À chaque campagne municipale, la question de la gratuité des transports refait surface à Paris. Longtemps considérée comme irréaliste dans une métropole dense et déjà très fréquentée, l’idée revient aujourd’hui sous une forme plus ciblée : celle d’une gratuité limitée aux bus circulant dans la capitale, pensée comme un levier pour accélérer la sortie de la voiture.
Contrairement à une idée reçue, les tickets et abonnements ne financent qu’une part limitée des transports publics. En France, seulement 17 % du budget des réseaux provient de la billetterie, contre 52 % issus du versement mobilité, un impôt payé par les entreprises, et 31 % de financements publics.
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À Paris, la contribution des usagers est plus élevée que dans les petites villes, mais reste minoritaire. Dans ce contexte, la proposition de l'actuel adjoint aux mobilités d'Anne Hidalgo, David Belliard, de rendre gratuits les 62 lignes de bus intra-muros représenterait un coût estimé à 30 millions d’euros par an, selon l'écologiste.
Une somme relativement modeste à l’échelle des dépenses de transport franciliennes, surtout si on la compare aux 3 milliards d’euros qu’impliquerait une gratuité totale en Île-de-France, jugée largement irréaliste.
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La gratuité fait rapidement grimper la fréquentation
Partout où elle a été mise en place, la gratuité entraîne une hausse spectaculaire de la fréquentation. À Dunkerque, le nombre de voyages en bus a ainsi augmenté de 77 % dès la première année, puis de 130 % en quatre ans. À Châteauroux ou Aubagne, la fréquentation a été également multipliée par deux, parfois sans augmentation immédiate de l’offre.
Dans les grandes villes, l’effet est plus modéré mais bien réel. À Montpellier, où les transports sont devenus gratuits fin 2023, la fréquentation a progressé de 23,7 % en cinq mois. À Paris, où les bus enregistrent déjà 227 millions de voyages par an, les marges de progression sont plus faibles, mais la gratuité pourrait attirer de nouveaux publics, notamment des automobilistes occasionnels ou des usagers aujourd’hui freinés par le coût ou la complexité tarifaire.
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Gratuité et voiture : un impact réel mais limité
Car l’enjeu central reste bien évidemment...la réduction de l’usage de la voiture, encore très présente dans l’espace public parisien. Sur ce point, la gratuité montre des résultats encourageants, mais insuffisants à elle seule.
À Dunkerque, 48 % des nouveaux trajets en bus remplacent des trajets auparavant effectués en voiture, permettant d’éviter environ 5 800 tonnes de CO₂ par an. Cela représente près de 3 % des émissions liées à la mobilité sur le territoire. Mais une part non négligeable des nouveaux trajets se fait aussi au détriment de la marche ou du vélo, ce qui limite le bénéfice environnemental.
La gratuité n’est donc pleinement efficace que lorsqu’elle s’accompagne de mesures contraignantes pour la voiture : réduction du stationnement, voies réservées, baisse des vitesses ou piétonnisation.
Les transports gratuits, une bonne idée ?
— Bon Pote (@BonPote) October 9, 2024
La réponse ne va pas vous plaire : c'est compliqué.
On continue sur Bon Pote à analyser les solutions pour la transition écologique, notamment pour les transports qui représentent pour 34% des émissions en France.https://t.co/i7cptVyfr8
À Paris, une mesure désormais intégrée au projet socialiste
Initialement portée par David Belliard (Les Ecologistes), la proposition de bus gratuits a depuis été intégrée au projet municipal d’Emmanuel Grégoire (PS), auquel l’adjoint aux mobilités s’est rallié. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’efficacité du réseau, avec notamment la création de 40 km supplémentaires de voies de bus et la généralisation de dispositifs de priorité aux feux.
L’objectif est autant pratique que politique : rendre le bus plus rapide, plus lisible et plus attractif, tout en facilitant l’acceptation des politiques de réduction de la place de la voiture. En clair, proposer une alternative crédible avant de restreindre davantage l’automobile.
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La gratuité des transports à Paris ne serait donc ni un simple cadeau, ni une solution miracle mais un outil parmi d’autres pour changer les habitudes de déplacement. Tout dépendra de la capacité de la Ville à l’inscrire dans une politique cohérente, où le bus devient une vraie alternative à la voiture.
