Journal d'une confinée : day 7

À l'heure où je vous parle je suis un peu comme elle, Marianne – le beau gosse en moins, les cheveux gras en plus. © WB Requiem For A Dream

Je m'appelle Lisa, j'ai 24 ans, je suis journaliste au Bonbon Nuit magazine, et si vous me lisez, vous remarquerez que moi non plus je n'ai pas fait le même chapeau que mes confrères et consœurs des jours précédents – si tant est que vous ayez eu l'audace et la bienséance de lire nos autres témoignages quotidiens. À l’heure où je commence à vous écrire, il est 3h47 du matin. À cette heure-ci le samedi, je suis normalement en train de faire la fête, la tête à l’envers. Mais ce soir, ma tête n’est ni à l’envers ni à l’endroit. Elle est tout simplement confinée dans des idées singulières et toquées, mais qui ne méritent pas moins d’être couchées sur le papier. Si vous voulez fuir, vous pouvez encore le faire.

3h du mat’ et des poussières : après avoir retrouvé mon binôme du Bonbon Nuit dans des messages un peu perchés qui n’ont plus rien à voir avec le travail (break oblige), je suis prise d’insomnie. Comme presque chaque nuit. Mais mes insomnies sont bien différentes depuis le confinement ; je ne suis plus angoissée par l’idée d’affronter le tracas quotidien qui s’enclenche chaque matin après que l’abominable alarme iPhone ait sonnée. D’ailleurs, je devrais peut-être profiter de cette réflexion pour changer cette alarme de merde. Mais comme d’hab’ j’ai la flemme. Et c'est justement cette flemme constante qui m’oppresse depuis que je suis en quarantaine. C’est comme si ce foutu virus venait s’imposer à moi, m’enfermait dans mon appart' et me ligotait face à un miroir où mon reflet me dirait d'une voix ultra grave, sourcils froncés, le doigt pointé : « Lisa, le monde extérieur n’est que mirage. C’est ici que tu dois à présent mener ta vie avec maturité. TU DOIS GRANDIR. Apprendre à faire la cuisine, ranger ta penderie, trier tes papiers, manger équilibré et courir un peu pour ne pas devenir une grosse vache. » Dire que je me suis inscrite à la salle de sport 2 jours avant le confinement… À croire qu’inconsciemment je ne voulais même pas vraiment m’y mettre. La flemme, quel fléau ! Allez arrête de te parler à toi-même espèce de vieille folle, il est déjà 4h30. Demain j’entame la première to do list du reste de ma vie.

6h : réveil non désiré mais imposé par mon chat qui – lui aussi – mange deux fois plus depuis cette histoire de virus. Tant qu’il n'aura pas sa pâté, il ne va pas me lâcher. Maudit sois-tu Malo.

14h46 : là, c’est le réveil bien désiré. Un dimanche sans gueule de bois, wow ça fait du bien ! Les yeux encore collés et les cheveux en pétard, je sors du lit pour rejoindre mon frigo. Hugo dort encore… Papa dort aussi ? Mais… what the hell ? Est-ce qu’eux aussi se sont perdus toute la nuit dans des réflexions complètement wtf ? À cette heure-ci, Papa devrait déjà avoir fait son footing, être lavé et avoir dévoré 6 chapitres de son livre de chevet… La flemme a t-elle décidé de s’abattre sur notre foyer entier ? Si Maman était encore des nôtres, je peux vous dire que les choses ne se passeraient pas comme ça. Ralala Maman… depuis que tu n’es plus là, tout s’enchaîne et ce monde part vraiment en c*******. Et là, c’est le moment où je commence à m’inventer des théories du complot tout droit inspirées des scénarios Matrix : « En fait je suis peut-être un échantillon humain que des forces supérieures utilisent pour tester la capacité de résistance mentale de notre espèce. » Ok, stop Lisa. Va courir, ça vaudra mieux pour toi.

17h30 : je ne suis finalement pas allée courir mais j’ai plutôt rejoint ma voisine dans le parking sous-terrain de notre immeuble. Évidemment, on ne touche à rien, on reste à un mètre l’une de l’autre et on refait le monde en se grillant une clope un peu verdâtre ; ne jugez pas, car si l’activité peu paraître frauduleuse pour certains, mon amie et moi aurons au moins le mérite de nous confiner en marge de la société. Pas comme tous ces Parisiens qui se mettent d’un coup d’un seul à vouer un culte pour le footing dans le seul but d’arpenter les rues de la capitale au soleil entre potes. Oui, je vous observe depuis mon balcon bande de cons.


19h13 : Hugo est toujours vautré sur son lit, face à sa Play, la boîte de Kinder bien entamée à ses côtés. Papa joue de la guitare pendant que les infos tournent en boucle à la télé. Mais on ne prend même plus vraiment la peine de les regarder tant le coronavirus devient un sujet anxiogène à souhait. Le nombre de morts ne cesse de grandir dans le monde entier, nos voisins les Italiens prennent sacrément tarif, le confinement n’est pas à l’abri d’une longue prolongation en France… Ok c’est bon, j’éteins la télé et je vais faire à manger.

19h17 : flemme de cuisiner (de toute façon je suis trop nulle pour faire à manger). Je décide plutôt de terminer le bout de mozza' dans mon frigo, accompagné de quelques tomates cerises et d’une feuille de salade. De toute manière Hugo mange à des heures plus improbables les unes que les autres et Papa n’a pas faim. Là, face à mon assiette qui fait au moins autant pitié que le compte Insta dédié aux chats de Marine Le Pen, je pense à la fameuse to do list que j’étais censée tenir. Fuck, j'ai vraiment aucune volonté. Mais je relativise et je me dis : « Si tu te fixes pas d’objectif, au moins t’es sûre de pas les rater. » Satisfaite de cette réflexion digne des plus grosses feignasses, je décide de me conforter dans ma flemme et de ne pas terminer ce putain d’ar

Fin des articles