Comment Game of Thrones est passé de l'excellence à la déception

S’il y a bien une dernière chose à dire avant la sortie du tout dernier épisode de la série phare Game of Thrones, ou du moins à retenir, c’est celle-ci : on ne vous dira pas merci. Si une faible majorité des fans de Westeros chantent en chœur les louanges du show américain et la tristesse de n’avoir plus qu’une semaine à en profiter, beaucoup (trop) de personnes restent sur leur faim. Explications.


On ne dira pas merci à D.B. Weiss et David Benioff
, créateurs du divertissement fantasy de HBO. On pourrait. On ne le fera pas. On les remerciera pour cette belle découverte en 2011, lorsque retentissaient pour la première fois le désormais célèbre générique et sa musique. Un casting de rêve, une bande-son au poil, des décors incroyables… Et une histoire à en perdre ses cheveux. Au fil des saisons (du moins les premières), on les remerciera de nous avoir vendu du rêve, de nous avoir fait rire, pleurer, peur et angoisser.

Et puis il y a eu la mort de Jon Snow. Puis sa résurrection. Le destin de ce héros déchu qui n’en finira plus de rater ses exploits, à tel point qu’il en devient une simple figure politique, est à l’image du déclin de la série. Dépourvus de leur valeureux guerrier, les scénaristes doivent imaginer de nouvelles têtes à mettre en avant, faire revenir d’anciens personnages sur le devant de la scène et justifier leurs actes en mentionnant des épisodes antérieurs "prémonitoires" (i.e. dans l’épisode 6 de la saison 3, Arya avait déjà rencontré Melisandre et cette dernière lui avait fait la même prédiction que dans la dernière saison).

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Pas contents, pas contents, pas contents

Le verdict est sans appel : nombreux sont ceux qui pensent que « c’était mieux avant »… et pas à tort. Première raison : l’auteur des livres A Song of Ice and Fire dont la série est adaptée, G.R.R. Martin, n’a jamais fini de les écrire. Depuis quelques saisons, les scénaristes de HBO sont orphelins d’histoires et sont obligés de créer la leur. Si bien que l’on s’éloigne peu à peu des livres, à tel point que de nombreux points ne seront jamais abordés par la série. Au milieu d’eux, un arc qui aurait pu/dû changer pas mal de chose : celui de Tyrion Targaryen – le nain préféré des fans serait en réalité le fils du Roi Fou Aerys II et Joanna Lannister, victime d’un viol, faisant de lui l’héritier légitime du trône de fer, devant Jon Snow, son (prétendu) neveu et Daenerys, petite sœur.

Pour pallier leur nouvelle indépendance et éviter l’essoufflement, les scénaristes partent dans des délires sombres, allant jusqu’à créer de l’inceste là où on n’en aurait pas voulu (les deux jumeaux ont déjà bien assez donné, et même s’il s’agit d’un sport national à Westeros, ce n’est pas une raison). L’argument nécessaire au respect de leur choix ? G.R.R. Martin aiderait (ou aurait aidé) les bourreaux de la série à faire des choix scénaristiques. Le fait est qu’il n’a véritablement participé qu’à quelques épisodes sur toute la série, et qu’il découvre chaque semaine comme nous (avec une pointe d’ébahissement) le carnage.

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Westeros ou l’île de Lost (et des dragons)

Résultat : une saison finale réservée au dénouement et au fin mot de l’histoire qui nous laissera finalement sur notre faim. Six épisodes, trop courts pour en dire suffisamment et trop longs sur des détails qui ne nous intéressent pas tant. La différence entre le GoT des débuts, où livres et génie de production s’entremêlent pour faire de cette série un incontournable du petit écran, et celui de la fin, où les scénaristes ont dû mettre en jeu leur imagination, est flagrante.

Victime de son succès, la série tient trop à cœur des éléments commerciaux qui fonctionnent auprès du grand public mais déçoivent les vrais fans. Pour preuve, un sondage interne à la rédaction du Bonbon a suffi à trancher : seule une personne estime que l’épisode 5 de la dernière saison était « trop bien ». Sur Internet, les avis divergent, mais depuis le pétard mouillé de cette dernière semaine, la majorité tend de plus en plus vers le #RendezLArgent.

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Les théories n’ont jamais été aussi nombreuses et aussi foireuses qu’aujourd’hui. Chaque semaine depuis la mi-avril voit son lot de conneries défiler sur le net, sans que personne n’ait raison. [SPOILER : Qui aurait cru qu’Arya tuerait le Night King ? Qui aurait cru que Cersei mourrait comme une merde sous un effondrement de briques ? Qui aurait cru qu’il y aurait un cheval blanc ?] Seulement voilà, les théories, c’est bien beau, mais laissées sans réponse, elles n’ont de saveur que l’amertume en bouche de ceux qui les fondent. On se souvient encore de la sortie de la saison 6 de Lost, autre promesse mal tenue des scénaristes américains ; on y attendait toutes les réponses à nos questions, on n’y trouvera que déception. 


Ce dernier mot, "déception", est tout ce que l’on retiendra de cette fin de série. Si les images, la musique, les décors ou la post-prod – et j’en passe – ont gardé leur qualité d’antan (chapeau bas pour l’épisode de la bataille de Winterfell) voire se sont même améliorés, il manque le fond. L’histoire est bâclée, des personnages meurent sans que l’on s’en préoccupe vraiment (a contrario des saisons précédentes où même la mort d’un pauvre soldat pouvait nous perturber). Trop habitués au massacre ? Ou peut-être habitués à un véritable massacre ? Ce qui, malgré tout ce que vous pourrez en dire, n’était pas le cas dernièrement. Le peu de logique dont faisait preuve GoT a disparu, les scénaristes sont lessivés et doivent attendre aussi impatiemment que nous, la semaine prochaine, QU’ON EN FINISSE.

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