À moins de deux semaines du premier tour des municipales à Paris, la course à l’Hôtel de Ville s’intensifie. Parmi les neuf candidats en lice, cinq se détachent et pourraient accéder au second tour. Entre des loyers qui flambent, les embouteillages persistants, l’urgence climatique et des équilibres budgétaires toujours plus serrés, Le Bonbon décrypte les mesures qui pourraient changer le visage de Paris.
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Emmanuel Grégoire (PS)
Longtemps resté dans l’ombre de Anne Hidalgo et formé auprès de Bertrand Delanoë, c'est en juin dernier qu'Emmanuel Grégoire s’est imposé comme candidat à la mairie de Paris pour le Parti Socialiste. Malgré les réticences de la maire sortante et pour s'assurer une avance nette au soir du premier tour, l'élu socialiste a été contraint de sceller en décembre une union avec Les Écologistes et le PCF, alors que ni sa campagne ni les sondages ne décollaient réellement.
Il a néanmoins réussi à inverser la dynamique, porté par un meeting de lancement réussi à la Bellevilloise début janvier et par sa connaissance fine des dossiers parisiens, il culmine désormais autour de 30 % des intentions de vote, juste devant Rachida Dati (LR), malgré un recul de 10 points par rapport au cumul PS-EELV de 2020.
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Contesté pour une partie du bilan municipal (mobilier urbain anti-SDF, bétonisation, gentrification), il souffre également d’une notoriété relativement faible pour un favori et d’un retard marqué sur les réseaux sociaux face aux autres candidats (Dati, Knafo...). L’émergence de la liste Nouveau Paris Populaire soutenue par Sophia Chikirou, qui attire certains élus écolos, et pourrait se maintenir au second tour, fragilise encore sa dynamique.
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Côté programme, le candidat social-démocrate place le logement au cœur de son projet avec 60.000 logements publics supplémentaires, la transformation de bureaux en habitations et un rééquilibrage vers l’ouest parisien. Il promet dans le même temps une « brigade du logement » ainsi que 4.000 places d’hébergement d’urgence, se présentant comme le garant d’une ville plus accessible, allant même jusqu'à exclure toute augmentation de la taxe foncière.
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Sur le terrain écologique, le candidat assume de vouloir réduire la place de la voiture individuelle avec la création de 1.000 rues piétonnes, tout en affichant son volontarisme dans la poursuite du développement des pistes cyclables. S'il était élu, le périphérique serait progressivement transformé en boulevard urbain au nom de la santé publique.
Côté transports, l'élu a fait sensation en avançant, dès le mois d'octobre, l’idée d’un métro circulant toute la nuit. Parmi les projets structurants figurent également la mise en place de bus plus rapides grâce à 15 lignes express, l’extension de la Petite Ceinture, la transformation d’avenues en jardins et la création de nouvelles zones de baignade, notamment à la Bastille.
Londres l'a fait, New York l'a fait, Berlin l'a fait. Demain, Paris le fera.
— Emmanuel Grégoire (@egregoire) October 16, 2025
Des milliers de Parisiennes et de Parisiens travaillent ou sortent la nuit. Il est temps que Paris reste accessible et sûre à toute heure !
🌙🚇 Signez la pétition : https://t.co/QUiu44ZV81 pic.twitter.com/ioLvKOinUo
Rachida Dati (LR)
Longtemps figure de l’opposition municipale et maire du 7e arrondissement, Rachida Dati se pose en principale alternative à la gauche après dix-huit ans hors de l’Hôtel de Ville. Donnée autour de 28% dans les sondages, légèrement derrière Emmanuel Grégoire, elle pâtit toutefois d’un éparpillement des voix à droite et appelle au rassemblement dès le premier tour pour éviter une triangulaire défavorable.
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La candidate LR revendique un « programme de rupture » axé sur la sécurité, la propreté et le redressement des finances. Elle promet 5 000 policiers municipaux armés et formés, ainsi que le doublement du nombre de caméras de vidéosurveillance. Après les affaires dans le périscolaire, elle veut convoquer un Conseil de Paris extraordinaire dès son élection et instaurer une règle stricte : plus aucun enfant seul avec un animateur, avec un retour à la semaine de quatre jours.
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Sur le plan budgétaire, Rachida Dati fait de la dette, qu’elle estime à 12 milliards d’euros, son principal angle d’attaque et promet un « choc de gestion », notamment via la baisse de certaines subventions et un coup d’arrêt à la progression du logement social pour privilégier la rénovation de l’existant.
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Côté cadre de vie, elle défend la privatisation de la collecte des déchets, la transformation de la place de la République et la débétonnisation des quais de Seine pour créer un « grand parc urbain ». Elle promet enfin de rendre le métro entièrement accessible aux personnes handicapées, assumant une ligne claire : rétablir l’ordre, assainir les comptes et « remettre Paris debout ».
Avec moi, Paris sera propre! 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.
— Rachida Dati ن (@datirachida) November 21, 2025
Les Parisiens n’en peuvent plus de la saleté de leur ville. Ils n'attendent plus des promesses mais des résultats. Je serai la Maire des résultats! pic.twitter.com/I6WUeWW2Rq
Sophia Chikirou (LFI)
Élue députée au premier tour lors des législatives anticipées de 2024, Sophia Chikirou se lance à l’assaut de l’Hôtel de Ville sous la bannière de La France insoumise, avec l’ambition d’incarner une alternative de gauche à la sociale-démocratie parisienne. Face à Emmanuel Grégoire, elle revendique un « renouveau » et assume une ligne nettement plus progressiste, tant sur l’écologie que sur le logement ou les services publics.
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Sur la sécurité, Sophia Chikirou défend une approche centrée sur la prévention et la présence de terrain. Elle propose 3 500 agents « réellement formés », la création d’antennes de proximité réunissant policiers municipaux, médiateurs et travailleurs sociaux, ainsi que des unités spécialisées (tourisme, santé mentale, violences sexistes et sexuelles), avec l’objectif d’assurer une réponse plus rapide et mieux adaptée aux situations du quotidien. Elle veut également doubler le nombre d’éducateurs spécialisés et renforcer massivement la médiation de rue.
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Comme chez Emmanuel Grégoire, le logement constitue l’axe central de son programme. Sophia Chikirou entend remettre sur le marché des dizaines de milliers de biens vacants ou meublés touristiques, traquer les locations illégales de type Airbnb et créer une régie publique de gestion locative. Elle propose aussi une aide municipale directe pour 50 000 foyers modestes, le gel des loyers dans le parc social la première année et un recours accru au droit de préemption.
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Côté transports, elle défend la gratuité pour les moins de 25 ans, un gel des tarifs et un renforcement des bus de proximité. Elle souhaite réduire la place de la voiture, transformer progressivement le périphérique en boulevard urbain et créer une régie publique du vélo avec baisse des tarifs.
Enfin, la candidate insoumise promet une remunicipalisation complète de la propreté, 300 recrutements supplémentaires et un objectif « zéro déchet ». Sur le plan écologique, elle veut réduire le béton au profit d’espaces verts, restaurer des sols en pleine terre et créer une société publique locale d’énergie pour accélérer le déploiement du solaire. Une ligne assumée : plus de services publics, plus de régulation et une ville pensée d’abord pour ses habitants.
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Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance)
Longtemps élu local et culminant à 11% dans les sondages, Pierre-Yves Bournazel se présente à la mairie de Paris avec un programme centré sur « un Paris apaisé », revendiquant un projet de rupture face à la majorité sortante et aux dynamiques de gauche et de droite. Soutenu par Renaissance et Horizons, il se positionne comme une alternative au socialiste Emmanuel Grégoire et à Rachida Dati, revendiquant une ligne centriste et indépendante, sans alliances avec les extrêmes.
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La sécurité constitue le cœur de son programme. Il propose de porter les effectifs de la police municipale à 6 000 agents, avec une présence immédiate « dès les cent premiers jours » dans les rues et le métro, afin d’assurer une réponse rapide et visible aux besoins des Parisiens. Son plan prévoit également des conventions avec la région et Île-de-France Mobilités pour sécuriser les transports en commun en soirée et garantir un ordre républicain généralisé.
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Côté logement, Pierre-Yves Bournazel entend remettre sur le marché 60 000 logements privés via des mesures incitatives, financer la rénovation énergétique de 90 000 logements et maintenir la part de logements sociaux à 25 % pour les Parisiens qui travaillent, avec l’objectif de permettre aux classes moyennes de vivre dans la capitale sans sacrifier leur budget.
Sur le cadre de vie, il promet « une révolution de la propreté » par la privatisation du service municipal, avec des résultats visibles rapidement, et la création de 80 000 places de stationnement souterrain gratuites pour libérer l’espace public. Il prévoit également de nombreuses transformations urbaines : réhabilitation de la Petite Ceinture, aménagement des berges de Seine, déploiement de 1 000 rues apaisées et réduction des nuisances sonores et thermiques.
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Enfin, le candidat met en avant un programme financé « à l’euro près », avec 4,2 milliards d’euros d’économies sur six ans et une modernisation de l’administration municipale pour réduire la dette et renforcer la transparence. Son objectif : offrir un Paris plus sûr, plus respirable et mieux organisé, tout en affirmant une image de modernité grâce à des outils numériques comme un chatbot dédié à sa campagne.
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Sarah Knafo (Reconquête)
Dernière candidate à se lancer dans la course à la mairie de Paris, Sarah Knafo, députée européenne de Reconquête, propose un programme centré sur la sécurité renforcée, le recul des logements sociaux et la libéralisation de la circulation. Elle se présente comme une alternative identitaire et autoritaire au duo Grégoire–Dati, avec un discours axé sur l’ordre et la repression. Depuis l’annonce de sa candidature en janvier 2026 sur TF1, elle multiplie les interventions médiatiques et s'impose comme le mini-phénomène médiatique de la campagne, diffusant des messages controversés et souvent contestés.
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Sur la sécurité, Sarah Knafo mise sur la « tolérance zéro » : elle souhaite quadrupler les effectifs de la police municipale à 8 000 agents armés et assurer une présence permanente dans les lieux stratégiques. Son programme inclut également l’utilisation de l’intelligence artificielle pour détecter crimes et délits via les caméras de la ville.
En matière de logement, elle propose de supprimer l’encadrement des loyers et de geler la construction de logements sociaux, au profit d’un « grand plan d’accession à la propriété » avec la vente annuelle de 4 000 logements sociaux. Elle prévoit aussi une application pour simplifier et rendre « transparent » l’attribution des logements restants, et réduire la taxe foncière dès le premier budget.
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Côté circulation et transports, Sarah Knafo veut rouvrir l'ensemble des voies sur berges aux voitures, construire une promenade piétonne suspendue et créer 15 000 places de stationnement supplémentaires, tout en expérimentant l’intelligence artificielle pour réguler les feux tricolores. Elle mise sur une ville « plus fluide » pour les véhicules, au détriment des piétons, avec des tarifs de stationnement uniformisés et des infrastructures adaptées aux professionnels.
Pourquoi le projet de @knafo_sarah pour les quais de Seine est inapproprié et ridicule 🧶 https://t.co/Xvw84CwyTE pic.twitter.com/sp0yga5jyP
— Sites & Monuments (@SPPEF) January 22, 2026
Enfin, la candidate entend réduire drastiquement les dépenses publiques, avec près de 9,4 milliards d’euros d’économies sur le mandat, par la baisse des effectifs municipaux et le contrôle strict des aides sociales. Elle propose aussi de supprimer certains frais de représentation des élus et de réduire le nombre d’adjoints, tout en revendiquant une image de fermeté et de transparence.
À côté de ces cinq favoris, d’autres candidats comme Thierry Mariani (RN), Blandine Chauvel (NPA-R), Marielle Saulnier (LO) et Mahel Pierot-Guimbaud (PT) portent également leurs propositions pour Paris, offrant une palette plus large de choix pour les électeurs.
