Instagram est-il le nouveau Tinder ?

© Shame (Allociné)

Il y a quelques mois, le petit frère de ma colocataire est venu nous rendre visite : il a 15 ans, et forcément, on l'a interrogé sur (les prémices de) sa vie amoureuse. Il nous a donc raconté son histoire avec Sophia, sa nouvelle meuf, du même âge que lui. Ils échangent constamment, se manifestent beaucoup d'affection comme n'importe quel couple. Sauf que les deux soupirants se sont rencontrés sur Instagram et qu'ils ne s'étaient jamais vus auparavant. Et si la generation Z avait zappé Tinder au profit d'Instagram ?

Parlons peu, parlons bien, parlons chiffres : rappelons que Tinder, c'est quand même 1 million de dates chaque année à travers le monde, et 110 millions de téléchargements en 2017. Ca vous parait plutôt conséquent ? C'est pourtant un véritable poids plume en comparaison du mastodonte Instagram et de son demi-milliard d'utilisateurs quotidiens.*

Tinder, sur l'autoroute de la drague

Si on a (pratiquement) tous testé Tinder ou une plateforme de rencontre, les motifs de "rupture" avec ces supermarchés de la drague sont souvent les mêmes : trop monotones, trop axés sur le sexe et des rencontres pour la plupart superficielles. Evidemment, on a tous dans un cercle plus ou moins proche ce couple qui s'est rencontré sur un réseau et file le parfait amour.

C'est le cas de Mathilde, 23 ans, en couple avec Thibault depuis un peu plus de deux ans. Ce qui a provoqué le truc ? Selon elle, un mélange d'intérêts communs ("on avait tous les deux la marque de sapes Vetements en intérêt partagé et pour moi, c'était un gage de bon goût. Rien de plus."), une conversation quotidienne pendant une longue période avant la rencontre et la volonté mutuelle de laisser l'autre libre : "on a attendu plus de six mois avant de s'accorder sur le fait qu'on était ensemble" nous raconte-t-elle.

Cependant, tous n'ont pas cette chance de tomber directement sur la perle. A 24 ans et en parisien qui se respecte, Nicolas était un habitué des applis de rencontre jusqu'à ce qu'il quitte Tinder il y a trois ans "une vraie machine à tendinite du pouce. C'était drôle avant, maintenant c'est d'un ennui total"

Tinder offre depuis plusieurs mois la possibilité de relier son compte Instagram à son profil : et c'est comme ça que plusieurs membres sortent de l'autoroute Tinder pour prendre la (non moins fréquentée) nationale Instagram. Si l'on passe sur cette métaphore routière un peu douteuse, on se rend rapidement compte qu'effectivement, Instagram constitue le terrain de jeu parfait pour ceux qui préfèrent la sélection au hasard.

C'est comme ça que Nicolas a rencontré sa conquête du moment "Quand j’ai chiné sur instagram j’avoue que j’ai un peu triché : c’était quelqu’un que je ne connais pas IRL mais avec qui on est mutuals sur Twitter. On a fini par se suivre par stalk interposé". C'est aussi le cas de Simone, qui utilise Tinder pour rencontrer des profils mais préfère engager la conversation sur Instagram "C'est plus vrai, plus pratique d'utiliser Insta et de discuter par l'appli plutôt que d'ouvrir Tinder au bureau et se faire chambrer".

HEY THERE. NICE TO MEET YOU.

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"JE NE SUIS PAS EN TRAIN DE CRIER JE NE SAIS JUSTE PAS COMMENT DESACTIVER LA TOUCHE MAJUSCULE DE MON CLAVIER DE MON TELEPHONE MAIS SINON J'AIME LES GRANDS ESPACES, RENCONTRER DES GENS ET M'AMUSER"

En contrepoint de la monotonie de Tinder, Instagram constitue ne l'oublions pas une sacrée vitrine pour l'humain qui va se brander comme un produit, comme une marque, attiré par la multiplicité des représentations de soi qu'offrent les réseaux sociaux. Si Facebook relève de plus en plus de la sphère du public où on y mêle contacts professionnels, potes, collègues de boulot, famile, ex et j'en passe, Instagram est un reflet savamment organisé de façon à renvoyer un reflet avantageux à son utilisateur.

C'est d'ailleurs ce qu'aborde la très (très) pertinente web-série Cyberlove à regarder en ce moment sur Arte. L'épisode 2, "Le Temps des Matchs" suit Elsa Godart, philosophe et Dries Verhoeven dans leur série Osmosis, guidée par la question "La fin du hasard compromet-elle la beauté d'une histoire ?" abordant les motivations qui guident le quidam à chiner sur les réseaux. 

Bref, sur Instagram, on échange plus et surtout, on swipe moins.

Différence d'(us)âge

Depuis 2016, Tinder a restreint son accès aux mineurs et impose un âge limite de 18 ans. Avant, l'inscription était possible dès l'âge de 13 ans, l'utilisateur pouvait uniquement rencontrer des profils allant jusqu'à 17 ans au maximum. Coïncidence ? On vous laissera juger.

Chez les plus jeunes, Instagram se révèle être un sacré terrain de chasse. On a demandé à Tristan, 15 ans de nous parler un peu de son utilisation de l'appli. Et on n'a pas été déçus : pour lui, Tinder est une application qui permet de "trouver des plans culs". Il drague et est régulièrement accosté sur Instagram.

Deux relations résument en particulier son utilisation du réseau : "la première a 15 ans et m'a approché alors qu'on faisait partie du même groupe instagram, l'autre en a 16 et on s'est un peu trouvés par stalks interposés." La suite de la relation ? "Je suis allé à Bordeaux pour rencontrer la première et la seconde, il n'y a pas réellement eu de suite, on a juste continué à discuter. Ma relation la plus longue a duré un mois et demi au cours duquel j'ai vu la fille une fois". Pas vraiment concluant pour l'instant donc, mais les pistes et les usages témoignent d'une utilisation hybride du réseau entre le forum, le réseau social et l'application de rencontre. Un espace privé se crée, on choisit alors de se rapprocher ou non.

Et concrètement, comment se rencontre-t-on ? Comment aborde-t-on quelqu'un sur Instagram ? Mathis a 23 ans et utilise Insta et Grindr. L'image qu'il a de la seconde ? "J'ai clairement conscience que je rencontrerai pas le mec de ma vie dessus et d'ailleurs je n'ai jamais réussi à construire une relation qui avait débuté là-dessus, mais j'ai une libido, donc c'est plus un outil pour baiser en attendant de rencontrer quelqu'un...". Il s'est déjà fait dragué sur insta, et il y en a deux qui l'ont particulièrement marqué : "Il y en a un qui a fait genre qu'il voulait faire des photos et qu'il était pro, en fait c'était juste un vieux pervers. Un vieux qui a l'air de rechercher des petits jeunes pour passer du bon temps. Autant te dire qu'il n'y a jamais eu de suite". Pour le second, même schéma que pour beaucoup d'utilisateurs sur Insta " l'autre était un pote d'une pote mais que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, qui est venu sympathiser clairement pour pécho. Ca n'a pas abouti, il était cheum."

Cet étudiant en philo a aussi dragué quelques fois, comme avec ce mec "qui m'avait suivi sur le réseau, du coup je suis allé lui parler direct en envoyant un truc de merde genre "t'es mims t'as un 06", j'étais pas hyper inspiré, ensuite on s'est rencontrés pour boire un verre et finalement j'ai écourté le truc parce qu'il était chiant, il a un peu forcé pour qu'on se revoie mais j'avais pas envie."

Et maintenant ? "J'en chine d'autres régulièrement mais en général je like juste leurs photos pour tenter d'attirer leur attention, c'est moins risqué pour ton ego".

Pas seulement pour draguer, Instagram permet aussi de se faire des potes comme Natacha, danseuse, qui s'est fait des potes "en commençant par parler de nos travaux mutuels, mais ça n'a jamais débouché sur un plan drague". "Si je devais draguer sur l'appli ? Je pense que je tenterais un truc discret du style répondre à une story, mais pas une attaque directe".

Source Instagram et source Tinder