L’affaire aurait pu rester un simple conflit de voisinage à Saint-Ouen, mais elle a pris une ampleur inattendue, jusqu’à devenir un sujet de débat national. Encore peu connu du grand public, Master Poulet s’est fait une place avec une recette simple : du poulet grillé à emporter, des portions généreuses et des prix imbattables. Poulet entier à 7,50 €, cuisses à 2,50 €, accompagnements bon marché… L’enseigne vise clairement une clientèle populaire.
Fondée par Chouaib Benbakir, la marque revendique une cuisine majoritairement faite sur place avec des produits européens. Elle compte aujourd’hui plusieurs dizaines de points de vente, dont une majorité en Île-de-France, et s’appuie aussi sur des plateformes comme Uber Eats ou Deliveroo pour se développer.
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À Saint-Ouen, un conflit qui tourne au feuilleton
Tout bascule le 11 avril à Saint-Ouen-sur-Seine, lors de l’ouverture d’un nouveau restaurant. Trois jours plus tard, le maire PS Karim Bouamrane ordonne sa fermeture, estimant que l’installation s’est faite sans autorisation. La situation s’envenime rapidement : des blocs de béton sont installés pour bloquer physiquement l’accès au commerce. Mais cette décision est ensuite contestée et jugée illégale par le tribunal administratif de Montreuil, qui oblige la mairie à les retirer.
Malgré ces coups de pression successifs (fermeture administrative, entraves physiques puis remplacement par des pots de fleurs) l’enseigne ne cesse jamais réellement son activité. Elle parvient à rester ouverte et à accueillir des clients, transformant le bras de fer avec la mairie en un conflit d’occupation de l’espace public autant que juridique.
La mairie de Saint Ouen joue encore. D'énormes pots de fleurs sont en train d'être posés devant le commerce. https://t.co/YX8lUSMZGi pic.twitter.com/49ihzqto1R
— Sefen Guez Guez (@Me_GuezGuez) April 24, 2026
Derrière le poulet, un choc politique
Au-delà du feuilleton judiciaire, le conflit met surtout en lumière une tension plus large autour de la transformation de la ville. Le maire de Saint-Ouen dénonce des nuisances récurrentes (livraisons tardives, odeurs, circulation nocturne) et défend une ligne plus stricte en matière d’implantation commerciale, au nom de la qualité de vie et de la santé publique.
"odeurs pour les habitants qui vivent au-dessus"
— Marc-Antoine Poignant 🔻 (@MarcAntoinePgnt) April 25, 2026
Alors qu'il a LITTÉRALEMENT fait installer des pots de plantes au caca devant le Master Poulet pour faire fuire les gens. https://t.co/fuNzYINV0l
Mais pour plusieurs élus de l’opposition et observateurs, le sujet dépasse largement le seul cas du fast-food. Parmi eux, Éric Coquerel, député insoumis, qui estime que ce type de décisions s’inscrit dans une logique plus globale de recomposition urbaine, où certains commerces populaires seraient progressivement mis à distance au profit d’enseignes jugées plus « haut de gamme ». Une dynamique souvent associée à la gentrification, avec l’idée d’une ville qui se transforme au détriment de ses habitants historiques et de leurs habitudes de consommation.
Malbouffe ou gentrification : le vrai débat ?
Dans ce contexte, l’affaire devient un symbole : celui d’un tiraillement entre attractivité urbaine, encadrement politique et maintien d’une offre accessible face à l'explosion des prix. Le débat, largement relayé sur les réseaux sociaux, a largement dépassé les frontières de Saint-Ouen allant jusqu'à faire réagir le chercheur et géopolitologue Pascal Boniface qui, dans un tweet acerbe, a visé directement l'édile de la ville : « On te présente comme l’Obama français, on te dit premier ministrable, tu te vois candidat à la Présidence de la République, et tu finis par un combat contre Master Poulet. Y’a un problème avec tes agences de com’ ».
On te présente comme l’Obama français ,on te dit premier ministrable ,tu te vois candidat à la Présidence de la République et tu finis par un combat contre Master Poulet . Y a un problème avec tes agences de com
— Pascal Boniface (@PascalBoniface) April 25, 2026
Et ironie du sort, juste en face de Master Poulet, une autre enseigne de fast-food du nom de... Burger King est déjà solidement installée, sans avoir déclenché le même niveau de crispation. Une présence qui alimente encore davantage le débat sur la cohérence de la ligne défendue par la municipalité, notamment dans sa manière de sélectionner, encadrer ou contester l’implantation de certaines enseignes commerciales.
"Je veux que toutes et tous puissent accéder à une alimentation de qualité, dès le plus jeune âge."
— Malik Milka (@abdelmalik92) April 25, 2026
Juste en face du Master Poulet https://t.co/m1NYpR74r6 pic.twitter.com/war2MgGVB4
Pendant ce temps, sur le terrain, l’enseigne, qui bénéficie d'un boost de visibilité, continue d’accueillir ses clients, comme pour rappeler que derrière les débats politiques et urbains, la vie commerciale suit son cours... même au cœur des controverses.
