Who the fuck is Jacque(s) ?

Jacque(s) est vraiment un drôle de personnage. Le seul dans son genre en tout cas. En découvrant son EP Tout Est Magnifique, on  s'imaginait - au mieux - un producteur techno un peu original, on avait déjà en tête les artistes à qui on allait le comparer, les questions qu'on allait lui poser... Jusqu'à tomber sur ses clips totalement improbables, ses conférences TEDx sur les chemins de la confiance, son univers entre Salut C'est Cool et le Dalaï-lama, ou ses recherches en quête du vortex. En creusant un peu, on se rend compte que la musique de Jacque(s) n'est que la partie immergée de l'iceberg, une vitrine. Finalement il fait plus penser à un gourou spirituel qu'à un producteur techno. Un gentil gourou.

 

Fils d'une prof de yoga et d'un père musicien (Sébastien Auberger, qui a connu un certain succès dans les années 80), le garçon à "calvitie inversée" aime autant la musique que la méditation. « Mes parents m'ont évidemment beaucoup appris, je suis un peu un mélange des deux. D'ailleurs c'est eux qui ont trouvé mon blaz'. » Entre deux lives, il s'exile régulièrement pour aller méditer en Inde ou en Suisse, loin des excès et des tentations de la capitale : « Ce qui se passe en ce moment sur la scène techno parisienne, je trouve ça cool mais c'est une quête de plaisir immédiat. Moi je suis plus en quête d'équilibre. Là je sors plus trop, j'ai tout arrêté : l'alcool, la clope, le café...  J'essaie de ne pas créer de désir. L'équanimité, on appelle ça » ("égalité d'âme, d'humeur, est une disposition affective de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable", selon l'ami Wiki).

 

Originaire de Strasbourg, Jacque(s) monte avec des potes le collectif Pain Surprises et déménage à Paris : « Le principe c'est que chacun projette ses ambitions dans le collectif et sur les autres, c'est à double tranchant d'ailleurs. » Quelques soirées de déglingue, des concepts originaux, et puis BINGO : fraîchement auto-proclamé label, Pain Surprises signe son premier gros succès : le groupe Jabberwocky, qui squatte le top 5 des ventes avec son morceau Photomaton, jusqu'à atterrir dans une pub Renault. « Ça a bien marché, on a trouvé des investisseurs assez vite, on a même pu organiser des soirées sur les Champs-Elysées. C'est un peu mon côté clean, présentable. »

 

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Ironie du sort, alors que ELLE et Glamour s'excitent au sujet de ce nouveau collectif qui a signé le groupe du moment, Jacque(s) s'adonne à une tout autre activité : l'ouverture de squats.  Certains se rappellent encore des jams sans fin et des nuits blanches dans ces anciens locaux de la RATP sur la petite ceinture : « On était dans un vortex créatif sans fin, c'était fou. J'en reviens pas de ce qui s'est passé là-bas, j'y suis toujours un peu dans un coin de ma tête. D'ailleurs on y a tourné un documentaire. » (Chroniques d'un squat). Inévitablement, les nouveaux tenants du lieu se font déloger. Jacques et sa bande en rouvrent un au cœur des puces de Saint-Ouen, le Wonder. « C'est ma facette un peu plus alternative, je suis allé chercher ce que je ne trouvais pas dans Pain Surprises. Le fonctionnement d'un squat c'est le contraire d'un collectif : c'est une émulation autour d'un lieu, et puis quand ça ferme il n'y a plus personne. » D'ailleurs ça fait bien longtemps que Jacque(s) s'est affranchi des problèmes de loyer et de caution parentale  : il investit et vit dans des squats depuis son arrivée à la capitale.

 

On a du mal a ne pas aborder la question capillaire, tant sa coiffure fait parler d'elle et, bien souvent, le caractérise (« mais si tu sais le gars qui fait de la techno avec des vrais bruits, celui avec la coiffure de moine inversé ») : « On vit dans un monde hyper sensible à l'apparence, cette coiffure c'est une sorte d'humilité... comme un col Mao. En fait ça s'est fait progressivement, j'ai tout rasé et puis pour rigoler j'entretenais juste sur le haut du crâne du coup ça repoussait sur les côtés, et c'est resté, voilà. Ça constitue un moyen facile de m'aborder vu qu'on peut pas ne pas le voir, c'est un ressenti immédiat. Je préfère qu'on me pose des questions là-dessus plutôt qu'on me demande ce que je fais dans la vie, ce genre de trucs. » Justement, en ce moment la vie du garçon est pas mal occupée par la musique, surtout depuis la sortie deTout Est Magnifique, son tout premier quatre titres qui a déjà pas mal fait parler de lui et qu'il vient de défendre en live aux dernières Transmusicales. « Au début mon projet techno c'était un truc que je faisais pour me marrer, puis petit à petit c'est devenu mon projet principal, donc je me suis dit qu'il fallait que j'aille le défendre en live. Je me suis fait un clavier un peu comme celui qu'ils devaient utiliser dans Friends, avec des bruits d'animaux, de verre qui se casse, et tous les autres sons qu'on entend dans l'EP. Et à côté j'ai ma guitare, mes machines... » Un concert de Jacque(s) implique très souvent la participation du public, à qui il demande de ramener des objets, n'importe lesquels, pour faire du bruit et l'intégrer directement dans son live. « La dernière fois que j'ai fait ça, il y avait 800 personnes, dans un bar qui peut en contenir 40, c'était dingue. Ça fait partie de mon délire de faire quelque chose d'interactif, je veux garder une certaine forme de proximité, faire en sorte qu'il se passe vraiment quelque chose quoi ! La scène, j'en fait depuis que j'ai 14 ans que ça soit au théâtre ou avec les groupes que j'ai eus avec mes potes. » Dernièrement, le gourou transversal a intégré le mystérieux Centre National de Recherche du Vortex et s'adonne à de curieuses expérimentations, notamment dans une série de vidéos dans lesquelles il défenestre des fenêtres ou balaye des balayettes. Un drôle de personnage, on vous dit.