, interpellations, bref, la routine, le tout filmé avec un mélange subtil d'instantanéité et de contemplation. Les rares passages musicaux (belles nappes électro) et des dialogues drôles et tranchants évitent de tomber dans les clichés du film de banlieue pour plutôt en montrer la beauté humaniste.

Les Misérables film critique

La deuxième partie sera bien différente. À mesure que la tension grimpe, que le danger et l'hostilité s'invitent dans l'action, Ladj Ly multiplie les changements de plan, alterne plans au drone (le même qui filme la "bavure" provoquant cette escalade), ralentis et gros plans, esthétisant ainsi avec virtuosité une violence à laquelle le spectateur, qui pourtant devait s'y attendre, n'a pas été préparé. Résultat, la dernière demi-heure est haletante, puis suffocante et pourtant splendide, jusqu'au champ-contrechamp final, symbole de l'opposition fatale entre la colère de la jeunesse banlieusarde et le désespoir mâtiné d'impuissance de l'État. 

Les Misérables film critique


C'est donc, pour reprendre l'expression consacrée, un film coup de poing que le jeune réalisateur soumet au public cinéphile, mais bien plus, à la société française toute entière. Plus qu'un rappel de la situation, si facilement oubliée des politiques, c'est un terrible constat d'impuissance et un cri de désespoir que Ladj Ly nous envoie en travers du visage par l'intermédiaire de ce film superbe et parfaitement maîtrisé. Avec l'espoir que le coup porte... 

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