La hausse a été brutale. En l’espace d’une semaine, les prix des carburants ont bondi en France, atteignant leur plus haut niveau depuis l’été 2022. Selon les données officielles publiées lundi 9 mars, le SP95-E10 est passé d’environ 1,70 € à 1,83 € le litre, soit 13 centimes de plus. Le gazole, lui, a grimpé encore plus vite : +29 centimes, pour atteindre 1,99 € en moyenne.
Dans de nombreuses stations-service, le seuil symbolique des 2 € est déjà dépassé. Selon les remontées de prix en temps réel, environ un quart des stations ayant actualisé leurs tarifs lundi affichaient au moins un carburant au-delà de ce niveau. Cela représente plus de 1 300 stations sur un peu plus de 10 000 dans l’Hexagone.
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Cette flambée est pour l’instant largement liée à un phénomène de panique. Craignant des pénuries, de nombreux automobilistes se sont rués dans les stations ces derniers jours, faisant grimper les prix par simple jeu de l’offre et de la demande.
Un pétrole qui flambe à cause des tensions au Moyen-Orient
Mais la hausse pourrait surtout s’installer dans la durée. Dix jours après le début du conflit au Moyen-Orient, les marchés de l’énergie restent extrêmement nerveux. Le baril de pétrole a bondi de près de 30 % et dépasse désormais les 100 dollars. L’inquiétude se concentre sur le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial et une grande partie du gaz naturel liquéfié.
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Les perturbations dans cette zone clé suffisent à affoler les marchés et à faire grimper les cours. Or, lorsque le pétrole augmente, les prix à la pompe suivent presque mécaniquement. Avec un décalage de quelques jours ou semaines, cette hausse pourrait donc encore se répercuter sur les carburants vendus en France.
Des mesures fortes réclamées
Cette situation place l’exécutif sous pression. Lors de la flambée des prix de l’énergie en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’État avait mis en place des aides exceptionnelles pour les automobilistes, comme la remise à la pompe. Pour l’instant, cette option n’est pas retenue.
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Les pays du G7 envisagent toutefois d’utiliser leurs réserves stratégiques afin de stabiliser les marchés et limiter une flambée durable des prix. En France, les oppositions réclament déjà des mesures fortes. À gauche, La France insoumise plaide par exemple pour un blocage temporaire des prix des carburants, avec l’instauration d’un prix plafond à la pompe.
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Vers un blocage des prix à la pompe ?
L’idée serait d’empêcher les tarifs de dépasser un certain niveau, par exemple autour de 1,70 € à 1,80 € le litre, le temps que la crise énergétique se stabilise. Pour compenser la différence avec les prix du marché, l’État pourrait notamment réduire certaines taxes ou demander un effort aux groupes pétroliers et aux distributeurs. D’autres oppositions avancent des solutions différentes.
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Le Rassemblement national propose plutôt de baisser les taxes sur les carburants, qui représentent une large part du prix payé à la pompe. Une mesure qui permettrait de réduire rapidement les tarifs à la pompe, mais qui entraînerait aussi moins de rentrées fiscales pour l’État, alors même que les finances publiques françaises sont déjà fortement dégradées et que le déficit reste à un niveau élevé.
Un gouvernement pour l’instant attentiste
Le gouvernement, lui, se veut prudent. La ministre déléguée à l’Énergie, Maud Brégeon, a estimé qu’il était « trop tôt pour en parler », tout en assurant que « tous les scénarios » étaient étudiés.
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Malgré ces tensions, les professionnels du secteur veulent rassurer : une pénurie paraît peu probable. La France importe seulement environ 13 % de son pétrole brut du Moyen-Orient et peut s’approvisionner ailleurs, notamment en Amérique ou en Afrique. Reste que si les cours du pétrole continuent de grimper, l’impact sur le portefeuille des Français pourrait être significatif dans les mois à venir.
