On attendait avec beaucoup de bienveillance le troisième film de Rebecca Zlotowski, dont les réalisations précédentes (Belle Epine, Grand Central) laissaient entrevoir un don certain pour filmer les êtres et les détacher du vacarme ambiant. Sans affirmer qu'il soit complètement loupé, il est pourtant difficile de dire à propos de Planétarium qu'il ressemble à un film réussi.
Pourquoi tant de mesure et d'atermoiements dans ce jugement ? Parce que c'est exactement le sentiment que l'on a à la lecture du générique final : on ne sait quoi penser ; on ne s'est pas ennuyé mais on ne s'est pas amusé non plus, on a l'impression qu'il ne s'est rien passé dans cette salle obscure, et pourtant on vient d'y passer presque deux heures sans jamais compter les minutes. On se demande alors quel est l'intérêt de ce film ? Qu'a voulu montrer Rebecca Zlotowski ? Le problème est qu'on cherche encore la réponse à cette ultime question...
La faute à qui alors ? Difficile d'en vouloir aux interprètes, excellents tous autant qu'ils sont, avec un petit coup de cœur tout de même pour Natalie Portman, dont on avait oublié depuis Black Swan qu'elle pouvait être une excellente professionnelle et une grande actrice (pardon Natalie, épouse-moi quand même stp).

La jeune et inexpérimentée Lily-Rose Depp colle quant à elle parfaitement à son personnage, celui d'une jeune femme très douée infoutue de savoir comment exploiter au mieux son talent, mais pas grave, les autres le font pour elle. Elle est donc belle et ingénue, maladroite parfois, d'une pureté déconcertante souvent, volontaire toujours.

Emmanuel Salinger, l'inconnu de ce casting étoilé, est lui parfait avec ses grands yeux globuleux. Son rôle de magnat du cinéma qui perd les pédales lui sied à merveille, il y est hautement crédible jusqu'à sa dernière apparition, malheureux faux pas dû à une écriture parfois grossière. On note enfin la participation, toute furtive soit-elle, de notre Louis Garrel national, fidèle à lui-même, flegmatique et étrangement rassurant.
Ce qui pêche dans ce film, ce n'est donc pas le casting, et ce n'est pas la mise en scène non plus. Les comédiens sont bien dirigés, les décors sont superbes, le rythme de la narration est convenable, la photographie est lumineuse et à la fois vintage à souhait... Non, ce qui foire, c'est l'intention. On ne comprend pas à quoi sert tout cela.

Habituellement, on va au cinéma pour éprouver des émotions, on se met le temps de la projection à la place des personnages, on rit avec eux, on pleure avec eux. Ici, rien de tout ça, on les regarde simplement évoluer, sans que leur histoire ne nous touche ni ne nous bouleverse réellement, même lorsqu'ils sont victimes du pire. Toute aspérité dans le fil narratif est aussitôt gommée par une fausse explication dont le mystère, apparemment thème central du film, constitue la justification. Le principe essentiel de la catharsis est inexistant, et on se retrouve à visionner un film plat, sans message et sans émotion. Ne reste que la beauté des actrices et des images, comme un paysage de Cézanne dont les couleurs auraient pâli.
