8 affaires judiciaires françaises qui ont marqué la société et le ciné

© Jacques Mesrine

Il y a deux semaines, on a cru retrouver Xavier Dupont de Ligonnès. Avant qu’on se rende compte de l'erreur, les réseaux sociaux et les médias se sont remués durant plusieurs heures. Sur Twitter, Facebook, Insta, tout le monde parlait du criminel soupçonné d’avoir tué femme et enfants dans leur sommeil avant de prendre la fuite en 2011. Cet engouement national commun autour d’un fait divers vieux de presque 10 ans nous a donné à réfléchir… De Mesrine à DSK en passant par Omar Raddad, bon nombre d’affaires judiciaires françaises dévoilées au grand public ont tenu en haleine la société, allant jusqu’à passionner le ciné. Au final, des histoires gravées qui, pour certaines, ont donné de vrais bijoux du 7e art.


L’Affaire du collier de la reine

Résumé

Sûrement l’un des plus vieux scandales judiciaires en date. Marie-Antoinette fut en 1785 victime d’une escroquerie organisée par une comtesse adoptée, à la conquête de ses racines royales. À cette période, un certain cardinal Rohan fut banni de la cour pour ses mœurs contestées par la reine. Ce dernier, désespéré, chercha par tous les moyens à retrouver grâce à ses yeux. Une aubaine pour la comtesse Jeanne de la Motte-Valois, qui se servit de cette situation pour escroquer Rohan, lui affirmant par le biais de lettres falsifiées que l’achat d’un somptueux collier ravirait la reine. Escroqué, le cardinal Rohan finira par saisir la justice : un immense jugement à l’issue duquel la comtesse, reconnue coupable d’escroquerie, sera marquée au fer du "V" de "voleuse". Une affaire qui éclaboussera, malgré elle, la réputation de Marie-Antoinette, déjà ternie.

Adaptation

L’Affaire du collier (2001)

Avec un casting 5 étoiles, (Adrien Brody, Simon Baker, Hilary Swank…), Charles Shyer réalise un film historique et magnifiquement interprété de cette escroquerie frauduleusement menée par une femme en quête de pouvoir, épaulée par son mari et son amant.


L’Affaire Dreyfus

Résumé

Politique, militaire, religieuse, sociale, juridique, médiatique, diplomatique, et culturelle : l’Affaire Dreyfus a marqué, sans exception, tous les aspects de la vie publique française. Nous sommes à la fin de l’année 1894 lorsque le capitaine de l’armée francaise Alfred Dreyfus, juif d’origine alsacienne, est accusé de fournir des renseignements secrets aux Allemands. Une trahison qui le condamne au bagne à perpétuité, et le déporte dur l’île du Diable en Guyane. À cette époque, seule sa famille et le colonel Georges Picquart sont convaincus de l’injustice et de l’incohérence de ces accusations. Chef du contre-espionnage, Picquart se rendra compte que le véritable coupable est un certain commandant Esterhazy. Afin de le prouver, la famille Dreyfus contacte en 1897 le vice-président du Sénat, qui a son tour convaincra Georges Clémenceau, journaliste et ancien député. Le cercle des Dreyfusards s’étend, jusqu’à la lettre J’accuse…! d’Emile Zola, publiée dans le journal l’Aurore. Sous forme de lettre ouverte au Président Félix Faure, elle ralliera beaucoup d’intellectuels à la cause du capitaine. La France est alors divisée en deux groupes, les Dreyfusards et les anti-Dreyfusards : des émeutes antisémites sévissent dans tout l’Hexagone. La cour de cassation casse le premier jugement, et condamne, au terme d’un nouveau procès en 1899, Dreyfus à dix ans de réclusion criminelle. Il sera finalement officiellement reconnu innocent en 1906, et sera réhabilité à son poste de capitaine des armées.

Adaptation

J’accuse (2019)

Roman Polanski narre les douze années du véritable séisme juridique qu’a été l’Affaire Dreyfus, du point de vue de Georges Picquart, grand héros oublié. Chef du contre-espionnage, Jean Dujardin est déterminé à œuvrer pour faire tomber ceux qui avaient prévu dès le début de faire porter le chapeau au capitaine d’origine juive. Dans un climat français ou l’antisémitisme ne cesse de monter, Picquart n’hésitera pas à mettre sa vie et sa carrière en danger pour réhabiliter Alfred Dreyfus, incarné par Louis Garrel, à son rang.


Landru

Résumé

Henri-Désiré Landru est le premier tueur en série français identifié. Surnommé "le barbe bleue de Gambais", il a entre 1915 et 1919 mené une double vie. D’un côté père et mari, de l’autre veuf noir. Il séduisait et épousait des femmes fortunées jusqu’à leur faire signer un contrat de mariage le rendant unique héritier. Après ça, il les tuait, les découpait, et les incinérait dans la cheminée de sa propriété privée de Gambais (actuel département des Yvelines). Landru fera 11 victimes, n’hésitant pas à éliminer amis, famille de ses victimes, trop suspicieux à son goût. Épousant des femmes à intervalles très rapprochés, Landru changeait allègrement d’identité. Manque de bol, un officier trouve un jour un lien entre deux femmes portées disparues : des mariages récents, tous deux issus d’une annonce de veuf esseulé dans le journal l’Echo de Paris. Landru sera arrêté chez lui, sous le nom de Lucien Guillet au 76, rue de Rochechouart, et sera finalement guillotiné à Versailles, en 1922.

Adaptation

Landru (1963)

Claude Chabrol s’est intéressé à cet incroyable personnage. Le destin d’un homme banal, cultivé, et soucieux de subvenir aux besoin de sa famille qui sombrera sans crier gare dans la folie assassine.


© Claude Chabrol


Mesrine

Résumé

Jaques Mesrine, c’est "l’homme aux mille visages". Il est LE plus grand criminel français, déclaré ennemi public numéro un en 1970. Cambriolages et vols à main armée d’abord chez des particuliers, puis dans des bijouteries et hôtels haut placés, Mesrine traine dans les milieux peu fréquentables du Paris des années 60. Mais les choses s’accélèrent pour lui, le poussant à fuir au Canada où un kidnapping tourne mal… Mesrine a maintenant goûté au grand banditisme, et ne compte pas en sortir. Il se fait arrêter, juger, emprisonner, mais trouve toujours le moyen de s’évader. Spectaculaire, Mesrine est médiatique. C’est une personnalité publique, qui n’hésite pas à fanfaronner face aux journalistes chaque fois qu’il en aura l’occasion. Il restera sur le devant de la scène médiatique, politique et judiciaire pendant quasiment 10 ans, avant d’être abattu Porte de Clignancourt en fuite, au volant de sa voiture en 1979.

Adaptation

L’Instinct de mort et L’ennemi public numéro 1 (2008)

Jean-Francois Richet s’intéresse au parcours criminel hors norme d’un petit voyou de Clichy devenu ennemi public numéro un. En deux volets, et doté d’un casting hors pairs (Vincent Cassel incarne Mesrine à la perfection), ce film percutant est un pari réussi.


Omar Raddad

Résumé

Il s’agit de LA faute de grammaire qui a marqué la justice française. Le corps de Ghislaine Marchal est retrouvé sans vie en 1991 dans la cave de sa propriété. À coté de son corps, se trouve une inscription (écrite avec son propre sang) : « Omar m’a tuer ». L’aurait-elle écrite avant de succomber à ses blessures ? Si tant est que la victime ait eu le temps et la force d’inscrire cette accusation, une telle faute d’orthographe commise par une femme éduquée et de bonne famille émet des soupçons lors de l’enquête. Pour la défense d’Omar Raddad, son origine maghrébine l’aurait rendu « coupable idéal ». Condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle, il sera gracié sept ans plus tard par le président Jacques Chirac, mais restera coupable aux yeux de la justice. Le jardinier marocain pour qui le destin a basculé il y a plus de 25 ans continue de se battre pour faire réviser sa condamnation. L’Affaire Raddad est l’une des affaires les plus marquantes des années 90 et continue d’interpeller les foules, pour son mystère irrésolu.

Adaptation

Omar m'a tuer (2011)

Roschdy Zem relance l’intérêt autour de cette affaire emblématique. Par le biais de son long-métrage, le réalisateur pointe du doigt les zones d’ombre d’une tragédie moderne bien réelle : l’histoire d’un coupable idéal.


Guy Georges

Résumé

« Le tueur en série de l’Est parisien. » Dans ses quartiers de prédilection (11e, 12e, et 20e) Guy Georges tuera 7 femmes entre 1991 et 1998. Toutes de la même manière sanglante : effraction du domicile ou du véhicule, découpage des sous-vêtements, viol, et enfin égorgement de ses victimes avant de les laisser pour mortes. Tant de similitudes, que les brigades criminelles parviennent à faire le lien entre ces meurtres. Mais qui peut bien être l’auteur ? De fausses pistes les font piétiner pendant l’enquête, laissant le nombre de victimes s’agrandir. Finalement, après un titanesque travail des laboratoires pour comparer l’ADN laissé par Guy George sur certaines scènes de crime, avec l’ADN laissé dans le sperme des délinquants sexuels notoires, le CHU de Nantes parvient (illégalement), à identifier Guy Georges. L’affaire est à l’origine du fichier national d’empreintes génétiques, outil indispensable aujourd’hui.

Adaptation

L’Affaire SK1 (2013)

En suivant le parcours d’un jeune inspecteur déterminé, Frédéric Tellier nous plonge dans les huit ans de calvaire bureaucratique accentués par les manques de moyens des enquêteurs. Un film au cœur de la sauvagerie des meurtres perpétrés par l’ADN n°SK1. Désormais connu sous le nom de Guy Georges.


DSK

Résumé

L’Affaire DSK a remué le monde politique des années 2000. Puissant et populaire, Dominique Strauss-Kahn est pressenti candidat aux élections présidentielles de 2012, mais voilà, tout bascule en 2011. En voyage d’affaires à New York, la femme de ménage de sa chambre d’hôtel Sofitel, Nafissatou Dialo, dénonce avoir été agressée sexuellement par l’homme politique. Arrêté par la police et placé en détention provisoire, la carrière brillante promise à un homme politique de pouvoir s’est retournée contre lui. L’affaire DSK, très médiatisée, se règlera finalement en civil, avec un accord financier trouvé. L’ex chef du FMI a néanmoins préféré se retirer de la scène politique depuis.

Adaptation

Welcome to New York (2014)

Plutôt mal accueilli par la critique, le film d’Abel Ferrara narre l’histoire d’un homme puissant qui tente d’obtenir par la force les faveurs sexuelles d’une femme de chambre new-yorkaise. Ça ne vous rappelle rien ? Ici sous le ton de la fiction, le personnage principal, monsieur Devereaux , est incarné par Gérard Depardieu. 


Le Cardinal Barbarin

Résumé

La lourde loi du silence au sein de l’Église… En 2015, le père Preynat est accusé d’avoir sexuellement agressé des mineurs avant 1990. Les victimes, de jeunes scouts de la région lyonnaise, ont levé le voile sur cette affaire il y a de cela bien des années, notamment en informant le cardinal Barbarin, à la tête du diocèse de Lyon depuis 2002. Ce dernier prend connaissances des faits qui incriminent le père Preynat en 2007 mais ne signale rien avant février 2015. Pourquoi ? Lorsque le Cardinal a eu vent des abus sexuels que pratiquait l’homme d’Eglise, il a jugé suffisant de ne lui imposer qu’une courte quarantaine, considérant les faits comme prescrits, donc non punissables. Lors d’une conférence de presse en 2016, Philippe Barbarin déclarera « La majorité des faits, grâce à Dieu sont prescrits », une phrase choque, qui fera la Une des journaux. Il a depuis, en mars 2019, été reconnu coupable de non-dénonciation d’abus sexuel et condamné à six mois de prison avec sursis. Le cardinal se rendra par la suite à Rome pour remettre sa démission au pape, qui la refuse.

Adaptation

Grâce à Dieu (2019)

Ozon a osé. Grâce à Dieu raconte la création de l’association La Parole Libérée, fondée par d’anciennes victimes du père Preynat… Une omerta brisée par le réalisateur qui n’a pas hésité à sortir son film en plein milieu du procès Preynat-Barbarin.

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