Coup de gueule : les déchets de la honte sur les quais du Rhône

Reine Ramon

Une série de photos publiée sur les réseaux sociaux montre les quais du Rhône jonchés de déchets chaque matin après le passage des fêtards qui s’y retrouvent chaque soir. Face à cet affligeant spectacle, on a été pris d’une vague d’émotions qu’on ne pouvait garder en nous et qu’on a été forcé d’extérioriser dans cet article.

Inadmissible. S’il fallait résumer les photos de l’état des quais du Rhône chaque soir après le passage des centaines de fêtards qui s’y agglutinent, ça serait sûrement ainsi. Après deux mois de confinement, deux mois durant lesquels on s’est extasié devant la nature, la faune, la clarté de l’eau des fleuves et rivières et la douceur de l’air, voici que l’être humain retrouve son pire visage. Chaque nuit et matinée, les quais du Rhône (et de Saône aussi mais à un degré moins frappant) se retrouvent couverts de déchets, de packs de bières, de verre cassé, de sacs plastique, de canettes et de restes de frites du McDo. Une situation qui n’est absolument pas acceptable.

Car en plus de révéler un manque de civisme, d’éducation et savoir-vivre extrême, ce genre de comportement est aussi et surtout la triste preuve qu’une partie d’entre-nous ne changera jamais, qu’importe les évènements qui chamboulent notre quotidien et nous rappellent que notre passage sur Terre est aussi court que prépondérant pour les générations futures. Face à ces images choquantes, le sentiment qui prédomine est évidemment la honte. La honte d’être humain, la honte de devoir porter la responsabilité de ces actes évidemment malveillants mais aussi la honte de cohabiter avec des personnes que nous ne comprendrons jamais tant ils sont incompréhensibles et impardonnables.

Une ou deux questions demeurent cependant dans nos esprits. Pourquoi et comment ? Pourquoi l’être humain agit-il ainsi et comment peut-il avoir le manque de conscience nécessaire pour ne pas revenir sur ses pas et ramasser ne serait-ce que ses propres déchets avant de rentrer cuver dans ses draps ? Le je-m’en-foutisme extrême de certains est sans doute la principale réponse à ces questions. Mais les autorités ont aussi leur rôle à jouer dans cette guerre qui semble perdue depuis longtemps.

Quelles solutions au fléau de l’incivisme ?

Dans un premier temps, il s’agirait d’arrêter de considérer que l’Homme est un être digne de confiance. L’Histoire et les déceptions répétées ont malheureusement prouvé que la conscience humaine n’était pas développée de la même manière chez tout le monde. Beaucoup ne sourcillent pas le moins du monde au moment de dégrader ce qui les entoure et y laisser une trace répugnante pendant que d’autres passent leur vie à tenter de réparer les erreurs de la majorité et sauver la dignité de notre espèce. Oui, ça part très loin dans la philosophie mais, encore une fois, il faut que ça sorte.

Ensuite, l’assistanat exacerbé de notre société est aussi une explication à ces comportements. Une explication absolument pas rationnelle mais une explication quand même. Car le véritable problème, c’est que 10 minutes après que ces photos aient été prises, les quais sont redevenus impeccables. Merci aux services de nettoyage de la ville. Heureusement qu’ils sont là pour nous autoriser à vivre dans une ville saine et propre alors que la vérité est bien plus douloureuse. Mais si chacun d’entre-nous se retrouvait face à ses responsabilités en devant ramasser ses déchets qui ne le seront pas sans ça, la donne pourrait éventuellement changer. Dans ce genre de situation, un excès d’autorité de nos classes politiques serait de rigueur pour punir et sermenter les serial-pollueurs qui pullulent dans les rues.

Nous qui cherchons sans cesse à mettre notre ville en valeur, à la glorifier auprès des touristes et des visiteurs, à montrer au monde à quel point Lyon est belle, lumineuse, historique, variée, gourmande, festive, hyperactive, culturelle et on en passe…nous nous retrouvons sans mot face à un tel spectacle. Devant la triste réalité reflétée par ces images, le sentiment viscéral qui s’empare de nous est indescriptible. Aujourd’hui, on ressentirait presque de la honte d’appartenir à cette ville, de cohabiter avec des personnes capables de ce genre de choses et d’être surtout mis dans le même panier que ceux qui n’aiment manifestement pas suffisamment Lyon, la France, l’Europe et le monde pour lui montrer la marque de respect la plus évidente et minimale qui soit. Aujourd'hui et pour l'une des toutes premières fois, nous avouons avoir honte d'être lyonnais. Pour nous et bien d'autres, Lyon est l'une des plus belles villes du monde. Mais pour d'autres, elle est la poubelle ville du monde (le jeu de mots se veut volontairement aussi pourri que les comportements décrits). Si le manque de civisme et de solidarité était une épidémie, une sacrée partie d’entre-nous finirait sa route. Et le plus triste dans tout ça, c’est que la planète s’en porterait beaucoup mieux…

© Photos : Reine Ramon

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