Le chiffre a de quoi alarmer. Selon le Haut Conseil à l’Égalité (HCE), près de 10 millions de Français adhéreraient aujourd’hui à une forme de sexisme radical, mesuré pour la première fois par des chercheurs du CNRS. Cela représente 17 % de la population de plus de 15 ans, avec un écart marqué entre les sexes : 23 % des hommes et 12 % des femmes.
Ce sexisme, qualifié d’« hostile », repose sur une conviction centrale : celle que la place des hommes dans la société serait menacée par les avancées des droits des femmes. Une vision qui peut donner naissance à une idéologie masculiniste, accusant le féminisme d’être responsable d’un supposé déclassement masculin.
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« Ce sexisme radical peut devenir une menace pour la sécurité publique », alerte Bérangère Couillard, présidente du HCE. « Il peut mener à des passages à l’acte et banaliser des violences extrêmes, jusqu’à l’apologie du viol ou du meurtre. »
Quand le ressentiment masculin se transforme en idéologie
Le rapport met en lumière un profond sentiment de défiance. Plus d’un tiers des hommes, et un quart des femmes, estiment que « le féminisme menace la place des hommes dans la société ». Chez certains jeunes hommes, ce ressenti se traduit par l’idée que la parole masculine serait désormais systématiquement décrédibilisée, notamment face à la justice.
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« Aujourd’hui, on entend moins les hommes. La parole des femmes prend plus de place, et elles peuvent mentir », témoigne l’un d’eux. Un autre affirme : « En cas de violences conjugales, quand une femme parle, on la croit. Quand c’est un homme, on le prend pour un comédien ». Des discours qui, lorsqu’ils se diffusent largement, relèvent d’un sexisme hostile, justifiant les inégalités et minimisant les violences faites aux femmes.
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Une idéologie nourrie par les réseaux sociaux
Selon Pascal Huguet, chercheur au CNRS ayant dirigé l’enquête, les personnes adhérant à ce sexisme radical présentent des profils récurrents : une orientation politique souvent située à droite, à l’extrême droite, ou une absence d’opinion politique affirmée, ainsi qu’une surreprésentation des milieux précaires.
Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la diffusion de ces idées, en enfermant certains utilisateurs dans une radicalisation algorithmique. Le HCE alerte sur le retard de la France dans l’identification et le traitement de ce phénomène, déjà intégré ailleurs aux politiques de lutte contre l’extrémisme violent.
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Une radicalisation silencieuse aux conséquences bien réelles
Le Canada et le Royaume-Uni ont ainsi reconnu le masculinisme comme une menace potentielle. « À partir du moment où une haine des femmes se développe, il peut y avoir des violences, voire des actes terroristes », insiste Bérangère Couillard.
Face à cette dynamique, le Haut Conseil à l’Égalité appelle à la mise en place d’une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme, estimant que le sexisme radical ne relève plus seulement du débat d’idées, mais d’un enjeu de société majeur.
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Reste à savoir si l’exécutif saura enfin prendre ce sujet à bras-le-corps, alors que l’égalité femmes-hommes, pourtant érigée en « grande cause nationale », a été largement reléguée au second plan durant les deux quinquennats Macron, non sans être éclaboussée par les propos de Brigitte Macron traitant des féministes de « sales connes ».
