Moi Non Plus : la flamme Gainsbourg et Bardot ravivée sur les planches

  • La Rédac'
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  • Publié le 30 Janvier 2018 à 17h29

Décembre 1967. Brigitte Bardot, sex-symbol ultime de sa génération, rejoint secrètement au crépuscule Serge Gainsbourg dans un palace parisien. Cette nuit restera gravée dans l’imaginaire collectif comme la genèse d’un amour impossible et foudroyant ; une union mythique qui laisse surtout une empreinte musicale indélébile dans l’œuvre de l’homme à tête de chou.


« Fais en sorte que ce soit joli, parce que Serge et moi, c’était très joli. »
 Voici la délicate supplique émise de la bouche d’une certaine BB à l’attention de Philippe Lellouche, lorsqu'il lui annonce qu'il va mettre en scène son idylle avec Gainsbourg. Moi Non Plus raconte l’incendiaire liaison entre Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg. Elle est une des plus grandes icônes du cinéma français, il est auteur-compositeur de génie et commence à avoir sacrément le vent en poupe. « Ecris-moi la plus belle des chansons d'amour », exige l'actrice du compositeur. C’est le début d’une histoire d’amour qui attisera la curiosité et le fantasme du Tout-Paris.

Ouverture de rideau. Notes de musique, piano à queue : une fumée opaque s’échappe avec volupté de la gueule cassée qui taquine les touches noires et blanches. Gainsbourg et Bardot construisent leur mythe sous nos yeux dans un huis clos imposé par cette nuit d'amour planquée dans un hôtel parisien. On suit avec amusement les allers-retours, du lit au piano, d'un des couples les plus énigmatiques des années 60. « Je vais et je viens entre tes reins. » Les va-et-vient, les disputes, les déclarations d’amour : on les traverse sans répit. Au-delà de la reconstitution de ces moments permise grâce au travail de documentation très fourni de l’auteur Bertrand Soulier, on assiste aux premières notes ; aux prémisses d’un duo aussi improbable qu’érotique. « Si bémol c’est BB ? » Mathilde Bisson est espiègle à souhait, armée de sa diction tantôt agaçante, tantôt joliment juvénile ; elle se joue à merveille de la beauté candide de la muse Bardot. Gainsbourg raconte à la comédienne l’histoire de Bonnie and Clyde, ces ennemis publiques flamboyants, véritables « Roméo et Juliette dans un genre de western moderne ».

Jérémie Lippmann est bluffant de ressemblance, surtout quand il envoie ses petits mouvements de poignet avec le doigt levé vers le ciel, gestuelle hautement nonchalante du grand Serge. Ses épaules, sa voix, ses gestes se fondent dans un mimétisme troublant. On observe tout le mal-être et le charisme concentré dans la même personne lorsqu'il entame ses envolées lyriques empruntes d’effluves d’alcool. Des mots imbibés de whisky, de poésie et de passion. Il parle de ses compositeurs préférés, de Dvorak qui lui inspirera par la suite l’hommage à sa blonde avec le titre Intials BB. 

En une seule nuit, Je t’aime moi non plus et Bonny and Clyde sont composés. Le premier morceau, ode à un amour dévorant sur fond d’orgasmes d’anthologie, fuite à la radio sur Europe 1 et provoque le scandale. Eh oui, la sublime Brigitte Bardot est tout de même mariée à Gunter Sachs, un puissant homme d'affaires allemand. France Dimanche qualifie même la chanson de « 4 minutes 35 de râles et de cris amoureux ». Brigitte demandera à Serge de retirer la chanson des ondes, il le fera. Et cela scellera d'une certaine façon leur destin. Grâce aux acteurs et à la mise en scène, on est pleinement immergé dans la confection d’une œuvre, d’un amour exceptionnel, « comme la vague irrésolue » d'une union qui côtoie l'immortalité. 


Moi Non Plus
au Théâtre de la Madeleine

Du mardi au samedi à 19h
Une pièce de Bertrand Soulier
Mise en scène de Philippe Lellouche
Avec Jérémie Lippmann et Mathilde Bisson

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