C’est une image rare et spectaculaire : des dizaines de tracteurs ont défilé sur les Champs-Élysées avant de s’immobiliser sous l’Arc de Triomphe. Malgré les barrages policiers, une partie des manifestants a réussi à pénétrer dans la capitale dès le début de la matinée. D’autres convois se sont installés près de la tour Eiffel ou aux portes de Paris, notamment porte d’Auteuil, où des arbres ont été abattus et des feux allumés pour bloquer les accès.
Voir cette publication sur Instagram
Selon le ministère de l’Intérieur, 670 manifestants et 109 tracteurs se sont mobilisés en région parisienne, dont 46 à Paris intra-muros. Conséquence directe : l’autoroute A13 a été fermée en direction de Paris, et la préfecture a ordonné la fermeture de plusieurs accès stratégiques. La RATP a notamment annoncé la fermeture complète de la station Charles de Gaulle – Étoile (métros 1, 2, 6 et RER A), sans arrêt ni correspondance possible.
Voir cette publication sur Instagram
Mercosur, crise sanitaire, revenus : les raisons de la colère
Si la démonstration de force impressionne, la colère, elle, couve depuis des mois. Les agriculteurs dénoncent une situation économique jugée intenable : selon la Coordination rurale, près de 70 % des exploitations seraient en déficit. À cela s’ajoute la gestion très critiquée de l’épidémie de dermatose nodulaire, qui frappe les élevages bovins.
Bekyk hierdie plasing op Instagram
Mais le principal point de crispation reste le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Les syndicats agricoles redoutent une concurrence accrue de produits importés, soumis à des normes environnementales et sanitaires moins strictes. « On est là pour sauver l’agriculture française », résume José Perez, président de la Coordination rurale 47.
Une opposition largement partagée jusque dans l’hémicycle. Il y a un mois et demi, le 27 novembre, les députés de La France insoumise ont ainsi fait adopter à l’unanimité une résolution appelant le gouvernement à s’opposer au projet d’accord de libre-échange avec le Mercosur, jugé néfaste pour l’agriculture française, l’environnement et le climat.
Accord UE-Mercosur : "Il y a moins d'un an, [Emmanuel Macron] qualifiait cet accord d'inacceptable, de mauvais texte. Et maintenant le voilà qui déclare que tout cela va dans le bon sens", estime @MatthiasTavel. Or, "pas une ligne de l'accord n'a été modifié."#DirectAN #Mercosur pic.twitter.com/wHaGGMcm7a
— LCP (@LCP) November 27, 2025
Pression maximale sur l’exécutif, et une suite déjà annoncée
Face à la mobilisation, les syndicats veulent désormais des réponses politiques. Les représentants de quatre organisations agricoles doivent être reçus par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui a été copieusement huée devant le Palais Bourbon avant d’être exfiltrée, un projectile ayant même été lancé en sa direction.
Voir cette publication sur Instagram
Du côté du gouvernement, la FNSEA attend « un signal très fort » de l’exécutif, alors que la France devrait voter contre l’accord Mercosur à Bruxelles. La position finale sera annoncée par le Premier ministre et le président de la République dans les prochains jours. En cas de validation de l’accord par l’UE, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent déjà à une nouvelle mobilisation le 20 janvier à Strasbourg, pour interpeller les eurodéputés et tenter de bloquer juridiquement le texte.
