Des rames de métro bientôt réservées aux femmes ?

Au Royaume-Uni, le député travailliste Chris Williamson propose de mettre en place des rames de métro uniquement réservées aux femmes. Ceci a pour but, dit-il, de protéger ces dernières de toute forme d'agression ou harcèlement sexuels. La proposition est aussi mal perçue que reçue.


Un coin pour les filles, un autre pour les garçons

Après le discutable service de taxis réservés aux femmes offert à Paris (dont on vous parle ici), un député ouvre le débat au Royaume-Uni. En raison de la hausse des harcèlements sexuels ces cinq dernières années (1448 agressions et harcèlements ont été déclarés entre 2016 et 2017 contre 650 incidents entre 2012 et 2013), il propose un apartheid genré. Son machiavélique plan consiste à créer des wagons exclusivement féminins pour limiter les agressions. En 2015, le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn avait déjà proposé cette mesure. L'idée, qui n'avait reçu que peu de retours positifs, avait même été vivement critiquée, même chez les femmes membres du parti travailliste. Cette fois encore, Chris Williamson ne rencontre que peu de succès.


Des réactions mitigées 

Nombre de féministes s'insurgent, en effet convaincues que la démarche annihilerait un combat fondamental. L'écrivaine féministe Laura Bates, dans une tribune pour The Independent, estime que « pratiquer ce type de ségrégation dans les transports revient à dire que ces agressions sont inévitables. Ça nous envoie le message selon lequel les hommes harcèleront toujours les femmes et que la seule solution est de restreindre leur liberté pour assurer leur propre sécurité ». Jess Philipps, femme politique membre du parti travailliste, corrobore le propos. Elle ajoute que cette mesure équivaudrait à « abandonner le combat contre la persécution ». 


Certains pays adeptes des wagons sexués

Pourtant, certains pays, faute de pouvoir éradiquer l'agression, ont adopté la séparation ferroviaire des sexes. Au Japon, des wagons sont réservés aux femmes dans plusieurs grandes villes (Tokyo, Kobe, Osaka) pendant les heures de pointe dans le but de « prévenir les attouchements ». Les plus vieux remontent à 1912 mais cessent d'être actifs pendant des années. Au cours des années 2000, une alarmante hausse des agressions (d'après une étude menée par la police métropolitaine de Tokyo et la compagnie JR East en 2004, 64% des passagères tokyoïtes disent avoir été tripotées une ou plusieurs fois dans les transports) les remet au goût du jour.

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Le système existe également dans nombre d'autres pays comme l'Inde, la Malaisie et Israël. Au Mexique, les femmes ont même directement adhéré et l'opération a été un succès. Mais le plus souvent, l'opération provoque des affronts entre les conservateurs et les féministes, ces dernières étant désireuses de trouver une solution sur le long terme. En Indonésie ou en Egypte, les opérations ont rapidement été stoppées : les rames ferroviaires demeurant vides dans l'un et les hommes transgressant les règles et s'installant dans les wagons féminins dans l'autre. 


Et la France ?

Sur le territoire gaulois, beaucoup de campagnes ont visé à sensibiliser l'ensemble des voyageurs sur les agressions dans les transports en commun. Le Haut Conseil à l'égalité homme-femmes indiquait même dans un rapport datant de 2016 que 100% des femmes affirment avoir déjà été victimes au moins une fois de harcèlement sexiste.

Pour autant, jamais n'a été évoquée l'éventualité d'une séparation stricte des sexes dans les transports en commun. Dans un pays qui prône l'égalité et dans lequel les luttes féministes visent à équilibrer et non à diviser, la méthode se prendrait en effet probablemement un tollé. Un des arguments avancés par les féministes en défaveur de cette opération est en effet qu'elle « figerait les femmes dans un rôle de victimes » et que l'on « considérerait ainsi les hommes passagers comme de potentiels agresseurs ». 

A quand l'égalité non contrainte ?