[En images] Le rassemblement contre la proposition de loi "sécurité globale"

© Lisa Belkebla pour Le Bonbon

Ce mardi 17 novembre, le projet de loi "sécurité globale" était examiné par les députés. À 18h, un rassemblement était organisé à l'appel de syndicats de journalistes et d’associations de défense des droits humains dont la Ligue des droits de l'homme ou Amnesty International. La mesure à l'étude revient à interdire aux citoyens et journalistes de filmer les policiers en action et empêcherait notamment de documenter les violences policières. Un rassemblement qui s'est terminé par des heurts et... des violences policières. 

« Des milliers de personnes » rassemblées, selon Le Monde, contre le projet de loi "sécurité globale" examiné ce mardi par les députés. Le rendez-vous était donné place Édouard-Herriot dans le 7e arrondissement, pour contester en particulier l'article 24 du projet de loi. Un texte qui prévoit d'interdire la diffusion d'images « du visage ou tout autre élément d’identification » d'un fonctionnaire de police dans le cadre d'une opération de police si cette diffusion a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique »L'infraction à cette loi serait punie d’un an de prison et d’une amende de 45 000 euros. Ce texte est porté par La République en Marche (LREM) et son allié Agir (centre droit et droite) et largement soutenu par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui souhaite durcir le texte en floutant le visage des policiers. 


"Une grave atteinte" au droit de la presse

Souvenons-nous que la France se situe à la 35e place du classement de la liberté de la presse établi chaque année par Reporters sans Frontières et qu'elle risque de dégringoler si ce texte est adopté : de nombreux syndicats de journalistes dénoncent "une grave atteinte" au droit de la presse par la disposition de ce projet de loi, qui modifie la loi fondatrice de 1881 sur la liberté de la presse. Si la mesure n’interdira pas de transmettre les images aux autorités administratives et judiciaires, ce « nouveau délit a pour objectif réel de restreindre le droit des journalistes et la liberté de la presse de manière disproportionnée par rapport à la réalité de la menace », dénoncent les principaux syndicats de journalistes, des fédérations internationales et européennes de journalistes et la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Selon eux, ce texte représente une « réponse clientéliste du ministère de l’Intérieur à la plupart des syndicats de police », estimant que le texte « vise également à empêcher la révélation d’affaires de violences policières illégitimes, souvent dissimulées par la hiérarchie des fonctionnaires en cause ».

À l'appel de plusieurs collectifs, les personnes rassemblées ont choisi de protester contre cet article qui revient à rendre quasiment impossible la diffusion en direct d'images de manifestationsCe rassemblement survient dans un contexte d'état d'urgence sanitaire – synonyme de libertés particulièrement restreintes – mais aussi de défiance envers les forces de l'ordre suite aux nombreuses dénonciations de violences policières ces derniers mois et deux ans après les grandes manifestations des Gilets jaunes. Une pétition pour protester contre ce projet de loi lancée la semaine dernière avait recueilli près de 600 000 signatures. 

Le rassemblement, annoncé comme pacifique par les organisateurs s'est déroulé dans le calme selon plusieurs témoins sur place, dont Lisa Belkebla, journaliste du Bonbon. « Le cortège a stagné de 18h à 20h », explique-t-elle, jusqu'à ce qu'à 20 heures, les forces de police fassent usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule. En marge du rassemblement, vers 21h, des heurts ont éclaté et un policier a reçu un pavé sur la tête tandis qu'une unité a dû se retrancher dans un hall d'immeuble en affrontant un groupement de manifestants. Plusieurs d'entre eux racontent avoir été « pris en étau tout en recevant des gaz lacrymogènes ». 

Ce mercredi matin, la préfecture de police de Paris fait état d'un bilan de 33 interpellations et de dix blessés légers, dont neuf parmi les forces de l'ordre. Plusieurs journalistes ont dénoncé la violence des forces de l'ordre à leur encontre, même lorsqu'ils présentaient leur carte de presse. Certains ont été placés en garde à vue.

 © Lisa Belkebla

© Lisa Belkebla

© Lisa Belkebla

© Lisa Belkebla

© Lisa Belkebla

Pour adoucir votre journée après ces informations et images difficiles, on vous propose de lire ce texte gonflé d'espoir sur le sujet rédigé par l'ex-rédacteur en chef du Bonbon Nuit, Raoul Tarez, présent au rassemblement. 

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