Lorsque l’on longe le 30, rue de Beaunier dans le 14e, impossible de se douter qu’au sous-sol, une effusion de couleurs se produit. Dans ce petit atelier, les pelotes de laine chatoyantes forment un alignement parfait avec les créations tuftées accrochées au mur, empilées sur la table ou posées au sol. Des oursons rappelant les célèbres bonbons, des dessous de verre en forme d'œuf au plat ou de fleur… Nous voilà au M Studio, aux côtés d’Andréa Monaco, dans un étonnant monde de créations artistiques et gourmandes dont on doit se retenir de caresser les surfaces tant elles ont l’air douces.

©Jagoda Bartus/ Le Bonbon
Certains tentent de se défaire du numérique, d’autres y trouvent leur vocation. Lorsque Andréa tombe, par le plus grand des hasards, sur une vidéo du tufting, il y a six ans de ça, c’est le coup de foudre. De ceux qui brouillent l’esprit et donnent des papillons dans le ventre. « J’ai eu l’impression de tomber amoureuse, j’y pensais en me couchant le soir et en me levant le matin », confie la jeune femme de 30 ans. Plus de doute : face à une entrée complexe sur le marché du travail, cet art qui emprunte sa dénomination à l’anglais et consiste à tisser de la laine avec un pistolet spécifique, s’illustre comme la révélation tant attendue.
Une vocation discrètement ancrée
On dit que l'on sème dans l'enfance les graines de ce que nous devenons adultes. Il y a alors un fil conducteur discret, une passion ou un centre d'intérêt déjà bien ancré, qui fait que les hasards de la vie sont parfois moins fortuits qu'ils n'y paraissent. Peut-être alors, qu’il était déjà certain que la petite Andréa, déjà passionnée de culture et de musées et désireuse de manipuler les œuvres texturées, s’élancerait dans une profession artisanale une fois la vingtaine atteinte.
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Une décision ambitieuse et pourtant évidente. Sans prendre de cours, ni suivre le moindre tutoriel, Andréa essaie, se trompe, puis recommence. Parce qu’avec le tufting, « à moins de faire un énorme trou dans la création, toutes les erreurs se rattrapent ». À mesure qu’elle tisse ses premières œuvres, l’autodidacte, de nature timide et introvertie se tisse une singulière confiance en elle. Il y a dans cet art un droit à l’erreur que l'on retrouve rarement ailleurs. Et qui dit droit à l’erreur, dit droit d’oser, droit de se lancer. Podcast LSD de France Culture dans les oreilles, elle “tufte” : « Je crée quelque chose et j’écoute d’autres expériences de vie, c’est très introspectif. »
Une passion de la création et de la transmission
Autour d’elle, la décision de se lancer dans l’artisanat et l’entrepreunariat avec toutes les difficultés qu’ils impliquent n’a pas fait l’unanimité. Qu’à cela ne tienne : « Pour la première fois de ma vie, j’étais sûre de moi, je croyais en moi. » Un brin têtue derrière cette apparence si douce ? Probablement. Mais cette hargne discrète et fidèle, est nécessaire pour se faire sa place dans ce domaine.

©Jagoda Bartus/ Le Bonbon
Depuis un an, l’artisane a quelque peu délaissé la création pour devenir professeure. À travers des ateliers, elle enseigne l’art de manier le pistolet — de tufting — à des élèves toujours plus avides de se « reconnecter à quelque chose de plus concret ». Elle partage sa passion et son infinité de possibilités, pousse les gens au maximum de leurs capacités, et en récolte des visages souriants et des cœurs fiers. Combien de pelotes lui faudrait-il pour tisser toutes les idées qu’elle a dans la tête ? On n'essaie même pas de les compter. Elle rêve de monter des collections, de travailler avec des marques, de s’adonner à des créations personnalisées de grande ampleur. Andréa est formelle : sa « passion, c’est créer ». Alors si un jour vous apercevez une pièce entièrement tuftée, ne soyez pas surpris : ce ne sera que le fruit de la créativité d’une artiste qui fait de ses rêves une réalité.
M Studio
30, rue de Beaunier — 14e
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