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Bientôt sept nouveaux jours fériés en France ?

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Jérémy Pennors

La proposition ne manque pas de piquant. Mais le jeu en vaut la chandelle pour les insoumis. Et pour cause, le 1er mai, fête internationale des travailleurs traditionnellement chômée, pourrait perdre son statut particulier. Le texte défendu par la majorité entend permettre à certains secteurs de faire travailler leurs salariés ce jour-là, au nom de la relance de l'activité économiqueUne proposition de loi qui concernerait environ 1 400 000 salariés allant des boulangers aux fleuristes, en passant par les commerces de bouche ou encore les cinémas.

Une ligne rouge pour les élus insoumis qui, à l’image du député Thomas Portes, dénoncent une remise en cause d’un acquis social majeur. Dans leur viseur : une logique jugée productiviste, déjà illustrée par de précédentes pistes gouvernementales visant à réduire le nombre de jours fériés pour redresser les finances publiques, comme ce fut le cas en juillet 2025, lorsque le gouvernement Bayrou annonçait vouloir supprimer 2 jours fériés, suscitant dans la foulée une large levée de boucliers dans l'opinion.


Sept dates pour raconter une autre histoire de France

Mais plutôt que de simplement s’opposer, La France insoumise avance une contre-proposition totalement inattendue : enrichir le calendrier de sept nouveaux jours fériés, tous chargés de sens.

Parmi eux, le 16 janvier, en référence à la publication en 1982 de l’ordonnance généralisant la cinquième semaine de congés payés, une conquête sociale majeure, qui n’a, selon le mouvement, connu aucune extension depuis plus de quarante ans.

D’autres dates renvoient à des moments clés de l’histoire sociale et politique : le 4 février pour commémorer l’abolition de l’esclavage votée en 1794 par la Convention nationale. Le 18 mars en hommage à la Commune de Paris et aux victimes de la répression de la Semaine sanglante de 1871, ou encore le 26 juin, en mémoire des ouvriers tués lors des journées de juin 1848, symbole d’une rupture brutale avec l’idéal d’une République sociale.

À cela s’ajoutent des symboles plus larges : le 4 août (abolition des privilèges féodaux en 1789), le 22 septembre (proclamation de la Première République, marquant la fin d’un ordre ancien), et même le 30 juillet, que le mouvement souhaiterait consacrer à l’amitié, érigée en valeur politique à part entière, vecteur de solidarité et d’émancipation collective.

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Plus de repos, mais aussi plus de lien social

Derrière ces propositions, la volonté de contrer les idées reçues : non, les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins, bien au contraire. L’Union européenne compte en moyenne 12 jours fériés par an, contre 11 en France. Des pays comme Chypre en ont 15, et l’Espagne ou l’Autriche 13.

Même en ajoutant les congés payés, la France totalise 36 jours de repos, loin derrière les 44 de l’Espagne ou de Malte. Côté travail, un salarié français effectue en moyenne 1491 heures par an, soit davantage que dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Et si la moyenne hebdomadaire est de 37 heures, un salarié sur cinq dépasse les 48 heures.

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Une bataille politique autour d’un symbole social

Pour les défenseurs des jours fériés, leur rôle dépasse largement le simple repos. Ces journées permettent ce que les sciences sociales appellent le « travail d’à-côté » (bricolage, réparation, entretien), mais aussi le renforcement des liens sociaux. Le temps passé entre amis augmente par exemple de 20 minutes lors des jours fériés.  Des études montrent aussi leur impact collectif : en Allemagne, ils facilitent la synchronisation des temps sociaux, renforçant la cohésion.

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Et contrairement à l’image que l’on s’en fait, certains secteurs bénéficient particulièrement des jours chômés : tourisme, hôtellerie, restauration, commerce de détail. Au Royaume-Uni, on estime que les jours fériés offrent aux petits commerces un « boost moyen » de 253 livres sterling de profits par jour, avec des hausses de ventes pouvant aller jusqu’à 15 % dans des secteurs comme le bricolage, le jardinage ou le mobilier.

Soit autant d'arguments qui pourront être avancés par les syndicats, qui doivent être reçus ce lundi à 18h par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou