Le naturisme urbain : une tendance qui monte ?

© Mathieu Faluomi

Tous à poil ! 

Peut-être ne l'avez-vous pas remarqué, mais les activités naturistes semblent avoir le vent en poupe. Entre la visite du Palais de Tokyo organisée en juin, le pique-nique géant dans l'espace naturiste qui a rouvert au bois de Vincennes, ou encore la piscine naturiste que nous sommes allés tester, il y a clairement une tendance qui commence à voir le jour.  

N'oublions pas non plus les nombreuses réactions positives à notre poisson d'avril sur un quartier naturiste à Paris. Alors, est-ce un simple engouement éphémère ? Ou assiste-t-on à une véritable émancipation de la société qui va dans le sens du naturisme ? 

Pour en savoir plus, le Bonbon a contacté Cédric Amato, le vice-président de l'Association des Naturistes de Paris, qui organise régulièrement des événements naturistes dans la capitale. 


Avez-vous l'impression que le naturisme prend de l'ampleur ? 

Oui, clairement. En fait, aujourd'hui, c'est surtout que l'on communique mieux qu'avant. Avant, les gens n'étaient pas forcément au courant que le naturisme urbain existait. Du coup, logiquement, aujourd'hui nous avons de plus en plus de participants aux événements. Rendez-vous compte, on en est à 15 nouveaux à chaque rassemblement ! C'est énorme. 


Vous avez donc plus de pratiquants du naturisme. Est-ce que cela se traduit par plus d'événements ?
 

Oui, aussi. On essaie vraiment de multiplier les événements, en proposer de tous types. On a une vraie ambition sur le long terme.


Donc vous ne pensez pas que c'est une tendance passagère ?
 

Ah non, au contraire ! Je pense que cela apporte quelque chose à notre société. Les gens ont besoin du naturisme, pour relâcher la pression accumulée dans leur quotidien en ville.

C'est pour ça qu'on parle de naturisme urbain. Il s'agit vraiment d'une philosophie de vie, qui vise à rompre avec les codes et à offrir un moment de répit aux pratiquants, et cela s'applique davantage à un cadre de vie rapide et urbain qu'à la plage, où l'on observe plutôt du nudisme simple.


C'est quoi la différence entre nudisme et naturisme
 ?

Pratiquer le nudisme, c'est juste l'acte de se mettre tout nu. En soi, tous les naturistes sont nudistes. Mais tous les nudistes ne sont pas naturistes. Le naturisme comprend une certaine mentalité, car ses pratiquants recherchent une expérience unique et un certain bien-être qui ne peut que s'acquérir qu'avec cette coupure dont je parlais à l'instant. 


Qu'est-ce qui plaît dans le naturisme ? 
 

Plusieurs choses. Au niveau sociétal, cela permet beaucoup de rencontres, même si cela peut paraître surprenant. Il y a une acceptation générale, sans jugement, qui facilite la conversation. J'ai d'ailleurs pu faire beaucoup de rencontres de nature professionnelle dans le cadre d'événements naturistes, aussi fou que cela puisse paraître.

L'absence de portables et de technologie, vu qu'il n'y a pas de poches pour les ranger, facilite elle aussi les échanges et les conversations. 


Peut-on dire qu'il y a un profil type de naturiste ? 

Vraiment pas. Je sais que certaines personnes s'imaginent que ce sont essentiellement des vieux, mais en vérité il y a des gens qui viennent de tous les milieux, de tous âges et des deux sexes. En fait, la fréquentation des événements est la même que celle qu'il y aurait pour l'activité si elle se faisait habillé.

On a plus de jeunes garçons pour les séances de muscu, plus d'hommes lorsqu'il y du bowling, c'est vrai, mais ce serait aussi le cas hors du naturisme. Lors des pique-niques et des campings par exemple, on retrouve vraiment toutes sortes de personnes. 


Quel avenir pour votre association et le naturisme ? 

Comme je disais tout à l'heure, nous avons beaucoup d'ambition, et le naturisme n'est certainement pas une tendance éphémère. On souhaiterait multilpier les événements dans les musées – le succès de la visite du Palais de Tokyo témoigne de la forte demande à ce niveau – ou auprès des grands monuments comme la tour Eiffel... L'idée c'est de banaliser la nudité, car il y a aujourd'hui un vrai problème avec ça.

On lutte d'ailleurs en France contre la censure de Facebook qui supprime tous nos contenus alors qu'on respecte bien toutes les règles imposées. Malheureusement, les notions de nudité et de sexualité sont trop souvent confondues, alors que, personnellement, je les trouve très différentes. 


Est-ce que vous auriez un message pour tous ceux qui voudraient essayer le naturisme, mais qui n'osent pas se lancer ? 

Bien sûr ! En fait, je dirais que le seul moyen de savoir si on aime bien le naturisme c'est d'essayer au moins une fois. Il faut savoir qu'il n'y a pas de jugement, et qu'énormément de nos membres sont extrêmement pudiques. Une fois qu'ils ont compris que personne ne les regardait, ils prennent plaisir à l'expérience, à la sensation d'être nu, et ne sentent plus la pudeur initiale, partiellement conditionnée par ce tabou de la nudité dans notre société.

À l'inverse, certaines personnes qui voulaient se montrer ont été déçues qu'on ne les regarde pas, et ne sont plus revenues. La preuve que le naturisme est surtout une expérience où la nudité est banalisée. 


Ensuite, pour contrebalancer les propos d'un tel habitué de la pratique, nous avons aussi posé quelques questions à Inès, qui s'est essayée pour la première fois au naturisme lors du reportage vidéo du Bonbon sur la piscine naturiste :


Peux-tu nous raconter tes premières impressions ? 

Au début c'était plutôt gênant, et j'étais un peu stressée. Non pas parce que j'avais peur du jugement des autres, mais parce que la situation est assez bizarre, on ne se met jamais à nu devant les gens que l'on ne connaît pas. C'était une sensation étrange et nouvelle.


Est-ce que ça allait mieux après ? 

En fait, je me dis que s'il y avait eu plus de femmes cela aurait été plus simple. C'est bête, mais pour moi la présence des mecs m'a un peu bloquée, surtout qu'ils étaient beaucoup plus nombreux. C'était assez frustrant en fait, parce que je n'arrivais pas trop à me lâcher.

Mais à part ça le fait de nager nue était super agréable. Le fait d'être dans l'eau et de ne pas avoir le corps trop exhibé aide beaucoup. 


Tu le referais ? 

Oui, complètement ! Surtout pour ne plus avoir cette appréhension par rapport aux mecs. Je pense que c'est une question d'habitude, et que la deuxième fois ce sera beaucoup plus facile. Par contre je ne pense pas que je ferais des activités naturistes comme des pique-niques ou des visites de musées. À la piscine ou à la plage, on est déjà en partie dénudé, donc ça passe. Au musée... ce serait trop bizarre je pense.


Est-ce que tu le recommanderais à tes amis ?
 

Oui, c'est un truc intéressant à vivre. Même avec un groupe de potes, ça crée du lien social. Tu peux parler aux gens plus facilement. En fait, t'es dans la même galère, et t'es déjà tout nu, donc tant qu'à faire... Autant parler !  


Est-ce si différent que ça finalement de faire les choses nu ? 

Bah au début oui... Mais effectivement l'activité, elle, reste la même. 


S'il n'y avait pas de tabou, tu préférerais faire les choses nue ou habillée ? 

Habillée, sans hésitation. Non pas parce que j'estime qu'il faut cacher son corps mais parce que j'aime bien pouvoir choisir mes vêtements, etc. On va me prendre pour une grosse fashionista haha mais en gros j'aime bien le fait qu'il y ait plus de choix avec les habits, parce que c'est un peu une manière de s'exprimer, ça en dit plus sur ta personnalité...


Aujourd'hui, ils sont 2 700 000 à pratiquer le naturisme en France, et plus de 88 000 à Paris. C'est donc une communauté en hausse. La France représente par ailleurs, la destination numéro 1 pour les naturistes à travers le monde et en été on recense plus de 4 millions de naturistes. De quoi vous faire réfléchir à la question... Et vous, quand vous mettez-vous au naturisme ? 

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