5es Hurlants : un spectacle poétique de haute volée

© Georges Ridel

Avec 5es Hurlants, La Scala nous propose une fois de plus un spectacle qui détonne, mêlant cirque et danse, comique et drame. Un spectacle coup de poing qui, par le mélange des genres, nous entraîne dans un voyage mimant la vie dans toute sa complexité et sa beauté. Vous l'avez compris, il est à découvrir absolument !

Danse & cirque : une fusion féconde

Raphaëlle Boitel, danseuse circassienne, chorégraphe et metteure en scène (entre autres !), rend un hommage profondément touchant et poignant au cirque, et plus particulièrement à Annie Fratellini, première femme clown avec qui elle a eu la chance de travailler. Hommage dont on mesure l'intensité et l'ampleur tout au long du spectacle, mais dont le point d'orgue se trouve à la toute fin, lorsque les 5 danseurs et danseuses de la Compagnie L'Oublié(e) endossent des costumes originaux de l'Académie Fratellini.

Nous prenons place, les lumières s'éteignent, la salle est noire. Puis un projecteur apparaît, se balance sur la scène, éclairant des zones d'ombre, vides. Le temps est comme suspendu. Nous nous croyons sur un tournage : les projecteurs, perches et autres accessoires déambulent sur scène, au même titre que les 5 danseurs qui surviennent alors sur les planches et les deux membres de l'équipe technique qui interagissent avec eux. S'ensuivent des scènes collectives et des tableaux de solos sur des airs de musique classique bouleversants.

Des tableaux qui nous plongent, grâce à des jeux de lumière qui ne sont pas sans rappeler les clairs-obscurs du Caravage, dans les profonds contrastes de notre vie intérieure. A travers des jeux de cerceau, de tissu, de sangles, des performances de funambulisme et de jonglage, nous oscillons entre le rire et les larmes. Rire grâce aux références au cinéma muet qui jouent sur le comique de geste et de répétition et font se plier petits et grands. Larmes car nous voyons sur scène des danseurs qui, par la délicatesse de leurs mouvements, nous rappelent notre fragilité.

Un poème vivant

Ce n'est pas pour rien que le spectacle s'intitule 5es Hurlants. Ce titre auréolé de mystère fait référence aux 50es Hurlants, cette zone proche de l'Antarctique connue pour ses vents et courants violents. Chaque personnage exprime ainsi ses vents intérieurs, métaphores de ses doutes et de ses combats. Les danseurs tombent, peinent à se relever, rampent, se remettent sur pieds, courent, chutent à nouveau. Entre équilibre et déséquilibre, ils continuent d'avancer. Persévérance et fureur de vivre, c'est bien de cela qu'il s'agit.

© Georges Ridel

Mais si chacun des danseurs semble être aux prises avec ses propres démons intérieurs, l'être ensemble reste au cœur de la pièce. La solitude est entrecoupée de moments de cohésion et de complicité. Sur la scène, les danseurs se chamaillent, se testent, se provoquent et se dérangent, toujours le sourire aux lèvres.

Cette aventure humaine bouleversante, qui ravira les petits et grands, est à découvrir à La Scala Paris en ce début d'été ensoleillé. Vous pouvez y aller les yeux fermés, on vous le garantit.


5es Hurlants

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg — 10e
Du 4 au 20 juillet 2019

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