Rosa Parks fait le mur : 400 mètres de street art dans le 19e

Il y a 50 ans, Rosa Parks refusait de céder sa place à un passager blanc dans un autobus de Montgomery, marquant ainsi le début du mouvement des droits civiques aux US. Aujourd’hui l’association GFR a inauguré le mur Rosa Parks, 400 mètres de street art rue d’Aubervilliers dans le 19e. On est parti à la rencontre des artistes qui ont participé à ce projet coloré et plein de vie. Visite privée.

 

L’art a envahi la rue d’Aubervilliers. Depuis quelques semaines, des street-artists français et internationaux peignent sur un mur s’étendant du numéro 164 au 104 dans le cadre du projet "Rosa Parks fait le mur". A l’origine, on retrouve le collectif GFR dont l’objectif est de recréer du lien social dans le quartier grâce à un projet qui mêle à la fois le dialogue et la pratique artistique. Cette initiative se fait dans le cadre de l’ouverture de la gare RER Rosa Parks (le 19 décembre), censée redynamiser ce quartier assez complexe socialement.

9 Mur-Forum Rosa Parks en crÇation (c) GFR, VÇronique Drougard

« Tout est parti des attentats en janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo », nous explique Romain, chargé de communication du projet. « La rue d’Aubervilliers est particulièrement emblématique car c’est la rue où ont grandi les frères Kouachi, c’est un quartier en plein mouvement ». L’idée est de remettre les habitants au cœur du jeu en les associant à cet art, en les faisant participer grâce à des ateliers de création et d’échange.

Cinq street-artists, Zepha, Bastardilla, Kashink, Tatyana Fazlalizade et Katjastroph - un homme et quatre femmes (ce qui est assez rare nous explique-t-on) - ont élaboré cette grande fresque avec les habitants du 19e. Vittorio, directeur artistique et co-fondateur du projet avec Véronique Drougard, nous embarque faire une balade pour découvrir chaque centimètre de cette gigantesque œuvre d’art et partir à la rencontre des artistes.

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On rencontre d’abord Zepha, entrain de calligraphier le mot "freedom" sur le mur. Celui qui se qualifie « d’écrivain public » explique comment son œuvre s’inspire directement du thème Rosa Parks. Il calligraphie sur le mur des titres de chansons de l'Amérique des années 50-60, qui ont accompagné tous ces mouvements des droits civiques américains. « J’ai aussi interpellé des gens dans la rue en leur demandant s’ils n’avaient pas quelque chose à dire sur la situation actuelle et celle des droits civiques en 55 ».

A la question « qu’apportes-tu en faisant cela ? » il répond « j’ai l’impression d’être un passeur, je suis un peu comme un petit pont entre la rue et ce que les gens ont à dire. Je pense que la peinture ça apporte le dialogue. L’art in situ ça sert à ça ».

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On reprend notre route. Katjastroph, une Française d’origine allemande, a elle choisi de dessiner en noir et blanc, « une façon de montrer le contraste entre les humeurs qu’on essaye de canaliser en nous », dit-elle.

« J’avais prévu de faire complètement autre chose, mais j’ai tout changé après le vendredi 13, mes dessins sont une réaction directe aux premières questions que je me suis posées » confie t-elle. On découvre alors un dragon de l’apocalypse, une déesse à la fois démoniaque et angélique ou encore une femme phœnix. « Il y a un côté sombre dans ce que je peins, mais aussi beaucoup de positif. Le phœnix par exemple, se brûle lui-même mais il renaît de ses cendres. Il repart à zéro pour faire les choses mieux. »

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Notre dernière rencontre sera probablement la plus surprenante. Kashink est une femme, mais elle porte une moustache faite à l’aide d’un crayon à sourcil pour faire l’inverse « d’un maquillage de meuf ».

« Je trouve ça drôle de casser les codes esthétiques, pourquoi est-ce qu’on devrait ressembler à "ça" ou à "ça", quand on est une nana on a une pression forte », explique-t-elle. C’est d’ailleurs pour cela que Kashink ne dessine pas de « femme femme ». Ses personnages ont des couleurs de peau qui n’existent pas, ce sont des personnages imaginaires qui n’ont pas forcément d’origines définies ou de genres définis.

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Le but est de casser les a priori esthétique ou les apparences. « Mais malgré toute notre bonne volonté, on a souvent nos a priori, et on les garde. C’est difficile de bouger les choses, non ? », lui demande-t-on.

« Oui mais moi je crois aux petites graines que tu plantes ça et là et tu ne sais pas ce que ça devient, c’est exactement ça le street art aussi, tu peins un moment dans la rue et tu ne sais pas qui va le voir, qui ça va toucher ou à qui ça ne va pas plaire », nous dit-elle.

  MON-BONBON

On a aussi le droit de participer à l’œuvre. « Quel message gentil veux-tu faire passer ? », nous demande-t-elle.  « Mon Bonbon ». Chose dite chose faite. Le Bonbon est désormais sur ce grand mur participatif, qui respire la vie et la joie, et nous redonne du baume au cœur.

Mur-Forum Rosa Parks Du Pont Riquet au 164, rue d’Aubervilliers - 19e Plus d’infos

© Olivia Sorrel-Dejerine © Cover et première photo : GFR, Véronique Drougard

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