Cigarette électronique : état des lieux d'une polémique

« Le meilleur ato MTL pour vous c’est ? Et en DL ? » « Dvarw en mtl et 2k18 en dl restrictif pour moi. » « Pour le Mtl sans hésiter le PRECISIO sorti depuis peu et pour le DL incontournable Taifun GT4. »  Si vous avez l'impression qu'on vous parle chinois, c'est tout à fait normal. Vous n'assistez pas à une conversation entre fans de tuning mais à un échange sur le groupe d'entraide Facebook Vape Addiction, qui compte plus de 2 000 membres.

Chaque jour, des adeptes de cigarettes électroniques (vapoteurs, pour les intimes) échangent des conseils sur leur matériel. Ici, "ato" désigne l'atomisateur – l'un des composants de la vapoteuse, une résistance qui chauffe le liquide et envoie la fumée lorsque le consommateur tire dessus – le sigle M.T.L. correspond à Mouth To Lungs (de la bouche aux poumons) renvoyant à une inhalation indirecte, en deux temps, comme avec la cigarette classique. Le "D.L" pour Direct Lungs (directement aux poumons) est plébiscité par les vapoteurs expérimentés, produisant plus de fumée. 

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Et si jargon il y a, c'est que le marché de la cigarette électronique en France est florissant : troisième marché mondial après les États-Unis et le Royaume-Uni, l'Hexagone a vu les ventes de e-cigarettes augmenter de 17% en 2017 et 21% en 2018. Le site du salon Vapexpo, qui se tiendra du 5 au 7 octobre prochain à Paris-Nord Villepinte affiche souhaiter « avant tout contribuer à la promotion d’un "service d’utilité publique" : la Vape », qualifiant le procédé de « formidable outil de sevrage tabacologique ».

De l'autre côté, aux États-Unis, les autorités sanitaires recensent douze décès et plus de huit cents sujets présentant des pneumopathologies liées au vapotage. Cependant, l'usage de la e-cigarette aurait été détourné puisque la plupart des recharges de cigarette électronique concernées contenaient du THC (le principe psychoactif du cannabis) : les usagers auraient acheté des recharges sous le manteau ou sur Internet pour vapoter comme sur un joint. 

Pourtant, les effets de la cigarette électronique sur le long terme demeurent inconnus : plusieurs études sont en cours, dont une en France mais rien ne permet pour l'heure d'affirmer que la e-cigarette ne présente aucun effet néfaste sur le long-terme. 

Anatomie d'une meurtrière présumée 

Jetons un rapide coup d'œil aux composantes de notre vapoteuse : une batterie qui alimente l’atomiseur, qui contient lui-même une résistance qui vaporise le liquide. L’on trouve ensuite le réservoir contenant le liquide, le liquide et un embout buccal qui permet d’inspirer la vapeur sortant de l’atomiseur. La batterie est constituée d'un ou de plusieurs accumulateurs dans un bloc et équipé d'un module électronique de régulation et de protection.

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Concernant le recyclage des cigarettes électroniques, deux modes opératoires : pour les batteries avec accumulateur intégré, elles vont à la déchetterie dans des bacs prévus spécialement pour les batteries au lithium-Ion (pas encore mis au point sur l’ensemble du territoire, la plupart des bacs existants étant prévus pour les batteries au plomb). Pour les rechargeables, c’est direction la poubelle à piles que vous trouverez chez les commerçants. Les flacons contenant les liquides ne sont pas recyclables du fait de leur contact avec la nicotine.

Chronologie de la vapoteuse

La première e-cigarette est mise au point par un dénommé Herbert A. Gilbert, qui pose en 1965 un brevet sur le schéma d'une cigarette électronique « remplaçant le tabac et le papier par de l'air chauffé et aromatisé ». S’il fut approché par plusieurs sociétés souhaitant la fabriquer dans les années 1960, la dangerosité du tabac n’était pas encore popularisée et elle ne fut jamais commercialisée.

C’est en Chine qu’a été rendu public le le premier dispositif simulant l’utilisation d’une vraie cigarette, inventé par un dénommé Hon Lik. Cet ancien pharmacien et ingénieur chinois dépose un brevet en 2005 pour une « cigarette sans fumée à pulvérisation électronique ». Il s’était déjà associé avec une société chinoise pour commercialiser sa cigarette électronique en Chine l’année précédente. D’ailleurs, la plupart des vapoteuses sont pour la plupart fabriquées en Chine, dans des usines situées à Shenzhen et Hong Kong. Pour la version DIY, il existe quelques modèles développés et fabriqués en petites séries en Europe et en Amérique.

Au début des années 2010, les e-cigarettes débarquent en France. Leur commercialisation est encadrée en 2013 selon un accord entre les États membres de l'UE pour un commerce en vente libre ou, pour les États considérant la cigarette électronique comme un médicament (de type substitut nicotinique), l'autorisation leur est donnée de poursuivre leur vente en pharmacie. 

La même année, l'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas recourir à la cigarette électronique « dont la sécurité et l'efficacité en matière de sevrage tabagique ne sont pas démontrées, et qui peut induire une dépendance à la nicotine chez les non-fumeurs ». L’année suivante, l'organisation publie un document dans lequel elle recommande d'interdire la cigarette électronique aux mineurs et le vapotage dans les espaces publics fermés.

En parallèle, le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) considère déjà depuis 2016 que la cigarette électronique est une aide pour arrêter ou réduire la consommation de tabac : « Si vous arrêtez totalement de fumer du tabac en utilisant à la place une cigarette électronique contenant de la nicotine, vous réduisez les risques de développer des maladies graves, comme les cancers. » L’efficacité directe n'étant pas démontrée, même si l'INPES estime aujourd'hui que 400 000 personnes ont arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique en France. Si les chiffres sont encourageants, Tabac Info Service rappelle « qu'en remplaçant la cigarette ordinaire, la cigarette électronique réduit voire supprime les risques de maladies graves comme le cancer. Elle est donc beaucoup moins nocive que la cigarette classique, même si d’autres risques seront peut-être identifiés dans les années à venir. »

Plusieurs études sont actuellement en cours pour connaître les effets du procédé sur le long terme, dont une en France : en mai dernier l’APHP (Assistance Publique Hopitaux de Paris) a lancé une étude nationale pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique sur l'arrêt du tabac en le confrontant à un autre médicament : la varénicline (Champix). Cette étude est en cours, jusqu'en 2021. 

Si en France, le marché est en plein essor, le son de cloche est différent aux États-Unis, tout comme les usages et surtout, les usagers. Dans l'Hexagone, 98% des usagers de la e-cigarette sont des anciens fumeurs selon l'INPES (l'Institut National de la Prévention et de l'Education pour la Santé) et représentent entre 1,2 et 1,5 millions de personnes. Aux États-Unis, un lycéen sur quatre vapotait en 2019 contre un sur cinq l'année précédente, et certains n'avaient jamais fumé de leur vie. Les autorités sanitaires américaines recensent en septembre 12 décès et 805 cas probables ou confirmés en lien avec la cigarette électronique.

La cigarette électronique, outil de sevrage tabacologique avéré ou procédé risqué ?

En conséquent, les politiques se durcissent au fur et à mesure : le 11 septembre dernier, Trump annonçait interdire les cigarettes électroniques aromatisées au niveau fédéral pour lutter contre la popularité de ces vapettes dans les collèges et lycées du pays.

Le 24 septembre, le gouverneur du Massachussetts déclarait l’État d’urgence sanitaire et le Massachussetts devenait le premier État américain à interdire (temporairement) la vente de toutes les cigarettes électroniques, jusqu’au 25 janvier 2020. Le Michigan et New York avaient précédemment suspendu la vente des produits aromatisés. En cause, les maladies pulmonaires grave liées à l’usage de la e-cigarette et les produits vapoteurs au cannabis. De son côté, San Francisco est la première grande ville américaine à interdire la vente de toutes les cigarettes électroniques à l’horizon 2020. À quelques centaines de kilomètres, des chercheurs de l'université de Californie à Riverside (États-Unis) ont annoncé le 27 septembre dernier avoir découvert des métaux toxiques dans les vapeurs émises par certains modèles d'e-cigarettes, dont les batteries et les atomiseurs sont plus puissants et les réservoirs de plus grande capacité. 

Le 19 septembre dernier, Time Magazine faisait du vapotage sa couverture, titrant « The new american addiction ». Parmi les sujets abordés, le cas de Juul, l'entreprise « au centre de l'une des plus grosse crises à laquelle fait face l'Amérique : la hausse brutale de la consommation de cigarettes électroniques chez les adolescents et les jeunes adultes » ; le fabriquant de cigarettes électroniques, contrôlant 50% du marché est accusé d'avoir employé des méthodes douteuses (dans la lignée du géant Big Tobacco) pour se faire connaître, à grands renforts de marketing agressif et de placement d'allégations santé implicites au centre de son business plan, arguant la nocivité plus faible que la cigarette classique. Si la marque s'en défend, face à la crise que traverse le secteur depuis plusieurs semaines, le PDG de Juul, Kevin Burns, a annoncé sa démission. Il sera remplacé par KC Crosthwaite, ex-directeur de la croissance chez Altria, fabricant de Marlboro.

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To a remarkable degree, a single company is front and center in one of the biggest public-health crises facing #America: the sharp rise in vaping among #teenagers and young adults. In 2018, 30% of the nation’s 12th-graders reported #vaping nicotine at least once in the past year, according to a January 2019 study sponsored by the National Institute on Drug Abuse. The study said the increase in vaping last year was “the largest ever recorded for any substance in the 44 years” that it has tracked adolescent drug use. Though #Juul is not the only e-cigarette for sale in the U.S., it is largely blamed for the vaping explosion and controls about 50% of the market, putting a sharp focus on the company. Juul’s rapid growth has been accompanied by remarkably little oversight or regulation, reports Jamie Ducharme. And while there is a legitimate debate over whether e-cigarettes are safer for adult smokers than traditional cigarettes, and whether they can help addicts quit smoking, critics argue that Juul has assiduously followed Big Tobacco’s playbook: aggressively marketing to youth and making implied health claims a central pillar of its business plan. Juul, which says that it does not make #health claims and that it has never marketed to youth, maintains that it is not Big Tobacco 2.0. In eight months, unless e-cigarette companies can prove to the FDA that vaping is “appropriate for the protection of public health,” the products could be pulled from the market. That would curtail youth use, but some fear it could also cut off adult smokers’ access to a potentially beneficial product. Read this week's full cover story at the link in bio. Photograph by @jamiechungstudio for TIME; animation by @brobeldesign

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Si aujourd'hui, il est impossible de tirer des conclusions définitives (les usages et les effets de la cigarette électronique sont radicalement différents en France et aux États-Unis), certains pays comme l'Inde ont choisi d'éradiquer purement et simplement le problème en interdisant toute forme de vapotage. En France, selon les témoignages que nous avons recueillis, la vapoteuse est devenue un véritable objet de collection d'avantage qu'un outil de sevrage tabagique. Cet effet "cool" et ludique s'accentue avec la multiplication des revendeurs et le flou sanitaire autour des effets à long terme du dispositif. Prochaine étape : en 2021, quand les résultats de l'étude française paraîtront et nous permettront de savoir si, oui ou non, la cigarette électronique a un véritable impact sur l'arrêt de la cigarette classique ainsi que des conséquences sur notre santé.

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