Le sida, où en est-on aujourd'hui ?

© 120 battements par minute

Grand Prix du jury à Cannes, 120 battements par minute crève l'écran et bouscule les spectateurs. Ce film qui retrace les années Act Up reconstitue notamment les actions coup de poing menées par l'association pour combattre le sida et défendre les droits des personnes contaminées. Le sida. Un mot qui fait frissonner, semblant trainer derrière lui le spectre de ses victimes. Mais le frisson est-il le même aujourd'hui que dans les années 90 ? A l'heure actuelle, des traitements existent, le preservatif fait partie de notre quotidien et les associations sont nombreuses. Pourtant, les contaminations ne baissent pas depuis 6 ans, la prévention semble s'essoufler. Quels combats reste-il à mener en 2017 ? 

« Nous vivons le sida comme une guerre, une guerre invisible aux yeux des autres. » Cette phrase extraite du film 120 battements par minute témoigne de l'urgence et de l'acharnement du combat mené par Act Up-Paris dans les années 90, période durant laquelle les gens tombent comme des mouches et meurent massivement du sida. A l'époque, tout est à faire. Sensibiliser, inciter les gens à se protéger, faire connaitre le sida. Pour Christophe Martet, président d’Act Up de 1994 à 1996 et actuel responsable du média social Hornet, « le succès du film montre que le message d’Act Up reste d’actualité. C’est en se battant qu’on obtient des avancées. Et ce que la communauté LGBT a obtenu, les réussites en matière de lutte contre le sida, c’est d’abord et avant tout aux hommes et aux femmes qui se sont battus et qui parfois sont morts, qu’on les doit. » Un message qui reste d'actualité donc, face à des chiffres qui stagnent depuis 6 ans. 


Des contaminations qui ne baissent pas

150 000. Selon Sidaction, c’est le nombre de personnes qui vivent aujourd’hui avec le VIH en France. Chaque année, environ 6 000 personnes découvrent leur séropositivité. Et ce chiffre ne baisse pas depuis 2011. À Paris, Libération révèle que l’épidémie est cinq fois plus élevée que la moyenne française. On parle tout de même d’un millier de nouvelles contaminations par an. Dans la capitale, deux groupes sont particulièrement touchés : les hommes ayant des rapports sexuels entre hommes (52%) et les migrants (38%), soumis à une grande précarité sanitaire. 19% des personnes infectées par le VIH à Paris ne le savent pas. Un chiffre qui peut en partie expliquer la persistance de la contamination, mais ce n’est pas le seul facteur.


Les clichés ont la vie dure

Si le préservatif s’est installé dans nos vies comme un reflexe pour les premières relations sexuelles, il est vite délaissé par la suite.

« Le préservatif est abandonné trop vite lorsque la relation se prolonge, et ceci avant de faire un test de dépistage du VIH », explique Florence Thune, directrice générale du Sidaction.

Il y aussi un abandon du préservatif de la part des jeunes qui se sentent moins concernés. 28% des 15-24 ans pensent qu’ils ont moins de risques que les autres d’attraper le sida. « La persistance des idées reçues sur le VIH et les fausses croyances sur les modes de transmission n’aident pas à choisir les bons moyens de prévention », déplore Florence Thune.

sida-radio-emission-vivre avec le vihL'emission « Vivre avec le VIH » de l'association le Comité des Familles

21% des jeunes interrogés pensent qu’on peut attraper le sida en embrassant quelqu’un. Preuve que le chemin de la prévention est loin d’être fini. Sandra Jean-Pierre, 29 ans, est animatrice de l’émission de radio Vivre avec le VIH et membre active de l’association le Comité des Familles. Tous les mardis à 17h, elle parle avec ses invités du quotidien des personnes concernées par le VIH. Une parole libre qui permet aussi de déceler une persistance des préjugés liés au sida. « Il se sentent bien ici c'est convivial. On va aussi dans les lycées et certains ne savent encore pas comment on attrape le VIH. Ils pensent que ce ne sont que les homos ou les toxicos qui l’attrapent»


Une prévention qui s’essouffle ?

Pour la directrice du Sidaction, la prévention est insuffisante : « De nouvelles campagnes devraient de nouveau être réalisées, en utilisant plusieurs voies et moyens de diffusion. En renforçant la prévention en milieu scolaire, en parlant de sexualité au sens large, des IST et du VIH. Il faut aussi faire des campagnes rappelant l’importance du dépistage, c’est la clé de tout. » Rappeler aussi que le préservatif ne protège pas seulement du VIH mais aussi de l'hépatite B, la syphilis, la chlamydiose, le papillomavirus humain et d'autres infections sexuellement transmissibles.

La Mairie de Paris a lancé en juin dernier le "Paris sans sida", avec une campagne d’affichage massive. « Une belle initiative qui change des campagnes habituelles, mais il ne faut pas que les efforts s’arrêtent là », temporise Sandra.

« Il y a beaucoup moins de campagnes notamment à l’école, donc les jeunes se sentent moins concernés sans doute. C’est surtout auprès des jeunes gays qu’il faut accentuer les efforts », estime quant à lui Christophe Martet, ex-président d’Act Up.

« La Mairie de Paris s’engage, c’est bien, mais il faut maintenant tout faire pour que le programme parisien recueille suffisamment de fonds pour avoir un impact », poursuit-il. Se tourner vers la jeunesse semble être un des axes choisis. Le VIH Pocket Film par exemple est un concours de réalisation de petites vidéos avec un portable lancé tous les deux ans par Sidaction. Des collaborations avec des jeunes youtubeurs sont également mises en place. Une piste peut-être pour la prévention qu’il reste à mener massivement. 

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Aujourd’hui, les associations se battent solidairement pour réduire le nombre de contaminations et améliorer le quotidien des personnes concernées par le VIH. Sandra, avec son émission Vivre avec le VIH, le blog du Kitambala Agité, témoignage d'une militante afro-féministe engagée dans la lutte contre les disciminations, Sidaction, Act Up-Paris, Le Kiosque, et tant d’autres y œuvrent avec acharnement. « Il y a encore beaucoup d’activistes qui se démènent, sous d’autres formes, y compris des jeunes ! Il me semble important aussi de parler des jeunes acteurs de la lutte contre le sida et pas seulement des jeunes qui prennent des risques », rappelle la directrice de Sidaction. Un travail qui permet aussi aux personnes contaminées de s'exprimer plus facilement et de trouver des réponses.


Une parole libérée

Beaucoup de migrants viennent à la radio du Comité des Familles et racontent leurs difficultés à obtenir des traitements dans leur pays. Sur le forum du Comité des Familles, il y a beaucoup de demandes qui reviennent. En tête : « comment rencontrer une personne séropositive comme moi ? ». Vient ensuite la question de la possibilité d’avoir des enfants, puis la façon d’avoir des relations sexuelles, sans contaminer son partenaire. Sandra souligne le gouffre dans lequel tombent les personnes qui apprennent qu’elles ont le sida, qui se demandent tout de suite :

« Est-ce que je vais mourir ? » « Là-dessus, la peur est la même que dans les années 80-90. Beaucoup ne connaissent pas l’existence des traitements. »

Quand on découvre sa séropositivité aujourd’hui, on peut être mis sous traitement très rapidement, et ainsi ne pas tomber malade et éviter une nouvelle contamination. Grâce aux traitements, on peut ne plus transmettre le VIH.

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Du côté de Sidaction, on souhaite qu’un nombre plus important de personnes vivant avec le VIH puisse faire des témoignages pour redonner une réalité, un visage au VIH. Des figures telles que Mano Solo par exemple qui montrait une face combattante et assumée de la maladie. Une bataille limpide dans le titre J’avance qui fait vibrer l’espoir :

« Guerrier, je m'offre un cadeau
A cheval sur un renne dans la nuit qui s'achève,
Je prends quelques instants de repos.
Guerrier, je repars au galop. »


Trouvez ici une liste d'endroits où faire des dépistages VIH/Sida - IST - Hépatites à Paris.