C’est une annonce qui devrait faire sourire bien des étudiants en fin de mois. Vendredi soir, Sébastien Lecornu a confirmé que le repas à 1 euro dans les restaurants universitaires sera accessible à tous les étudiants, sans condition de ressources, à compter du mois de mai 2026. Un dispositif déjà connu, puisqu’il avait été mis en place durant la crise du Covid-19, avant d’être restreint aux seuls étudiants boursiers et précaires à partir de 2021.
Cette généralisation n’est pas nouvelle dans le débat public. En janvier 2025, l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de loi portée par la députée socialiste Fatiha Keloua-Hachi. Depuis, le texte était resté en suspens. Avec cette annonce, le gouvernement ressort le dossier du tiroir et en fait un marqueur fort de son budget 2026, présenté comme donnant « la priorité à la jeunesse ».
Le repas à un euro pour tous les étudiants "efface les différences de traitement injustifiées entre les étudiants", assure @KelouaF. "Cela constitue une première étape vers le soutien universel à l'émancipation des jeunes, décorrélée des revenus de leurs parents."#DirectAN pic.twitter.com/H2TygBEUO0
— LCP (@LCP) January 23, 2025
Le retour du repas à 1 euro… pour tous cette fois
Derrière cette mesure très populaire, se cache aussi un compromis politique assumé. Le repas à 1 euro faisait partie des revendications centrales des socialistes dans les négociations budgétaires. Son coût est estimé à environ 90 millions d’euros par an, mais le Premier ministre n’a pas précisé comment il serait financé.
Cette absence de détails inquiète notamment les Crous. Déjà sous tension dans de nombreuses villes universitaires, ils redoutent une perte de ressources estimée à plus de 50 millions d’euros, ainsi qu’une saturation accrue des restaurants universitaires. Dans certaines métropoles universitaires, le taux de fréquentation des restaurants universitaires dépasse déjà les 120 % aux heures de pointe, faute de personnel et de capacités suffisantes.
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Une concession politique...et un financement encore flou
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, s’était d’ailleurs montré très réservé, craignant que les étudiants les plus précaires soient les premiers pénalisés. Un constat partagé par certains groupes parlementaires, notamment les Insoumis, favorables au principe du repas à 1 euro mais critiques sur sa mise en œuvre.
Ils alertent sur le manque de moyens humains : les effectifs des Crous n’ont augmenté que d’environ 5 % depuis 2019, alors que le nombre d’étudiants a progressé de près de 15 % sur la même période. Sans recrutements supplémentaires, la généralisation du dispositif risque, selon eux, de se traduire par des files d’attente plus longues et un accès encore plus compliqué pour ceux qui en ont le plus besoin.
APL, bourses, handicap : d’autres annonces pour la jeunesse
Le repas à 1 euro n’est pas la seule carte dégainée par le Premier ministre. Sébastien Lecornu a également promis qu’aucune réforme ne viendrait toucher aux APL étudiantes en 2026, y compris pour les étudiants extracommunautaires, un point salué par les organisations étudiantes. Les bourses, elles, seraient « maintenues », même si l’absence d’indexation sur l’inflation laisse planer le doute pour une partie des bénéficiaires.
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Côté éducation, le chef du gouvernement a annoncé la création de 2 000 postes supplémentaires, dont une partie destinée à l’accompagnement des élèves en situation de handicap. Une annonce encore floue, alors que les besoins explosent et que, lors de la dernière rentrée, près d’un élève sur dix n’avait pas d’AESH.
Universités, recherche, enseignement supérieur : autant de secteurs promis à des moyens supplémentaires, sans que les arbitrages soient encore totalement clairs. Une chose est sûre en revanche : le repas à 1 euro pour tous coche la case du symbole fort, à quelques jours du vote d’un budget sous haute tension. Reste désormais à savoir comment la mesure sera financée et si les restaurants universitaires, déjà saturés dans de nombreuses villes, pourront absorber l’afflux sans dégrader l’accueil des étudiants les plus précaires.
