Feux de forêt en Amazonie, Bolivie, Sibérie… Pourquoi notre planète brûle ?

© Shutterstock - Jackal Yu

Il fait chaud, les terres sont sèches, les orages frappent et la végétation s’embrase. Depuis plusieurs semaines, la forêt amazonienne est ravagée par des incendies d’une ampleur inédite. Les flammes ont réduit en cendres des millions d’hectares, laissant derrière elles des terres noircies et hostiles. Mais l’Amazonie n’est pas la seule région de la planète touchée par d’importants feux de forêt. Fréquents en été, ils ont pris cette année une dimension inhabituelle notamment en Sibérie, en Bolivie, en Indonésie et dans les pays du centre et du sud de l’Afrique. Les ressources de notre planète prennent littéralement feu et avec elles, des milliers de plantes, d’animaux et d’insectes. Alors sommes-nous condamnés à être les victimes de notre propre négligence en matière environnementale ? Nous avons posé la question à des spécialistes.


L’Amazonie est la plus vaste forêt tropicale du monde. Elle emmagasine à elle seule 90 à 140 milliards de tonnes de CO2 et contribue à réguler le réchauffement climatique dans le monde. Mais cette capacité à absorber le carbone chute à mesure que la déforestation augmente. D’autant que les incendies qui la dévorent depuis plusieurs semaines rejettent du CO2 dans l’atmosphère.

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En plus d’être un désastre écologique pour le Brésil, les feux de forêt en Amazonie ont un impact planétaire. Entre le 1er janvier et le 15 août, ils ont augmenté de 84 % par rapport à la même période en 2018. D’ailleurs, la déforestation en Amazonie au mois de juillet a quadruplé par rapport à l’année dernière. Pas moins de 2 254 km2 de forêts ont été détruites au Brésil, contre 596 km2 en juillet 2018, ce qui représente une hausse de 278 %. Les violents incendies combinés aux opérations d’abatage des arbres menacent dangereusement tout notre écosystème. Car le cœur de la forêt tropical abrite une biodiversité unique au monde, et un quart des espèces mondiales y sont présentes.


Une véritable catastrophe écologique

Mais ce qui semble étrange, c’est que selon les données du programme européen Copernicus, les émissions de dioxyde de carbone provoquées par les incendies en Amazonie « ne sortent pas de l’ordinaire ». Pire encore, elles sont largement inférieures à celle relevées en 2010 et 2005. D’après les statistiques, la surface brûlée annuelle dans la forêt amazonienne est inférieure depuis 10 ans à ce qu’elle fut en 2004, 2005, 2007 et 2010. Pourtant, selon Pierre Cannet, co-directeur des programmes au WWF, « l’Amazonie aura du mal à se remettre de ces incendies. Il a fallu des millénaires pour construire cet écosystème et il faudra des siècles avant qu’il se reconstruise. ».

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Mazeika Sullivan, professeur associé à l’école de l’environnement et des ressources naturelles de l’Université d’État de l’Ohio, s’inquiète quant à lui du fait que les incendies ont causé la mort d’un grand nombre d’animaux et ont complètement perturbé leurs habitats naturels. « Les incendies ont des conséquences néfastes sur la faune à court terme car de nombreux animaux vivant dans la jungle ne sont pas adaptés à ce type d’incendies », explique-t-il. Les paresseux, lézards, grenouilles et autres insectes sont les plus touchés en raison de leur petite taille et de leur faible mobilité. Trop lents pour échapper aux flammes, la plupart périssent dans les incendies.


Les feux de forêt augmentent le réchauffement climatique

La catastrophe écologique pourrait donc changer en profondeur l’habitat de centaines d’espèces, modifiant également toute la chaîne alimentaire. Les feux de forêts auront également un impact sur la chimie et la température de l’eau des rivières, et les conséquences seront très lourdes pour les espèces qui y vivent. Sans compter que sans la protection des arbres, le soleil va faire augmenter la température de l’eau et perturber l’environnement de la faune aquatique.

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Mais l’Amazonie n’est pas la seule région de la planète en proie a de violents incendies. De l’autre côté du monde, des feux de forêt ravagent des dizaines de milliers de kilomètres carrés d’arbres en Indonésie, Sibérie, Bolivie, au Congo ou encore en Afrique du Sud. Un phénomène qui est renforcé par les comportements humains qui peuvent avoir des conséquences irrémédiables. « Les feux de forêt sont un phénomène saisonnier qui permet à cet organisme vivant qu’est la forêt de se régénérer », rappelle Frédéric Chevallier, ingénieur chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement à La Croix. Le brûlis est une méthode très pratiquée qui consiste à abattre les arbres avant de brûler le terrain pour le préparer à l’agriculture. « La majorité des feux de forêt font rage dans des zones de contrôle », ajoute-t-il. Le problème, c’est que la décision d’éteindre les incendies est prise par les autorités seulement si les dégâts estimés dépassent le coût des opérations. Faute de quoi, « le rôle des autorités se limite à observer l’évolution du feu », ajoute Rainforest Action Network sur leur site.


« Il y a des incendies provoqués par les agriculteurs »

La taïga russe est également sujette aux feux de forêt, mais cette année, elle a connu des incendies d’une ampleur inédite qui ont forcé le président russe Vladimir Poutine a faire intervenir l’armée. « La situation avec les feux de forêts dans la partie orientale de la Russie a cessé il y a longtemps d’être un problème local et s’est transformée en une catastrophe écologique à l’échelle de tout le pays », s’est alarmé Greenpeace. En Amazonie, la forêt brûle à cause de la sécheresse et du changement climatique, pourtant au Congo, le deuxième poumon vert de la planète, elle brûle aussi mais pour d’autres raisons. « Ces feux sont ordinaires en cette fin de saison sèche », affirme le ministère de l’Environnement congolais à Futura Planète. « Il se trouve qu’à cette époque de l’année, dans plusieurs régions de notre pays, il y a des incendies provoqués par les agriculteurs en phase de préparation des terres, en raison de la proximité de la saison des pluies ». « À long terme, les gouvernements doivent mettre fin à toutes les activités industrielles à l’intérieur de la deuxième forêt tropicale au monde », a réagi Greenpeace dans un communiqué de presse.

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Si les impacts à court terme des feux de forêt semblent connus, ceux à long terme seraient catastrophiques. Selon les experts et ONG, les feux de forêts que l’on connaît actuellement sont une véritable catastrophe pour la faune et la flore, mais également pour les communautés indigènes présentes dans la forêt amazonienne. Pour tenter de sauver la biodiversité de la planète, nous devons faire des changements rapides et sans précédent dans nos habitudes. A commencer par réduire notre consommation de viande. Car l’Amazonie abrite de larges cultures de soja destinées à nourrir les animaux d’élevage. Ces parcelles remplacent de vastes étendues de forêt tropicale et favorisent la déforestation. Vous pouvez également utiliser le moteur de recherche Ecosia qui utilise ses revenus publicitaires pour planter des arbres. En juillet, l’entreprise s’est d’ailleurs engagée à planter un million d’arbres supplémentaires au Brésil. Ou encore soutenir les programmes de reforestation sur le moteur de recherche solidaire français Lilo. Grâce à lui, plus de 2 millions d'euros ont été collectés pour préserver les forêts et soutenir des projets sociaux et environnementaux ! Sinon, voici 100 trucs à faire pour sauver la planète. Parce qu’inverser la tendance est encore possible. Et tout dépend de nous.

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