À l’aube des années 1970, le milieu lyonnais est déjà solidement installé et certains réseaux prospèrent notamment grâce au proxénétisme. La Presqu’île et les quais du Rhône deviennent alors des territoires particulièrement lucratifs pour la pègre locale. Parmi les figures qui dominent ce milieu, Jean Augé, surnommé le « Pacha », est présenté comme l’un des grands parrains de Lyon.
Mais une nouvelle génération de voyous va bientôt faire passer le banditisme lyonnais à la vitesse supérieure. En 1970, Edmond « Momon » Vidal et plusieurs complices forment le Gang des Lyonnais, une équipe spécialisée dans les braquages spectaculaires. Leur coup le plus retentissant intervient en 1971 à Strasbourg, avec un butin de plus de 11 millions de francs.

Le Gang des Lyonnais, le groupe de malfaiteurs le plus célèbre de l'histoire criminelle de Lyon.
Le « Shérif » face à la pègre lyonnaise
Face à cette montée de la criminalité, le juge d’instruction François Renaud décide de s’attaquer frontalement au milieu lyonnais. Avec son allure atypique et sa détermination, il gagne rapidement le surnom de « Shérif ». Ses investigations le conduisent notamment sur les réseaux de proxénétisme et sur les liens supposés entre grand banditisme et sphère politique.

Le magistrat François Renaud, 1er juge d'instruction du Palais de Justice de Lyon, enquêtait sur les liens supposés entre le grand banditisme et le pouvoir politique - © Maxppp
Son acharnement finit par faire de lui une cible. Dans la nuit du 2 au 3 juillet 1975, François Renaud est abattu par plusieurs hommes alors qu’il rentre chez lui dans le 3e arrondissement de Lyon. Son assassinat provoque un véritable séisme national : jamais, depuis la Libération, un juge en exercice n’avait été tué en France.
Le drame qui scelle le mythe « Chicago-sur-Rhône »
La mort du juge Renaud propulse définitivement Lyon au cœur des récits sur le crime organisé en France. L’affaire, officiellement restée non élucidée pendant des décennies, nourrit les interrogations sur les rapports entre la pègre, certains milieux politiques et les institutions. À la fin des années 1970, les arrestations du Gang des Lyonnais et la disparition de plusieurs figures du milieu marquent progressivement la fin de cette époque. Le surnom « Chicago-sur-Rhône » finit alors par rejoindre l’histoire sombre de Lyon.
Aujourd’hui, cette décennie continue pourtant de fasciner. Quais du Polar, ouvrages, documentaires et balades urbaines entretiennent la mémoire de cette ville où le crime organisé avait pris une place considérable. Une autre facette de Lyon, beaucoup plus sombre, mais désormais solidement ancrée dans son patrimoine historique.
