L’industrie du bien-être va-t-elle trop loin ? Episode 1 : le coaching de vie

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Vous rendre heureux, c’est leur projet. Qui sont les nouveaux gourous du bonheur, quelles sont leurs pratiques ? Le Bonbon y consacre une série de rentrée, pour prendre du recul sur les industries qui vous veulent du bien. Ce premier épisode est consacré au phénomène du coaching bien-être, aka les pros du self-improvement, de la confiance en soi, du développement des (hauts et moins hauts) potentiels, de l’atteinte d’objectifs nécessaires à une existence pleinement heureuse. Ça, c’est sur le papier. Formations aux débouchés faibles, surnombre de coachs sur le marché et contrastes en termes d'efficacité : bienvenue dans le monde merveilleux des life coachs.


Le life coach, gourou moderne ?
 

Chez vous, au travail ou en vacances, on vous veut détendus, parce qu’un employé détendu, c’est un employé pro-duc-tif. Depuis une dizaine d’années, le bonheur est devenu un véritable business au cœur d’un secteur ultra-lucratif. La Société française de coaching estimait le marché français du coaching professionnel à 105 millions d’euros en 2010. Ces chiffres comprennent uniquement le secteur du coaching en entreprise, le marché des particuliers n’étant pas réglementé. À en croire les promesses formulées par divers sites de coachs de vie, leurs services nous délivreraient des tares dont nous sommes tous susceptibles de souffrir à un moment de notre vie : conflits amicaux, familiaux, professionnels, perte de confiance en nous, de motivation... ils ont la solution. 

Ils étaient (ou sont encore, puisque la majorité des praticiens doivent, selon Thierry Gaches, Président de l’EMCC France [European Mentoring & Coaching Council], exercer des missions de formation ou de conseil pour gagner leur vie) psychologues, banquiers, financiers ou issus des RH : aujourd’hui, ils sont devenus, grâce à des formations allant de 4 jours à un an, des pros du coaching. 

Au cours de nos recherches, nous nous sommes plongés dans la dizaine de liens offerts par notre moteur de recherche pour synthétiser l’offre en termes de formations de coaching. Il y a de quoi avoir le vertige. Nous avons sélectionné les quatre premières écoles “certifiées RNCP”, comprenez certifiées par l’État, au Répertoire National des Certifications Professionnelles : Ecole Normale de Coaching**Coaching Up** et Linked On** qui apparaissent en premier, en consultant leurs tarifs pour une formation de coach professionnel, pour un particulier. 

Premier constat : vous n’obtiendrez aucune information sur les tarifs des écoles avant d’avoir donné votre adresse mail. C’est seulement une fois que vous leur fournissez que vous recevez la documentation. Second constat : il faudra vous délester d’un organe si vous voulez bénéficier de ces formations privées. À Ecole Normale de Coaching, le tarif minimum pour devenir coach est établi à 5500 € pour une période en présentiel de 15 à 52 jours sur 6 à 8 mois de formation. Chez Coaching Up, il vous en coûtera 8740 € pour 23 jours de formation en présentiel et chez Linked On, pour devenir coach spécialisé en bilan de compétences, il faudra verser 1480 € pour trois jours de formation en salle. Ces trois écoles ne font pas partie des plus onéreuses, les tarifs pouvant grimper jusqu'à 10 000 €. Ces sommes qui paraissent astronomiques pour le particulier sont finançables et souvent financées par les entreprises ou Pôle Emploi (entre autres). Ça, c’est pour la partie émergée de l’iceberg. 

La partie immergée, ce sont les milliers de coachs qui sortent de formations certifiées et exercent un autre emploi en dehors de leur activité. « Ce sont des formations très intéressantes mais officiellement, ça n’a pas trop de valeur puisqu’une certification, ça n’est pas vraiment un diplôme, le métier de coach ça n’est pas un “vrai métier” », explique Fabien Madureira, qui enseigne aux coachs la manière de vivre de leur activité. Selon lui, 90 à 95% des titulaires d’une formation certifiée ne vivent pas du métier de coach. « Globalement, dans les premiers mois qui suivent la fin de la formation, les gens sont unanimes sur le fait que les formations de coaching sont vraiment bien. C’est au bout d’un an, un an et demi qu’ils se rendent compte que leur formation n’a pas servi à grand-chose parce qu’ils n’arrivent pas à en vivre. » Selon lui, la qualité de la formation n’est pas à remettre en cause, mais bien les places sur le marché du travail et la façon pour les coachs de monétiser leur activité. Pourquoi alors tant d’écoles, de formations et de coachs ? 


Naissance du coach de vie : self-made man mais surtout businessman

Prenons la définition de la SFCoach, la première association de coachs en France, créée en 1996 : « Le coaching professionnel est l’accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels. » Aujourd’hui, la pratique s’est étendue aux domaines de la vie quotidienne. 

Mattan Shachak prépare un doctorat à l’université hébraïque de Jérusalem, où il étudie l’histoire culturelle de la rationalité et des émotions dans les systèmes d’expertise et les pratiques professionnelles. Il participe à l’ouvrage Les marchandises émotionnelles dirigé par Eva Illouz*, et y analyse le développement du coaching ainsi que leur modus operandi : « La personne et ses émotions sont devenues les cibles d’une industrie dont les produits se nomment “santé mentale”, “épanouissement personnel” et “bien-être émotionnel”. Tout au long du XXe siècle, et particulièrement à partir de la décennie 1960, les industries “psy” ont en effet été intégrées à l’État providence, élargissant ainsi considérablement non seulement leur champ d’action, leur public et leur marché, mais aussi leurs objectifs : destinées à l’origine à traiter les souffrances pathologiques, elles se sont peu à peu consacrées au bien-être et à la santé émotionnelle de leurs clients. Tandis que la société industrielle laissait place à une société consumériste, des changements considérables se produisaient au sein des courants dominants de la psychologie, influant sur leurs manières d’envisager, en théorie comme en pratique, la “gestion” des êtres humains.

Aujourd’hui, coachs en tout genre, thérapies new-age, ateliers de gestion émotionnelle, ouvrages de self-help et médications psychopharmacologiques tentent de mettre au point des techniques simples et standardisées – verbales ou corporelles – destinées à provoquer, rapidement, des modifications émotionnelles précises. Il s’agit de re-façonner, par le recours à une multitude de marchandises émotionnelles, la constitution psychologique de l'individu : combattre la dépression, apaiser le stress, l’angoisse ou l’anxiété, prôner l’estime de soi, l’accomplissement personnel, la résilience, le bien-être, et améliorer l’intimité du couple. » 


Ainsi, toute trace d’individualité est gommée au profit d’un être humain aux réactions standardisées pouvant être remodelées selon le projet envisagé.

Du moins, c’est le reproche fait par certains individus que nous avons contactés pour nous parler de leur expérience aux côtés de ces coachs. À commencer par Florian, déçu par une formation de coaching :
 « J'avais envie de tenter l'expérience du coaching haut de gamme, et il y a 4 mois j'ai donc intégré un programme de coaching. Il s'est avéré que le coaching n'était pas personnalisé, puisqu'il avait lieu uniquement en groupe, à des dates prédéfinies. Qui plus est, l'accompagnement, limité à 3 mois "intensifs", ne m'a rien apporté en tant que personne puisqu'il était totalement orienté sur de bêtes "process" marketing à mettre en place. Alors que je cherchais encore ma voie, que j'avais du mal à assumer certains aspects de ma personnalité, malgré une forte conscience de mon potentiel, je n'ai trouvé que de vagues techniques de vente et un "coach" qui se cache derrière une flopée d'email automatisés. ». 

Selon lui les coachs issus de ce programme ne s’occupent pas de l’éthique et effleurent la surface du problème. Il leur reproche également un accompagnement tout sauf personnalisé (ce qu’on leur propose pourtant à la base). Il raconte que « tout se fait en groupe, sauf si tu passes par un service de support qui peut prendre 48h pour te répondre, suite à quoi tu peux avoir un rendez-vous dans les 48h (soit 4 jours de perdus chaque fois que tu as un besoin personnalisé). ». Un accompagnement selon lui trop faible par rapport à un résultat que l’on n'est pas sûr d’atteindre « car tel qu'indiqué dans le contrat, c'est à toi de faire tout le boulot, le coach se contente de te donner des astuces ». Pour ce programme, il faut débourser 6800 €. Florian, sans emploi à l’époque, avait opté pour le paiement en dix fois, ce qui a porté le coût final à 7500 €, qu’il a financé avec son chômage. 

Il apparaît également qu’au sein de ces formations (extrêmement compactes, allant généralement de 4 à 30 jours selon le blog IF Coaching) est vendu un packaging, une mallette de l’apprenti coach fourrée de quelques notions de PNL (programmation neuro-linguistique), de communication, de psychologie et de relations humaines, parsemées de notions de développement personnel propres à chaque enseignant.

L’on se pose la question, alors que le coaching est un métier “de reconversion”, de l’effectivité de cet apprentissage sur les individus. Une formation dense mais avec peu de suivi, des individus qui ne se font pas de place sur le marché du travail : le coaching de vie, une bulle qui n’aurait pas encore éclaté ? Pas si sûr, puisque certains tirent leur épingle du jeu, avec une clientèle règulière et pour certains, fidèle, qui reconnaît les bienfaits du coaching. 


Un bon coach, c’est quoi ?

Le Bonbon a contacté deux coachs de vie en exercice, exerçant leur métier depuis une vingtaine d’années, et les a questionnés sur leurs expériences et leur conception du coaching. La première, Chantal Attia, est ingénieure physico-chimiste de formation et a axé sa pratique du coaching sur un concept de “biophysique du bien-être”. 

Bonjour Chantal, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Chantal Attia : Je suis physicienne, j’expliquais aux gens de manière simple des contenus scientifiques, puis j’ai été formatrice en marketing. Alors je vous explique, coach de vie n’est pas un métier, les premiers coachs de vie étaient nos parents, qui éduquent leurs enfants en fonction de ce que leur ont dit leurs parents. Est-ce qu’on est d’accord ? Sont ensuite venus se greffer la religion, les psy et les théories d’individus. Ce que je reproche aux psy, c’est qu’ils rendent les individus victimes de leurs propres parents. Moi je suis scientifique, dans la vie on peut tous rencontrer des difficultés, on n’a pas forcément beaucoup de temps à passer en thérapie. Moi, je voulais des principes scientifiques pour régler mes problèmes, charité bien ordonnée commence par soi-même. La plupart des gens qui veulent aider les gens ont besoin d’aide eux-mêmes. Beaucoup n’ont pas de vraie formation, et vont ainsi renforcer leur valeur.

En quoi consiste votre approche du coaching ? 

Je m’appuie sur la physiologie du corps humain ; comme mon travail en ligne sert à plein de gens, des gens copient mes articles en entier et se vendent comme ça. Mais en même temps ça s’intègre dans la recherche de la société de bien-être. Pour moi, le bien-être est l’état naturel de l’être humain. Qui est une entité pensante. On ne peut pas étudier le corps sans prendre en considération la psyché.

Pour être un bon coach, il faut donc une formation scientifique ?

(Elle se marre). Il faut surtout avoir l'honnêteté d’appliquer à soi-même ce que l’on veut dire aux autres. Si on a tant de coachs de vie et de thérapeutes en tous genres, c’est parce que les médecins ne font pas leur travail. Et puis il y a tout simplement un marché, les budgets de la formation, il y a des gens dont le seul but est d’avoir une formation dont le but est d’obtenir des financements du gouvernement. 

Et vous, vous avez suivi quelle(s) formation(s) ? 

J’avais tout, j’étais ingénieure, j’ai changé de métier, j’ai gagné encore plus d’argent et à 30 ans j’avais tout ce que je pouvais désirer. Je me suis dit : « si c’est ça la vie, ça ne m’intéresse pas ». Donc j’ai continué à étudier pour répondre aux problématiques auxquelles j’étais confrontée. Je me suis tournée vers le domaine des relations. J’ai créé cette activité de coach de vie, parce que si j’avais dit que j’étais physicienne ou consultante formatrice, personne ne serait venu. Maintenant je mets "biophysicienne", s’il n’y avait pas de scientifiques comme moi, personne n’aurait cette connaissance que tout est énergie, vibrations. Mon idée, c’était « je vais créer mon activité qui va me permettre d’apprendre ce que j’ai besoin d’apprendre ». Ça fait 28 ans que j’étudie toutes ces questions. Quand j’ai commencé, vous aviez trois ans ! (Elle se marre encore).

Quels types de clients rencontrez-vous ? 

J’ai eu récemment une jeune fille de 17 ans qui voulait devenir coach de vie, je lui ai dit « réussissez votre vie d’abord ! ». Avant, il y avait la religion, vendue à 4 milliards d’exemplaires, 83 % de la population était croyante : en tant que scientifique, je réponds à « c’est quoi l’univers, c’est quoi ma réponse sur terre, la vie et la mort ? ». Je me suis aperçue que les religions apportaient aux humains une guidance face à l’univers. Regardez mon site, beaucoup me choisissent parce que je suis scientifique, mon travail est parfaitement cadré parce que je suis pour le professionnalisme. Il y a des règles à écouter, c’est vous qui savez ce qui est juste et bon pour vous. Toutes les consultations sont au même tarif, qu’on soit au RSA ou député, 150 € en face à face pour une heure et demie ou 135 € au téléphone, mais la qualité est la même. J’ai déterminé mon tarif de manière à ce que mon service soit le même pour tous. Pour moi la vie est faite pour être vécue et chacun a son chemin à parcourir. La consultation doit permettre à la personne de se remettre sur les bons rails. En une heure et demi, en général les gens ont les clés. 

Une consultation permet de comprendre pourquoi on est dans la situation dans laquelle on est à un moment de sa vie, puis la personne va m’appeler en fonction des besoins et de son évolution. Par exemple, un homme m’a téléphoné en me disant qu’il avait payé pour devenir coach de vie, 2000 € par mail. On a reposé les bases sur ses talents et ses projets, il avait l’idée d’aider les autres, donc il a trouvé une formation pour être animateur pour les enfants, et je l’ai accompagné dans son couple et son domicile. C’était il y a un an, il me rappelle il y a une semaine pour me dire que ça ne lui plaisait pas : c’est ce que je vous ait dit, les gens pensent qu’ils veulent aider les autres mais en fait ils ont besoin d’aide. Finalement, il s’est rendu compte qu’il n’aimait pas être avec les enfants, et était passionné de football. Puis je lui ai conseillé d’être vendeur dans un magasin de sport au rayon football ! « Vous pouvez ouvrir un blog dans lequel vous pourrez parler de vos commentaires sur les matches de foot. », lui ai-je aussi dit.

Quelle(s) formation(s) avez-vous suivi ?

Pour moi, les certifications que j’ai eu n’ont pas vraiment de sens, sauf ma formation de scientifique, vous êtes en train de parler à quelqu’un qui participe au progrès scientifiquement. Je crois que j’ai tout vu : l’hypnose, la sophrologie, la relaxation, les massages... Moi j’ai payé cher, 50 000 francs aux États-Unis pour une formation dans laquelle il y avait plusieurs techniques dont le but était de devenir facilitateur, life coach. Là on est dans la mouvance un peu new age donc on peut mettre tout et n’importe quoi ! Être un coach, c’est être un soutien à l’épanouissement des gens. Il faut comprendre que je suis venue de la science au management, la psychologie est faite pour évoluer, ça s’appelle la psychologie transpersonnelle, des potentialités et de la santé, je commence à avoir des médecins qui veulent apprendre ce que j’ai développé, je suis contente, c’est vraiment ce que je voulais ! 


Nous avons aussi contacté Eric de Pommereau, coach issu du milieu des ressources humaines, en exercice depuis vingt ans, qui porte, lui, un regard critique sur la profession. 

Bonjour Eric, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis coach depuis environ 20 ans, après une première carrière dans des fonctions diverses de Gestion des Ressources Humaines (GRH) dans des grands groupes à Paris : travaux publics, transports maritimes et internationaux puis dans les ressources humaines. J’aime bien dire que je fais partie des coachs de la deuxième génération, au moment ou le coaching s’est vulgarisé, qu’il n’appartenait pas uniquement aux grands dirigeants et groupes. À l’époque, le coaching des grands dirigeants était caché. Cette deuxième génération s’attache aux GRH et au management. On parle à tort du coach de vie, du coach professionnel à mon sens. Moi je dis que je suis un coach pro qui s’adresse à toute personne qui veut bouger quelque chose dans sa vie, travailler sur un changement, quel qu’il soit. Le coaching pour moi, c’est l’accompagnement du changement.

Il est très difficile de faire le distingo entre personnel et professionnel, pour bien travailler il faut être bien dans sa vie. Je viens de terminer le coaching d’un jeune pour sa soutenance de fin d’études : j’ai travaillé à renforcer son énergie, sa communication orale... Ou encore des personnes qui font un burn out et décident de changer d’orientation voire de vie, orienter les personnes sur ce qui leur fait du bien et sur leurs capacités à acquérir des compétences. En général, mes programmes sont de 12 semaines, pas forcément consécutives, en moyenne 3-4 jusqu’à 6 mois voire plus, avec une moyenne de 4 mois. Je travaille beaucoup à distance, en visio-conférence qui me permet de visualiser la personne et de la faire réfléchir, à mobiliser toutes les ressources. Le rôle du coach, c’est de reconnecter les personnes à leurs propres ressources. 

Vous avez obtenu un diplôme pour exercer ?

C’est un sujet un peu épineux, on parle de certification mais pas de diplôme. Moi-même je forme des coachs d’une façon particulière puisqu’avant de les former, je commence par les coacher. Parfois les gens se lancent dans cette formation à des pures fins personnelles. Pour moi le coaching, c’est d’abord une posture d’écoute et d’accompagnement, pour trouver mes propres leviers de changement. J’ai été formé vingt ans, à l’époque il y avait juste quelques écoles avec un groupe de 12 personnes. Juste après, une flopée d’écoles ont ouvert avec des promotions assez monstrueuses. Je forme des gens par petits groupes (pas plus de 10) pour acquérir la “posture coach” et former sur-mesure. Pour moi, coach est un métier de seconde vie. Dans la prochaine session, la moyenne d’âge est supérieure à 50 ans. Une deuxième vie professionnelle ou privée, on va utiliser les choses que l’on a vécues en vue d’être accompagné dans des phases de changement. Pour moi, il n’y a pas deux coachs qui se ressemblent ; moi, ma seule spécialité, c’est l’humain. L’important, c’est de redonner aux personnes l’équilibre dont ils ont besoin. Dans le monde de l’entreprise, parce que l’environnement diffère, le cadre en coaching est très important, notamment le cadre de la confidentialité (comme pour un dirigeant qui me confie un manager, il y a une clause de confidentialité).

Quel regard portez-vous sur la profession actuellement ?

Je situe le développement du coaching à il y a 20 ans. Actuellement, le monde du coaching change beaucoup parce que ça devient exagéré, on parle de tout et de n’importe quoi, notamment en matière de formation, certains me demandent « je veux des outils, j’ai une formation exclusivement sur internet, sur des vidéos enregistrées » : je porte là-dessus un regard un peu critique, je ne vois pas comment on peut accompagner des personnes sans avoir été accompagné au préalable. Il y a un risque dans le coaching, on peut faire plus de mal que de bien, quand on ne définit pas le bon objectif, c’est comme les trains, un objectif peut en cacher un autre. Sinon on fait du boosting et pas du coaching, ça peut conduire au burn-out, avec une forme de pression, comme ça s’est passé chez France Telecom. À travers toutes ces interventions, il y a pu y avoir des gens qui se disaient coach. L'important, c’est la sécurité de son client, le rendre libre de ses propres choix. Parfois, il y a seulement des coachings en entreprise en vue d’une séparation, je n’ai pas de souci par rapport à ça si c’est clair de tous les côtés. On n’est pas des sorciers ou des magiciens, on ne change pas la personne mais on change la vision qu’elle a sur elle-même, sur les autres et sur le monde. On fait partie des métiers qui s’engagent sur des moyens, pas sur des résultats. Lorsque je pose un contrat de coaching, je définis un cadre, par exemple “prendre confiance en moi”, pour aller plus en détail vers des objectifs spécifiques : « qu’est-ce que je ferais que je ne fais pas aujourd’hui ? ». Ça commence par poser plus de limites, savoir dire non… Une troisième chose, si le travail fonctionne, grâce à quels indicateurs concrets on pourra dire que cet objectif a été atteint ? Par exemple, prendre plus de recul par rapport au travail, respecter ses horaires de travail, son équilibre entre vie perso/vie professionnelle, plus d’activités sportives... L’équilibre sur toutes les facettes de la vie en somme. 

J’ai l’habitude de dire que je ne suis pas forcément un grand marin, mais quand on est un marin, quelle que soit la taille de son bateau, quand est au milieu de l’océan, on est tout petit. C’est cette image du coach qui reflète une valeur d’humilité. Le coach est un homme ou femme de l’ombre, mais pas une personne de pouvoir. Si on cherche le pouvoir, on est dans la manipulation. C’est un des dangers du coaching. Quand vous entrez dans l’intimité de quelqu’un, vous pouvez l’emmener n’importe ou. C’est là qu’intervient l’éthique. C’est un métier anti-commercial, il faut qu'à terme, la personne n’ait plus besoin de vous. 

*Les marchandises émotionnelles, sous la direction d’Eva Illouz, Premier Parallèle, 2019

** Les noms des écoles ont été modifiés.

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