"Vénale", "hystérique", "séductrice" : sur YouTube, les stéréotypes sexistes en roue libre

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Un rapport de la Fondation des Femmes avec Sciences Po publié jeudi épingle YouTube sur l'image des femmes dans le secteur numérique, via l’étude des vidéos les plus regardées des années 2019 et 2020. Clichés, stéréotypes, culture du viol, violence, sexualisation : le sexisme y est omniprésent selon la fondation.

« Une image dégradante et humiliante des femmes. » Voici la principale conclusion d'un rapport sur la réprésentation des femmes sur YouTube publié ce jeudi 26 août par la Fondation des Femmes, en partenariat avec Sciences Po. L'étude Numérique : le sexisme en liberté, qui fait suite à une étude du CSA en 2018, porte sur les 200 contenus les plus visionnés sur YouTube en France, en 2019 (100 contenus) et 2020 (100 contenus).

Pourquoi YouTube ? Selon Médiamétrie, la plateforme est la plus consultée chez les 15-24 ans et la deuxième plus consultée, tout âge confondu, en France. Dans le viseur notamment : les clips musicaux, qui représentent 74% des contenus les plus regardés et dont un sur quatre présente « une ou plusieurs formes de violences à caractère sexiste ou sexuel » (propos misogynes, insultes sexistes, image de la femme-objet, harcèlement sexuel, violences conjugales, culture du viol...).

 
Sexualisation des femmes, violences masculines et stéréotypes de genre

La sexualisation des personnages concerne uniquement les personnages féminins, observe le rapport, qui note aussi que les propos à connotation sexuelle observés sont prononcés à 96% par des hommes. 

Les stéréotypes de genre sont très présents dans les contenus étudiés, et la Fondation des Femmes a repris les catégories étudiées par le CSA en 2018 pour analyser la représentation des personnages féminins, comme « la sentimentale », « la séductrice », « la vénale », « la maternelle », « la manipulatrice » et « l’hystérique » en y ajoutant « la naïve » et « la poupée » pour étudier par la même occasion les contenus mettant en scène des adolescentes et des petites filles. Côté masculin « le séducteur », « l’hyperviril », « le macho », « le courageux », « le sachant », « le protecteur », « le sportif » et le « coureur de jupons », défini comme un « collectionneur de femmes », mais aussi comme un « débauché, dévergondé ».

Les personnages ont été étudiés à partir de la question : « Les comportements féminins et masculins échappent-ils globalement aux stéréotypes de genre ? » La part de réponses "oui" représente donc les contenus non-stéréotypés. Ainsi, le rapport établit que, en moyenne, 68,2% des contenus étudiés présentaient un contenu stéréotypé. 

 
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La représentation dégradante des femmes sur YouTube en hausse pendant la crise sanitaire

Selon le rapport, le phénomène de représentation dégradante des femmes sur YouTube se serait accentué pendant la crise sanitaire : alors qu'en 2019-2020, 35% des vidéos présentaient une image dégradante des femmes, le chiffre s'élève à près de 43% des vidéos répertoriées pendant le premier confinement, et 75% des vidéos répertoriées présentées quant à elles un contenu stéréotypé. 

Trève de chiffres, place aux exemples concrets : la Fondation des Femmes relève plusieurs cas de séquences vidéos présentant des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. En tête, les insultes sexistes et les propos misogynes. Le rapport cite les propos d'un chanteur dans une séquence vidéo, lorsqu'il insiste sur l’utilisation de la chirurgie esthétique et l'objectification des corps féminins, ponctuant son discours de « bonne », « je vais te démonter », « j’te baise ». Autre exemple de violence, la perception des personnages féminins comme des femmes-objet. Dans une autre séquence de vidéo musicale, le rapport note qu'un chanteur « évoque le fait que les femmes sont à ses pieds, elles réalisent les tâches ménagères et sexuelles pour son plaisir ». 

Pour améliorer la représentation des femmes dans le secteur numérique, la Fondation des Femmes propose plusieurs pistes, dont l’introduction d’une obligation d’autorégulation de ces plateformes et médias sociaux et la mise en place des critères d’éga-conditionnalité dans le cadre du soutien à la création, la production, la distribution, la diffusion et la promotion d’œuvres cinématographiques, audiovisuelles et musicales.

On vous invite à consulter le rapport, très clair et accessible, via ce lien

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