Grâce à Dieu : un excellent Ozon, à la hauteur de l'événement

Le timing est presque parfait. Alors que le film de François Ozon sort en salles ce mercredi 20 février, le jugement du procès Barbarin, épilogue d'une affaire de pédophilie qui ébranle l'institution catholique jusqu'au Vatican et qui sert de canvas au métrage, doit être rendu le 7 mars. Au-delà de l'intérêt évident qu'éveille en chacun de nous un tel sujet, qu'en est-il de son traitement cinématographique ?


On parle ici d'une centaine de victimes, d'actes pédophiles perpétrés par le père Preynat pendant de longues années, du silence coupable de sa hiérarchie, de nombreuses vies brisées et d'une institution séculaire en danger. Difficile de trouver sujet plus grave. Il fallait donc se munir d'un maximum de délicatesse pour aborder cette histoire et restituer avec le plus de justesse possible les actions juridiques entreprises et les sentiments des personnes concernées.

Grâce à Dieu film critique

À l'inverse d'un Spotlight qui traite du même problème mais du point de vue journalistique, et qui s'assimile donc vite à une sorte de thriller voire de policier, on se situe ici du côté des victimes, plus particulièrement de celles qui ont décidé d'agir en brisant le silence, et on adopte leur point de vue, dans un but de compréhension toujurs plus approfondie du fonctionnement humain, thème constitutif du cinéma de notre réalisateur. C'est ce processus, extrêmement douloureux et qui demande un courage transcendant toute notion de repect institutionnel, qui nous est décrit pendant toute la première moitié du film.

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Les échanges épistolaires avec les hauts dignitaires du diocèse lyonnais, l'impression de n'être pas entendu et encore moins compris, puis finalement la décision de porter l'affaire du domaine privé et épiscopale au domaine public et devant les tribunaux, tout cela est enveloppé d'une douceur et d'une bienveillance propres au recueillement qu'on éprouve, justement, dans une église. Melvil Poupaud y est d'une sobriété qui confine presque à la pudeur ; toujours juste, il s'efface derrière son personnage, pourtant déjà très discret. 

Grâce à Dieu film critique

Puis la parole se libère, et avec elle les victimes et les actions en justice. D'autres personnages, d'autres victimes réveillent alors le métrage, à mesure que les témoignages s'accumulent et que l'horreur des agissements du père Preynat éclate au grand jour. Denis Ménochet et Swann Arlaud entrent en scène, amenant avec eux une colère, une violence qui jusqu'alors était tue. Pas d'accélération ou de changement pourtant dans la mise en scène ; Ozon se contente, comme les membres de l'association La Parole Libérée, de rendre compte des faits, avec une simplicité et une forme de crudité qui font parfois froid dans le dos.

Grâce à Dieu film critique


Trouver le ton nécessaire, entre la neutralité factuelle et l'émotion narrative, montrer le courage et la peur, la souffrance et la dignité, la compassion et la fierté, voilà non pas le défi mais la nécessité morale que s'est imposée Ozon pour réussir un grand film. Il y parvient avec brio, et livre dès lors une œuvre forte, entre le documentaire à charge et le drame réaliste. En cela, il dénonce non seulement l'archaïsme de l'Église catholique, mais il pose encore la question essentielle de la foi dans nos sociétés modernes. 

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