[Portrait] Pourquoi la Femme est notre équipe idéale

  • Sarah Leris
  • Pop Culture
  • Publié le 20 Juillet 2021 à 14h30
© JD Fanello

On les attendait depuis longtemps. En avril dernier, les génies modernes de La Femme, portée par Sacha Got et Marlon Magnée, publiaient leur troisième opus, Paradigmes, cinq ans après le dernier. Toujours en équipe sur scène comme à la ville, nos petits champions ont réussi à se frayer un chemin sur la scène internationale et viennent confirmer leur position de favori dans notre coeur.

On les rencontre dans un restaurant branché du 11e par une après-midi ensoleillée de juin. Il est 16h et Sacha et Marlon n’ont pas eu une minute à eux aujourd’hui. La promo s’enchaîne, Marlon part à la recherche d’un déjeuner sur le pouce, et c’est autour d’un sandwich de la boulangerie du coin que les deux leaders du groupe de french pop française le plus en vue du moment se remémorent la genèse de leur projet. Si leur rencontre remonte à leurs années lycée passées ensemble à Biarritz, cest en 2010 que naît La Femme, lorsquils composent un morceau pour leur amie Pandora, et voilà désormais plus d’une décennie que le groupe règne sur le paysage musical français comme un inégalable ovni.


© Oriane Robaldo

Très vite, ils sont rejoints par Noé, Sam et Nunez, recrutent Clémence au chant via Myspace, et la machine est lancée. Psycho Tropical Berlin, et son tube "Sur la planche", sort le 8 avril 2013. Un bijou qui vaudra au groupe de remporter les Victoires de la musique 2014 dans la catégorie album révélation de l’année, et avec elles, la déferlante du succès. Quatre ans plus tard paraît Mystère, qui confirme leur talent, et en mai 2021, l’excellent Paradigmes. Après le monde post-apocalyptique, la débauche et l’infidélité destructrice, La Femme chante les amours de jeunesse, les créatures mystiques, les voyages sur la route des États-Unis, le soleil de l’Espagne. Ça sonne, ça vibre, ça dérape et ça transpire. Résolument pop rock mais punk dans l’âme, ils vivent à 100 à l’heure et avancent sans regarder derrière eux. Seule La Femme peut faire du La Femme, peut-être bien parce qu’il n’existe pas duo plus efficace que Sacha et Marlon, qui se complètent autant qu’ils s’opposent. Le premier, chapeau de paille vissé sur la tête et bronzage du Sud-Ouest, revient tout juste de Biarritz, où il est retourné vivre. Moins posé et plus loquace, Marlon, lui, habite Evry, nous parle du nouveau single de Sam Quealy qu’il a composé et confie n’être toujours pas retourné en terrasse depuis la réouverture.

 
« Il y a eu une quarantaine de participants sur les trois albums, c’est une sorte de grand système solaire »

Dès le départ, ils aspirent à ce qu’il n’y ait pas une Femme, mais plusieurs : sur chaque album, une dizaine de chanteuses sont invitées, de Clara Luciani à Alma Jodorowsky en passant par Batista, découverte dans The Voice, et Clémence Quélennec, qui a accompagné le groupe en live pendant ses plus belles tournées (500 dates, dont une centaine sur le sol américain) et qui vogue désormais en solo sous le nom d’Aja. Pour pondre un disque de La Femme, il faut un village. « Noé fait de la batterie en studio et en live, explique Marlon. Sam fait la basse en live mais pas sur les albums, Raul a fait des clarinettes basses, et de nombreux autres artistes super talentueux ont contribué. En live les nouvelles chanteuses cest Ysé et Nina, tas eu Azadée qui est passée par là, Pandora aussi au tout début… On va dire qu’il y a eu une quarantaine de participants sur les trois albums, c’est une sorte de grand système solaire. »


© Oriane Robaldo

La Femme explore tous les genres, puise dans toutes les inspirations, ne s’impose aucune limite. Tantôt psyché, tantôt rock 60’s, tantôt cold wave ou parfois rap, et toujours cette même pop cotonneuse et synthétique des années 80 qui fait danser les foules — s’il y a une chose dans lequel le groupe excelle, c’est bien le live, le pogo et la transpiration, Sacha n’hésitant pas à surfer avec sa planche sur le public en plein concert. « Pour Paradigmes comme pour les albums précédents, l’idée était de prendre les morceaux les plus variés pour avoir une palette à limage de notre catalogue. On évite davoir des morceaux qui se ressemblent trop pour mettre la chanson la plus aboutie dans chaque style auquel on touche. Comme un best-of de nos créations, pour qu’il y en ait pour tous les goûts. Après tu vois c’est à toi de faire ta tambouille, tu vois ce qui te plait, tu prends ou tu ne prends pas, mais il va forcément y en avoir une qui sera plus ta came dans le lot. » Ils auraient aimé publier une série d’EP thématiques, un western, un hawaïen, un souk ou bien un disco mais ont été pris de court. Trop niche pour l’instant. Un best-of, donc, qui permet à Sacha et Marlon, seuls compositeurs et producteurs, de travailler et retravailler chaque morceau jusqu’à en être satisfaits. Aucune limite dans le temps, les tranches de vie s’entremêlent : "Le sang de mon prochain", paru sur Paradigmes, date de 2012. Un gage de qualité pour les deux garçons. « C’est de l’artisanat, on fait tout nous-même ! Tu peux augmenter le rythme, le ralentir, l’écouter à l’envers, ce sera toujours de la bonne came. »

 
« On fait des tubes mais on n’est pas une machine à buzz »

Onze ans ont passé et, les deux compères, s’ils rêvent de grandeur, gardent le sens des réalités et l’approche de la trentaine ne les empêche pas de continuer à festoyer. « On a eu la chance de ne pas vivre un succès à la Stromae, pour qui ça a été tellement énorme que ça a été dur à gérer. On fait des tubes mais on n’est pas une machine à buzz, pour nous ça a plutôt été une accumulation de micro-succès au fil des années, ce qui nous permet d’être pro, de vivre de notre passion mais aussi de garder les pieds sur terre et de construire un truc solide avec le temps. »

En résulte un disque qui vient "Foutre le bordel" dans le renouveau de l’été, prouvant une fois de plus que La Femme est là pour durer. De l’excellent "Pasadena" et ses amours lycéens au cowboyesque "Lâcher de chevaux" en passant par le trip de "Disconnexion", Paradigmes est un voyage qui appelle à l’aventure. Malgré les cinq années passées depuis Mystère, les idées fusent et le temps manque : à l’automne sortira un film pensé comme une émission de télé des années 70 où philosophes et invités débattront en fumant des clopes et en buvant du whisky. Pour ça, chaque chanson de l’album a été clippée pendant l’année écoulée, « comme les 12 travaux d’Astérix ». À peine le sandwich terminé, il faut déjà enchainer. Une chose est sûre, la jeune équipe frénétique de "Télégraphe" a bien grandi, mais rassurez-vous :elle n’a pas fini de tirer des buts en plein cœur.


© Oriane Robaldo

Paradigmes / Disque Pointu
Déjà disponible
En concert au Zénith de Paris le 21 mai 2022

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