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Le plus ancien cinéma art et essai de Paris va rouvrir ses portes en 2025

undefined undefined 18 février 2025 undefined 09h30

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Flora Gendrault

C’est l’un des endroits consacrés au cinéma les plus insolites de Paris, et pourtant, les plus jeunes cinéphiles n’y ont sûrement jamais mis les pieds. La Pagode, établissement art et essai de la rue de Babylone, a connu son âge d’or au XXe siècle, avant de tomber en désuétude au milieu des années 2010. À l’époque, un projet de rénovation se met en place, mais les retards et aléas se multiplient. Il aura finalement fallu une décennie pour rafraîchir le seul cinéma du 7e arrondissement ; l’occasion de retracer son histoire, à l’aube de sa réouverture. 

© Loci Anima


Un cinéma érigé sous l’influence du japonisme 

Si La Pagode a un jour été créée, c’est grâce à l’amour porté par François-Émile Morin, directeur du Bon Marché, à son épouse Suzanne Kelsen. Pour lui offrir un cadeau à sa hauteur, à la place d'un hôtel particulier acquis en 1891, il lui fait construire une véritable pagode en plein cœur de Paris. Côté décoration, l’homme d’affaires donne carte blanche à l’architecte Alexandre Marcel : inspiré par le sanctuaire Nikkō Tōshō-gū, un chef d’œuvre du XVIIe siècle situé dans la ville japonaise de Nikko, celui-ci fait venir du Japon des fresques et des tentures. Il deviendra par la suite un grand spécialiste de ce type de bâtiment au style asiatique ; François-Émile Morin, moins chanceux, se fera quitter quelques mois plus tard par sa femme, celle-ci ayant rencontré un autre homme lors d’une réception... dans ce même cinéma. 

© Loci Anima


Des chantiers à la chaîne  

Vous l’aurez compris : de ce mariage raté sera au moins né une nouvelle institution prestigieuse, où les événements autour du septième art se font nombreux et animés. Dans les années 1960, La Pagode devient LE cinéma parisien à la mode, celui dans lequel se rendre pour découvrir les chefs-d'œuvre de la Nouvelle Vague, façonnés par les génies que furent Bergman, Cocteau, Buñuel ou encore Truffaut. Un endroit réputé pour l'originalité de ses deux salles de cinéma et son esprit japonisant, perceptible jusque dans son jardin.

Toutefois, l’édifice est fragile, et connaîtra plusieurs salves de modernisation. En 1973, le jardin (classé aux monument historiques dix ans plus tard) est aménagé, la façade (elle aussi classée en 1990) est nettoyée, et un salon de thé est créé. En 1997, le toit d’une salle menace de s’effondrer : les travaux durent trois ans. Finalement, en novembre 2015, soit quinze ans plus tard, un énième projet de rénovation est enclenché, et La Pagode met la clé sous la porte… Une porte encore scellée aujourd’hui. 


Renaître de ses polémiques 

Mise sur le marché en 2015, l'institution n’est rachetée qu’en 2017 par le magnat de l'immobilier américain et féru de cinéma d’auteur Charles S. Cohen. Son objectif : « Faire renaître le cinéma d’ici trois ans ». Il lui en faudra finalement dix, un retard causé par quelques polémiques, dont la plus marquante naît durant le confinement. Le 11 mai 2020, les arbres du jardin centenaires sont abattus : le ginkgo, le marronnier, le hêtre pleureur ainsi que tous les hauts arbres qui surplombaient l'insolite pavillon, ceci afin de permettre la construction de deux salles en sous-sol… provoquant une large controverse auprès des habitants du quartier de Sèvres-Babylone, ainsi que certains activistes environnementaux. 

Le chantier, dénoncé pour ses atteintes répétées au lieu, enfreignant les mesures de protection légales, est poursuivi coûte que coûte. La Pagode, en plus d'un nouveau jardin japonais et d'un pavillon d’accueil vitré, sera ainsi agrandie avec quatre salles de cinéma, dont une restaurée dans son entièreté. Un chantier qui aura coûté près de huit millions d’euros à Charles S. Cohen. 


Cinéma La Pagode
57 bis, rue de Babylone – 7e
Réouverture prochaine