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La tour Eiffel va inscrire ces 72 femmes scientifiques sur sa célèbre frise

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Jérémy Pennors

Une injustice vieille de 136 ans enfin réparée. Depuis son inauguration en 1889, la tour Eiffel affiche fièrement les noms de 72 scientifiquestous des hommes. Ampère, Laplace, Arago : des figures majeures, certes, mais aucune femme à l’horizon. Ce lundi 26 janvier, la maire de Paris Anne Hidalgo a officiellement dévoilé la liste des 72 femmes scientifiques appelées à rejoindre la frise du premier étage du monument.

Ce projet, lancé dès 2021 et acté en 2024, vise à corriger ce que la Ville qualifie d’« invisibilisation volontaire » des femmes dans l’histoire des sciences. La présentation s’est tenue en présence de grandes figures du monde académique, dont Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences, et plusieurs présidentes d’institutions scientifiques majeures, aux côtés de l’association Femmes & Sciences

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Des pionnières célèbres… et d’autres à redécouvrir

Parmi les noms révélés, certaines sont universellement connues. Marie Curie, double prix Nobel, y figurera aux côtés de sa fille Irène Joliot-Curie. Rosalind Franklin, dont les travaux ont été déterminants dans la découverte de la structure de l’ADN, mais longtemps attribués à ses collègues masculins, sera également honorée. La mathématicienne Sophie Germain, contrainte de publier sous pseudonyme masculin, ou encore Marthe Gautier, co-découvreuse de la trisomie 21, font aussi partie de cette sélection.

D’autres figures, moins connues du grand public, rappellent l’ampleur des contributions féminines à la science : Jeanne Baret, première femme à avoir fait le tour du monde en se déguisant en homme, Madeleine Brès, première femme médecin de France, ou Anita Conti, pionnière de l’océanographie. Mathématiciennes, biologistes, physiciennes, chirurgiennes… ces 72 femmes incarnent plusieurs siècles de recherche trop longtemps passés sous silence


Une frise dorée pour inspirer les générations futures

Les noms seront inscrits en lettres capitales dorées, en relief de 60 centimètres, au premier étage de la tour Eiffel, juste au-dessus de la frise masculine existante. Un choix esthétique assumé pour instaurer une parité symbolique parfaite. Initialement envisagée au deuxième étage et limitée à 40 noms, la frise comptera finalement 72 femmes, en écho direct aux 72 hommes choisis par Gustave Eiffel.

La sélection s’est appuyée sur des critères précis : des scientifiques ayant vécu entre la Révolution française et aujourd’hui, majoritairement françaises ou liées à la France, et issues des disciplines STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Piloté par un comité scientifique réunissant Femmes & Sciences, le CNRS, l’Inserm et l’Inria, le projet entend aussi lutter contre le « Matilda effect », ce phénomène qui efface les femmes des récits scientifiques.

« Si Gustave Eiffel construisait la tour aujourd’hui, il aurait inscrit les noms des femmes scientifiques », assure Olivier Berthelot-Eiffel, l'arrière-arrière-arrière petit fils de Gustave Eiffel. Les travaux devraient aboutir d’ici 2027. Une date symbolique pour inscrire, enfin, les femmes là où on ne les attendait pas : au cœur du monument le plus célèbre de France.